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Sarkozy, un storytelling à la «Rambo III»

Jean-Laurent Cassely, mis à jour le 07.03.2013 à 12 h 07

On connaissait déjà Nicolas Sarkozy le décontracté, quand le magazine du Monde consacrait un récit fleuve à «La vie d’après» du couple Sarkozy-Bruni. Voilà Nicolas Sarkozy grave et le résigné, qui ne veut pas revenir en politique, non, non, non, non, mais qui le fera peut-être un jour, «pour la France», parce que, mince, il faut bien que quelqu’un finisse le job… Et s’il n’y va pas, qui prendra sur lui le lourd sacrifice du sauvetage de notre économie?

C'est, de reportage en entretien, de propos volés en photos de vacances, un véritable genre journalistique qui est en train de naître: le storytelling du Retour du Roi. Ou, pour prendre une métaphore hollywoodienne plus à propos, le retour du guerrier. Car dans l’article que le lui consacre Valeurs actuelles, «Dans la tête de Nicolas Sarkozy», ce dernier semble se rêver un destin à la Rambo III. Rappelons-en le pitch:

«Tentant d’oublier sa vie de guerrier, John Rambo vit désormais dans un monastère thaïlandais. Alors, quand son ami le colonel Samuel Trautman lui demande de participer à une mission en Afghanistan, occupé par les Soviétiques depuis 1979, Rambo refuse. Trautman part donc faire la mission seul mais il est capturé et torturé par le colonel Zaysen. Quand Rambo apprend la nouvelle, il accepte de partir en Afghanistan.»

Plus sa guerre

Bon, imaginons que le bureau du huitième arrondissement parisien où Nicolas Sarkozy reçoit ses visiteurs soit le monastère thaïlandais, que la guerre qu’il souhaite oublier soit celle contre le chômage et pour la croissance, à laquelle il s’est consacré en négligeant le front secondaire des critiques de ses opposants. Dans le rôle du colonel Trautman, les généraux de la sarkozie que sont les Hortefeux, Guéant, Estrosi, Morano, etc., désormais réunis en association mémorielle, chargés d’entretenir la flamme de l’ancien combattant, le prient de revenir.

Quest-ce qui pourrait jouer le rôle de détonateur? Qui, dans le récit du sacrifice pour la France que l’ancien président concote avec la complaisance d’une partie de la presse, jouera le rôle du colonel torturé qui fera sortir le guerrier de sa pré-retraite? La croissance torturée par l'Armée rouge, euh, rose?

Car pas plus que John Rambo ne souhaite reprendre les armes, Sarkozy ne veut revenir en politique, selon Valeurs actuelles: il n’a «pas envie». Plus sa guerre. Trop de sang a déjà coulé. Trop d’injustices versées au dossier de l’anti-sarko-brunisme… «Mais vous croyez vraiment que j’ai envie? Sans compter la manière dont ils ont traité ma femme. Interdite de chanter pendant cinq ans.» On ne nous épargne que de justesse les cauchemars la nuit et le stress post-traumatique du soldat envoyé en Opex.

Métaphore footballistique

Et pourtant, raconte Valeurs Actuelles, les commerçants du quartier où il a ses bureaux le supplient de revenir aux affaires lorsqu’il les rencontre en promenade! Pour l’instant, le président reclus de la République se contente de consulter et reçoit ses amis et relations: écrivains, sportifs, chefs d’entreprise, historiens… Il livre alors au visiteur du jour des pensées profondes, vieux sage dissertant sur l’état politique d’un pays qu’il sentait naguère si bien vibrer à l’unisson avec lui.

«Tout le monde veut savoir s’il y a du cheval dans ce qu’on mange. Mais la traçabilité des enfants, qu’est ce qu’on en fait? C’est tout de même plus important. Avec leur “mariage pour tous”, la procréation médicalement assistée, la gestation pour autrui, bientôt, ils vont se mettre à quatre pour avoir un enfant.»

Voilà pour la philosophie. Entre deux voyages, en janvier à New York et prochainement à Abu Dhabi, lors desquels il disserte sur la «finance folle» devant des parterres de financiers, il rencontre Jean d’Ormesson, «un habitué des lieux», qui plaide pour que Pierre Soulages et Alain Finkielkraut entrent à l‘Académie, ou Sébastien Loeb, qui plaide pour on ne sait pas trop quoi au final.

Dans un article finalement aussi long que vague sur les intentions de Nicolas Sarkozy, c’est la métaphore footballistique qui est préférée à celle du guerrier. «Une chose est certaine: en ce lendemain de confrontation entre le PSG et l’OM, Nicolas Sarkozy sait qu’à l’instar du sport, il y a toujours un moment où vient l’heure du retour. Mais cette fois-ci, c’est décidé. Ce sera un retour sans match. Il sera un recours. Le seul recours.» Amen.

J.-L.C.

Jean-Laurent Cassely
Jean-Laurent Cassely (990 articles)
Journaliste
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