Municipales 2014

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Primaires municipales: le mode d’emploi de Terra Nova

Le think tank proche du PS plaide pour des primaires «d’expérimentation» et de «conquête» dans quelques grandes villes: Paris, Marseille, Montpellier ou Bordeaux pourraient notamment être concernées.

Anne Hidalgo au bassin de la Villette à Paris le 5 septembre 2012, le lendemain de l'annonce de sa candidature à la mairie de Paris pour 2014. REUTERS/Jacky Naegelen.

L’influence du président fondateur de Terra Nova, Olivier Ferrand, décédé en juin 2012 peu après avoir été élu député PS dans les Bouches-du-Rhône, plane encore sur son organisation. Il faut dire que les «Primaires de conquête pour les municipales 2014», ensemble de propositions présentées mercredi 30 janvier par le think tank, doivent beaucoup «à l’intuition géniale et assez dérangeante à l’époque», selon le député socialiste du Lot-et-Garonne et rapporteur du texte Matthias Fekl, de Ferrand, qui, avec Arnaud Montebourg, a joué un rôle crucial dans le ralliement d’un PS pourtant frileux à cette pratique importée des Etats-Unis.

C’est d’ailleurs sur une citation de Primaire. Comment sauver la gauche que s’ouvre le communiqué de presse… «Si le sort de la campagne présidentielle a changé, on le doit aussi à Olivier», souligne le vice-président de la fondation, Jean-Philippe Thiellay. La victoire de François Hollande lui avait alors servi de rampe de lancement pour l’Elysée, estime Terra Nova.

Fort de cette légimité de grand mécano de la vie politique française, et alors que même l’UMP se prépare à des primaires ouvertes pour choisir son candidat pour Paris en 2014 ou pour l'Elysée en 2017, le think tank poursuit donc son engagement en faveur de «tout ce qui peut aérer la vie politique», en préconisant à la gauche d’organiser des primaires ouvertes aux citoyens pour sélectionner les candidats aux municipales de mars 2014.

Le mode d’emploi des primaires

Après l’élection présidentielle, les municipales sont le scrutin le plus suivi par les Français. La participation y est forte, l’enjeu très personnalisé en dépit d’un scrutin de liste. Idéal donc pour organiser de beaux duels politiques très médiatisés entre quelques candidats d’envergure dans les grandes villes françaises.

Pour initier ces «primaires de conquête», la fondation a fait quelques recommandations: «les primaires ne sont pas adaptées, sauf exception, aux villes dans lesquelles un élu sortant de gauche se représente aux suffrages de ses administrés», pas plus que dans les cas où un candidat a «construit une légitimité que personne ne conteste».

Inutile de «se tirer des balles dans le pied» dans les situations où le candidat est bien implanté, estime Jean-Philippe Thiellay. Le processus de pré-sélection ravirait avant tout le camp adverse, qui commenterait avec gourmandise les déchirements de la gauche.

Pour que le futur candidat soit choisi par une part significative du corps électoral, Terra Nova propose de limiter ce processus de sélection aux villes d’«au moins 80.000 voire 100.000 habitants», en se fondant sur le succès de la primaire de 2011, qui avait réuni près de 6% des inscrits. Pour une ville de 100.000 habitants, on estimerait donc entre 2.500 et 3.500 le nombre d’électeurs qui se rendraient aux urnes.

Enfin, pour maximiser l’intérêt autour de ces primaires et renforcer la mobilisation, Terra Nova recommande de les organiser toutes au même moment, les 6 et 13 octobre prochain.

Limiter l’expérimentation à quelques grandes villes

Paris, où Bertrand Delanoë ne se représente pas, sera sans doute concernée. Les candidats, la première adjointe du maire sortant Anne Hidalgo et le député Jean-Marie Le Guen, y sont favorables.

A Marseille, où la gauche a échoué de peu à obtenir l'alternance en 2008, «il y a beaucoup de personnalités de talent qui se sont déclarées. Je crois que ce débat permettra de mobiliser les citoyens», a déclaré récemment le premier secrétaire du PS Harlem Désir.

Les primaires sont d’ailleurs pensées comme un outil de court-circuitage des pratiques clientélistes des appareils politiques locaux. «On ne veut pas mentionner de noms ou de villes particulières», expliquent les auteurs du rapport, dans une allusion à peine masquée à la situation marseillaise, où le PS local a évité de justesse la mise sous tutelle à la suite du rapport Montebourg sur le clientélisme de la fédération, longtemps tenue par Jean-Noël Guérini.

Patrick Mennucci, anti-guériniste et candidat à la mairie, plaide pour ces primaires. Samia Ghali, sénatrice et maire des 15è et 16è arrondissements, y est également favorable. A l’inverse, Marie-Arlette Carlotti, ministre déléguée aux Personnes handicapées et à la Lutte contre l’exclusion et tombeuse de Renaud Muselier aux législatives, est très réservée: «Si (Harlem Désir) est capable d'organiser une primaire sans pugilat, c'est bien, mais il va falloir qu'il m'explique comment il compte faire», a-t-elle récemment déclaré.

Une primaire ouverte pourrait aussi avoir lieu à Montpellier, bien que la situation soit pour le moment encore assez floue dans cette dernière ville: les appétits sont nombreux et, la fédération PS de l’Hérault, placée sous tutelle, peut difficilement investir un candidat légitime.

Quant à Lyon, tout dépendrait du bon vouloir du sortant Gérard Collomb, qui «bénéficie d’une légitimité incontestée».

Si les primaires sont étendues à toutes les villes de plus de 100.000 habitants gouvernées par la droite ou dont le maire sortant de gauche ne se représente pas, les villes de Nice, Le Havre, Toulon, Aix-en-Provence, Nîmes, Perpignan, Orléans, Boulogne-Billancourt, Mulhouse et Nancy seraient également concernées, selon Terra Nova.

Restent des cas non évoqués dans le rapport, comme Nantes, où le successeur de Jean-Marc Ayrault Patrick Rimbert n'a pas été élu en tant que tête de liste en 2008; ou Rennes, où une primaire militante interne au PS doit désigner le candidat dès février, alors que le maire sortant, Daniel Delaveau, a annoncé qu'il ne se représenterait pas pour un second mandat.

J.-L.C.

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