Dans le village olympique à Londres le 19 juillet 2012, REUTERS
En 2005, alors que Paris vient de perdre l’organisation
des Jeux olympiques de 2012 face à Londres, le gouvernement français décide de
créer la «Préparation
olympique et paralympique» (POP). Placé sous l’autorité du ministère des
Sports et
basé à l’Insep, le service est centré sur la recherche de la performance à travers notamment
le «recueil d'informations relatives à
l'organisation et aux évolutions du sport au plan international» selon le décret
officialisant sa création.
En d’autres termes, l’objectif est de «augmenter le nombre de médailles à travers la surveillance athlétique,
qui tient autant des Jeux d’espionnage que des Jeux olympiques, sous la direction d’un
homme que ses concurrent appellent le James Bond français», écrit le New
York Times. Le quotidien américain consacre à trois jours de la cérémonie d’ouverture des Jeux de
Londres un
article à cet aspect peu connu de la préparation des équipes olympiques:
«Alors que les Jeux n’ont
cessé de croître en ampleur et en dollars, les pays se sont tournés vers des
tactiques de plus en plus astucieuses comme l’investissement technologique dans
l’entraînement, la recherche assidue sur les adversaires, et l’espionnage pur
et simple.»
Le journaliste Greg Bishop souligne que la France est loin d’être la seule à se livrer à l’espionnage sportif: l’équipe américaine de BMX a
envoyé un représentant pour filmer le parcours olympique avec des appareils de
cartographie en 3D pour pouvoir le reconstruire à l’identique aux Etats-Unis, tandis
que les appareils très sophistiqués comme les luges ou les avirons de l’adversaire
font l’objet d’un intérêt très prononcé entre pays concurrents.
Mais le projet français, piloté pendant quatre ans par l'ancien judoka Fabien Canu et qui a contribué à faire gagner 41
médailles aux Bleus à Pékin, intéresse particulièrement Bishop. Le journaliste rapporte
comment deux «observateurs» à temps plein ont disséqué le Web à la recherche d’informations,
de documents officiels et d’archives de tous les pays grâce à un moteur de recherche spécialement
créé par une entreprise d’intelligence économique, AMI Software, et qui a
coûté 100.000 euros.
Dans le document de
présentation de la POP, le président de la Fédération française des sociétés d'aviron souligne
sans détour «la nécessité d’observer et d’analyser
la stratégie des principales nations et d’organiser une veille prospective dans
des domaines transversaux tels la détection, les techniques d’entraînement, le
matériel, la recherche, l’encadrement médical…»
Si la
sophistication des techniques a atteint un stade inédit, il n’y a rien d’illégal dans les
activités d’observation de la France et des autres pays. «La POP a permis aux acteurs du monde sport français d’aller
plus loin que la simple lecture de sources presse quotidiennes pour passer à
une phase d'industrialisation», écrit ainsi AMI Software dans un document qui résume son
travail.
«Beaucoup des personnes interrogées
ont refusé de parler d’espionnage, au passé ou au présent, précise Greg Bishop dans le New York
Times. Un vrai espion ne révèle jamais
ses secrets.»