Marcela Iacub / DSK: un travail de cochon

Bruxelles, le 7 janvier 2007. REUTERS/Yves Herman

Bruxelles, le 7 janvier 2007. REUTERS/Yves Herman

Durant toute sa liaison, et après, Iacub la chroniqueuse pour Libération ne s'est absolument pas retenue d'écrire sur son amant, sans informer le lecteur de son lien particulier avec le sujet de ses textes.

Mis à jour à 18H avec la réaction de la société des rédacteurs du Nouvel Observateur

On attendra de lire le livre —dont le Nouvel Observateur a choisi d'héberger les bonnes feuilles en rubrique Culture— pour juger de sa qualité littéraire. Même si la fulgurance des extraits de Belle et Bête, livre de Marcela Iacub racontant son aventure de quelques mois avec Dominique Strauss-Kahn, n’est pas flagrante. Mais on peut d'ores et déjà s’interroger sur la déontologie de la juriste et philosophe.

On sait désormais que la chroniqueuse pour Libération a entretenu avec l'ancien patron du FMI une liaison de «la fin janvier 2012 au mois d’août de la même année», tout en le défendant dans les colonnes du quotidien, dans au moins trois articles.

Elle avait déjà écrit un livre, Une société de violeurs, sorti peu avant le début de leur relation, dans lequel elle défendait l'ex-patron du FMI.

Ainsi en juin 2012 —ils sont alors amants depuis environ cinq mois– Iacub écrivait dans Libé un article sur le livre de Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin, Les Strauss-Kahn:

«Les deux journalistes du Monde ne nous donnent dans cet essai aucune information nouvelle ou importante sur l’histoire du couple légendaire. Des énoncés aux sources très diverses sont présentés tous azimuts comme s’ils avaient la même valeur de vérité: informations publiques, rumeurs, racontars, documents judiciaires, simples hypothèses.

Il n’empêche qu’elles réussissent à dessiner un portrait aussi vraisemblable qu’exécrable de l’ex-directeur du Fonds monétaire international. Et peu importe que certains faits n’aient jamais eu lieu ou qu’ils soient exagérés. Car le récit vise moins à dire la vérité historique qu’à faire la synthèse de l’opinion que se font les médias d’un homme devenu une célébrité mythologique négative depuis un peu plus d’un an.»
Sur le site de Libération, le journaliste Quentin Girard (ex-Slate.fr) qui revient sur la publication de cette chronique, entre autres, souligne: «Pour écrire ces quelques lignes, Marcela Iacub se fiait un petit peu plus qu'à Gala, mais elle n’a pas jugé bon à l’époque de le préciser, ni aux lecteurs, ni à Libération».

La défense de la sainte

En octobre 2012, alors que leur relation venait de prendre fin depuis environ deux mois, Iacub comparait son ancien amant au personnage de l’Etranger:
«L’affaire du Carlton de Lille ressemble à maints égards au procès de Meursault, le héros de l’Etranger d’Albert Camus. Ce célèbre personnage avait été condamné à la guillotine parce qu’il n’avait pas pleuré lors de l’enterrement de sa mère. Comme si la fonction de la justice pénale était non pas de punir les comportements illégaux, mais d’autres offenses qui n’ont aucune traduction juridique.»
«Celles qui dénoncent la prostitution devraient se demander si elles ne seraient pas prêtes à laisser leurs principes de côté si on les payait, comme à la spectaculaire Nafissatou Diallo, 6 millions de dollars pour une pipe. On peut imaginer que certaines des militantes les plus acharnées seraient prêtes à se trahir pour une telle somme –fût-ce pour financer les associations qui luttent contre la prostitution. Et si à cette prestation à 6 millions leur en était proposées d’autres au même tarif, ces militantes regarderaient la suggestion comme un miracle comparable au fait de gagner au loto.»
Finalement, elle ne faisait sans doute qu’appliquer ce principe qu’elle révèle désormais au Nouvel Observateur:
«Je suis une sainte au sens où je me sens obligée de sauver ceux qui sont honnis ou méprisés. Dominique Strauss-Kahn était la personne idéale pour cela. Je voulais le sauver de son enfer.»
A-t-elle mis Libération au service de son sauvetage?

Quel dommage que DSK ne voit pas la sainte sous cet oeil-là. Dans une lettre à l'hebdomadaire, révèle Le Figaro, il s’est ainsi dit «saisi d’un double dégoût». A commencer par «celui que provoque le comportement d’une femme qui séduit pour écrire un livre, se prévalant de sentiments amoureux pour les exploiter financièrement».

Même tonalité dans les propos d'Anne Sinclair, qui a aussi écrit au Nouvel Obs, selon Le Point. Dans les bonnes feuilles publiées par le Nouvel Obs, Sinclair apparaît comme la marionettiste du couple, avide de pouvoir et manipulatrice. L'épouse (séparée) de DSK écrit à l'Obs: «Vous accréditez la manoeuvre d'une femme perverse et malhonnête, animée par la fascination du sensationnel, et l'appât du gain». DSK, lui, souligne «une atteinte méprisable à (sa) vie privée et la dignité humaine».

De fait, c’est la dignité du cochon que Iacub entendait sauver. Elle construit toute une théorie sur la double personnalité de l’ancien directeur du FMI, sorte de minotaure mi-homme, mi-porc, écrit que «la protection des porcs est chez [elle] une sorte de vocation». Elle poursuit plus loin, selon les «bonnes feuilles» de l’Obs:

«Je tiens à dire à quel point cette mise au pilori est une injustice. Je tiens à préciser, à souligner, à répéter mille fois qu’il faudrait médicaliser l’homme, l’enfermer, le neutraliser, et sauver le cochon.»

C’est l’homme pourtant qui envisage de porter plainte.

Mise à jour:

En fin de journée, la société des rédacteurs de l'hebdomadaire s'est émue du traitement de l'affaire par leur journal:

«Sans contester la légitimité à rendre compte de ce livre, le bureau de la SDR s’interroge, dans sa majorité, sur l’opportunité de mettre à la Une de notre magazine l’ouvrage de Marcela Iacub. Il regrette, en outre, que les personnes mises en cause n’aient pas été contactées comme le prévoit la Charte. Il demande, enfin,  à la direction de la rédaction de s’en expliquer le plus rapidement possible devant la rédaction.»

C.P.

 

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