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Sondages et FN: «43% des sympathisants PS sont xénophobes»

Comment faire dire n'importe quoi aux sondages, surtout quand on les commente soi-même.

Des militants PS dans l'attente des résultats à Solférino Gonzalo Fuentes / Reuters

Après l'institut Ipsos fin janvier 2013 qui s'est concentré sur les nouvelles fractures dans l'opinion française, c'est au tour de TNS-Sofres de sortir début février son baromètre annuel.

Deux sondages, deux photographies comparables de l'opinion sur plusieurs sujets FN-friendly.

Un Français sur trois adhère aux «idées» du FN... Mais au fait, c'est quoi, une «idée»?

C'est TNS-Sofres qui nous l'apprend ce mercredi, l'adhésion aux idées du Front national culmine à 32% chez les Français.

Mais qu'est-ce qu'une «idée»? Est-ce une idée comme dans «ah, tiens, j'ai une idée, on pourrait couper les allocs aux étrangers» ou est-ce une idée comme dans «je partage l'idée selon laquelle il y a trop d'immigration en France»? En filigrane, le sondage répond lui-même à la question, puisque si 35% des mêmes sondés partagent les «constats» du FN, en revanche ils sont 81% à NE PAS adhérer à ses solutions.

=> Donc, avec un minimum de sens de l'analogie, on ose interpréter ce sondage comme suit: les 30% et quelques de Français qui font les gros titres pour leur adhésion aux «idées» du FN ne sont peut-être que les 35% qui adhèrent à ses «constats». Voilà qui est déjà un poil différent.

Les sondeurs n'ont-ils pas surtitré sur la «xénophobie»?

Parallèlement, pour l'étude Ipsos de janvier, il existe «une adhésion parfois massive à certains propos xénophobes et une forte crispation autour de l’islam». Un exemple? 73% des sondés Ipsos pensent qu'il y a trop d'étrangers en France. Mais les choses se compliquent, puisqu'on apprend quelques tableaux plus haut que pour un tiers des Français, les étrangers sont bien intégrés, et que pour près de 40% c'est moit-moit: moitié bien intégrée, moitié pas bien... Reste donc 33%, un tiers donc, de Français à considérer que la majorité des étrangers est mal intégrée.

=> D'où une question sur la marge d'interprétation que s'autorisent les sondeurs qui pilotent puis commentent ces études: est-ce que considérer qu'il y a trop d'étrangers relève de la xénophobie, ou bien de l'observation des sondés? Que cette observation découle de leur vie quotidienne ou de représentations erronées est un autre problème, certes. Tout comme de savoir si une telle affirmation doit être rattachée à de la xénophobie («hostilité systématique et irrationnelle à l'égard d'une ou plusieurs personnes» du fait de leur origine, de leur nationalité, etc.)

Autre distance qu'il convient de prendre avec l'interprétation rapide de Français étant des frontistes en puissance: l'affirmation selon laquelle «les immigrés qui s'installent en France prennent le travail des Français», testée par Ipsos, arrive en bout de tableau, partagée par seulement... 30% des interrogés.

=> Le supposé parallélisme chômage / immigration n'est pas clairement au centre de l'inquiétude, ou «xénophobie», mesurée par les sondeurs. Alors même que selon Ipsos le chômage est la première préoccupation des Français. La thèse historique du FN (les immigrés prennent le travail des Français) ne peut donc pas sérieusement être invoquée ici pour expliquer les données recueillies.

La gauche est-elle un repaire de frontistes xénophobes?

Poursuivons avec l'étude Ipsos sur les crispations et les fractures. Quand on regarde dans le détail les résultats, on observe que les 33% qui trouvent que la majorité des étrangers est mal intégrée ne sont pas composés que de sympathisants frontistes. Certes, étant plus d'un sur deux à partager cette opinion, ils font exploser la moyenne... Mais 25% des sympathisants Front de Gauche et autour de 20% des sympathisants PS ou Modem partagent aussi le constat.

=> D'où une question provoc: pourquoi les médias n'ont-ils pas titré «Un sympathisant de gauche sur cinq adhère aux idées xénophobes?» En se référant aux données du tableau ci-dessous (étude Ipsos), on pourrait même affirmer que «43% des sympathisants PS sont xénophobes».

Les médias ne sont pas en phase avec les réalités... sauf au PS!

Enfin, il serait injuste d'en terminer avec cette analyse sondagière sans passer en revue les propos de Brice Teinturier, grand chef d'Ipsos qui a commenté ses propres données dans Métro. Sur l'islam et le rejet des étrangers, Brice nous livre son sentiment, l'explication à ce phénomène se trouvant avant tout «par les images que les médias donnent à voir aux Français de l'islam: celles de segments extrémistes [...]».

Or selon le même sondage Ipsos, «58% [des interrogés] estiment que les journalistes font mal leur travail et 72% qu’ils ne parlent pas des vrais problèmes des Français». Mais quand on commence à s'intéresser aux données ventilées par accointance politique, on remarque que le rejet des médias, plus précisément l'opinion selon laquelle ils font mal leur travail, est majoritaire dans tous les segments. Tous? Pas vraiment. Les sympathisants PS les dédouanent à 58%. Mieux encore, quand seulement un Français sur trois estime que les journalistes sont «en phase avec les réalités», ils sont 38% parmi les sympathisants PS (là aussi un record) à le penser.

=> Résumons, les médias donnent une mauvaise image de l'islam et des étrangers –les sympathisants PS trouvent que les médias parlent des vrais problèmes. D'où la question brûlante qu'on ne peut décidément plus occulter: le PS est-il un parti xénophobe?

Jean-Laurent Cassely

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