Mariage pour tous: le top 10 des députés «chahuteurs»

Les députés UMP applaudissent Henri Guaino après son discours à l'Assemblée nationale, le 29 janvier 2013. REUTERS/Charles Platiau.

Les députés UMP applaudissent Henri Guaino après son discours à l'Assemblée nationale, le 29 janvier 2013. REUTERS/Charles Platiau.

Notre palmarès des députés qui ont interrompu le plus de fois les orateurs pendant la première journée de débat sur le projet de loi à l'Assemblée.

C’est un grand classique du débat parlementaire: l’exclamation positive («Très bien!») ou négative («Scandaleux!») lâchée depuis un banc de l’hémicycle par un député pendant le discours de son confrère. Il y en a eu un bon nombre, mardi 29 janvier, pendant la première journée du débat sur l’ouverture du mariage aux couples de même sexe.

Nous avons dressé le tableau d’honneur des dix les plus «perturbateurs», en comptabilisant leurs interruptions dans les comptes-rendus officiels, qui citent près d’une centaine de députés.

Deux constats: fort logiquement, l’UMP domine, puisque la majorité des intervenants sur le texte appartenaient à la majorité (qui ne se prive pas pour perturber l'orateur quand il est de l'opposition...); et ceux qui ferraillent le plus à coup de petites phrases ne sont pas forcément ceux qui se sont montrés les plus actifs sur le texte pendant la phrase préparatoire: seulement trois appartiennent à la commission des Lois, compétente sur le projet, et aucun à celle des Affaires familiales, qui avait été saisie pour avis; trois appartiennent à la commission des Finances, deux à celle de la Défense, un à celle des Affaires étrangères et un à celle des Affaires culturelles. Rappelons que l'ensemble des séances des commissions sont ouvertes à tous les députés, quelle que soit leur commission d'affiliation.

1. Hervé Mariton (UMP, Drôme) — 56 interruptions

Membre de la commission des Lois, celui que nos confrères de Rue89 qualifient de «troll à l’Assemblée» a prévu d’être très actif sur le texte: il a signé 205 amendements, dont certains seul.

Ses répliques: «Le triomphe de l’inquisition!» (quand le PS ironise sur la conversion au Pacs de la droite) et «le retour à Rome!» (quand ça parle PMA).

2. Philippe Gosselin (UMP, Manche) — 40 interruptions

Avec Hervé Mariton, le maire d’Avranches, lui aussi membre de la commission des Lois, est le second élu UMP le plus en pointe contre le projet de loi, comme l'ont relevé la plupart des médias.

Sa réplique: «Monseigneur est trop bon!», lancée au député radical Alain Tourret, qui se disait certain que «que [les députés] de droite sont dans leur immense majorité des démocrates».

3. Henri Emmanuelli (PS, Landes) — 25 interruptions

Membre de la commission des Finances, l’ancien premier secrétaire du PS n’a pas été présent aux débats en commission, mais cela ne l’a pas empêché de ferrailler pendant la première séance.

Ses répliques: «sous-Malraux!», «archéo!» et «allez faire un pèlerinage avec Sarkozy!». Devinez à qui elles s’adressaient?

4. Jacques Myard (UMP, Yvelines) — 24 interruptions

Membre de la commission des Affaires étrangères, Jacques Myard n’a pas non plus participé aux travaux préparatoires sur le texte.

Sa réplique: «Elle est en vert parce qu’elle n’y croit pas!», à propos du tailleur porté par la ministre de la Justice Christiane Taubira.

5. Bernard Roman (PS, Nord) — 21 interruptions

L’élu nordiste, qui faisait partie des principaux promoteurs d’un amendement PMA au sein de son groupe, a beaucoup bataillé dès la première séance.

Sa réplique: «Vous êtes indigne de siéger ici!», lancée au député UMP Philippe Meunier, qui venait de demander «Qui est le père?» à un député qui évoquait un couple formé de deux mères.

6. Claude Goasguen (UMP, Paris) — 20 interruptions

L’élu du très chic XVIe arrondissement, membre de la commission des Finances, est prêt à batailler contre le mariage gay comme il le faisait en 1999 contre le Pacs au nom de Démocratie libérale.

Sa réplique: «Laignel! Reviens, Laignel!» (une référence à un député PS qui, en 1981, avait lancé dans l'hémicycle: «Vous avez juridiquement tort parce que vous êtes politiquement minoritaire»).

Jean-Claude Perez (PS, Aude) — 20 interruptions

Le maire de Carcassonne, qui regrettait que la France n’ait pas fait partie des premiers pays à adopter le mariage gay, a été le troisième élu PS le plus actif.

Sa réplique: «Verlaine et vous, ça fait deux !» (adressée au patron des députés UMP Christian Jacob, qui s’insurgeait que la présidente de séance ait lancé «Souffrez que M. Guaino finisse», au sens, selon elle, de «Attendez». «Souffrez que ma fatigue à vos pieds reposée/Rêve des chers instants qui la délasseront», écrivait le poète)

8. Xavier Breton (UMP, Ain) — 17 interruptions

Avec Hervé Mariton, Philippe Gosselin et Bernard Roman, l'élu de l'Ain est le quatrième membre de la commission des Lois de ce classement.

Sa réplique: «Parlez-nous d’Elisabeth Guigou» (une référence aux propos tenus lors du débat sur le Pacs par la ministre de la Justice de l’époque, qui affirmait que cette réforme ne déboucherait pas sur le mariage).

9. Philippe Meunier (UMP, Rhône) — 15 interruptions

Membre de la commission de la Défense, ce député de la Droite populaire a fait parler de lui récemment sur les mariages... bruyants, s'insurgeant que ceux qui y participent le fassent «en fonction de leurs traditions qui ne sont pas les nôtres et qui violent nos lois».

Sa réplique: «Signé Furax!», à propos du projet de loi à venir sur la famille. On espère que la référence à ce (Wikipédia dixit) «dangereux criminel mégalomane» d'un feuilleton radiophonique des années soixante a été comprise par les quadras et quinquagénaires de l'Assemblée.

10. Claude Greff (UMP, Indre-et-Loire) — 14 interruptions

L'ancienne secrétaire d'Etat à la Famille de François Fillon a affirmé récemment que le projet de loi la poussait, pour la première fois de sa vie, à manifester.

Sa réplique: «Et les enfants?» Une des expressions les plus prononcées dans le débat, par les orateurs des deux camps.

J.-M.P.

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