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La Préparation olympique et paralympique, l'espionnage sportif à la française

Grégoire Fleurot, mis à jour le 24.07.2012 à 10 h 45

Dans le village olympique à Londres le 19 juillet 2012, REUTERS

Dans le village olympique à Londres le 19 juillet 2012, REUTERS

En 2005, alors que Paris vient de perdre l’organisation des Jeux olympiques de 2012 face à Londres, le gouvernement français décide de créer la «Préparation olympique et paralympique» (POP). Placé sous l’autorité du ministère des Sports et basé à l’Insep, le service est centré sur la recherche de la performance à travers notamment le «recueil d'informations relatives à l'organisation et aux évolutions du sport au plan international» selon le décret officialisant sa création.

En d’autres termes, l’objectif est de «augmenter le nombre de médailles à travers la surveillance athlétique, qui tient autant des Jeux d’espionnage que des Jeux olympiques, sous la direction d’un homme que ses concurrent appellent le James Bond français», écrit le New York Times. Le quotidien américain consacre à trois jours de la cérémonie d’ouverture des Jeux de Londres un article à cet aspect peu connu de la préparation des équipes olympiques:

«Alors que les Jeux n’ont cessé de croître en ampleur et en dollars, les pays se sont tournés vers des tactiques de plus en plus astucieuses comme l’investissement technologique dans l’entraînement, la recherche assidue sur les adversaires, et l’espionnage pur et simple.»

Le journaliste Greg Bishop souligne que la France est loin d’être la seule à se livrer à l’espionnage sportif: l’équipe américaine de BMX a envoyé un représentant pour filmer le parcours olympique avec des appareils de cartographie en 3D pour pouvoir le reconstruire à l’identique aux Etats-Unis, tandis que les appareils très sophistiqués comme les luges ou les avirons de l’adversaire font l’objet d’un intérêt très prononcé entre pays concurrents.

Mais le projet français, piloté pendant quatre ans par l'ancien judoka Fabien Canu et qui a contribué à faire gagner 41 médailles aux Bleus à Pékin, intéresse particulièrement Bishop. Le journaliste rapporte comment deux «observateurs» à temps plein ont disséqué le Web à la recherche d’informations, de documents officiels et d’archives de tous les pays grâce à un moteur de recherche spécialement créé par une entreprise d’intelligence économique, AMI Software, et qui a coûté 100.000 euros.

Dans le document de présentation de la POP, le président de la Fédération française des sociétés d'aviron souligne sans détour «la nécessité d’observer et d’analyser la stratégie des principales nations et d’organiser une veille prospective dans des domaines transversaux tels la détection, les techniques d’entraînement, le matériel, la recherche, l’encadrement médical…»

Si la sophistication des techniques a atteint un stade inédit, il n’y a rien d’illégal dans les activités d’observation de la France et des autres pays. «La POP a permis aux acteurs du monde sport français d’aller plus loin que la simple lecture de sources presse quotidiennes pour passer à une phase d'industrialisation», écrit ainsi AMI Software dans un document qui résume son travail.

«Beaucoup des personnes interrogées ont refusé de parler d’espionnage, au passé ou au présent, précise Greg Bishop dans le New York Times. Un vrai espion ne révèle jamais ses secrets.»

Grégoire Fleurot
Grégoire Fleurot (799 articles)
Journaliste
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