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A Paris, le village olympique pousse même sans les Jeux

Hugues Serraf, mis à jour le 28.07.2012 à 15 h 13

Le 17e arrondissement comptait sur le village olympique pour transformer ses friches en éco-quartier dynamique et convivial. Il s’est plutôt pas mal débrouillé sans…

La ZAC Clichy-Batignolles, qui devait accueillir le village Olympique - Photo Paris-Batignolles Aménagement

La ZAC Clichy-Batignolles, qui devait accueillir le village Olympique - Photo Paris-Batignolles Aménagement

Dans un univers parallèle, où ce sont les gentils qui gagnent, Paris organise les Jeux olympiques 2012 et François Hollande déclare la cérémonie ouverte dans un Stade de France bourré à craquer de jeunes gens désargentés venus du monde entier (la parité homme-femme a été scrupuleusement respectée dans les gradins) dont les tickets d’entrée aux épreuves, le logement et les billets d’avion ont été financés par une taxe spéciale sur les revenus supérieurs à 4.000 euros (nets) par mois.

Un magnifique spectacle élaboré par un collectif d’intermittents handicapés et issus de la diversité, diffusé en mondovision avec les moyens techniques de la télévision publique fait la joie de milliards de spectateurs. Au même moment, Boris Johnson, David Cameron et Sebastian Coe s’étranglent de rage devant l’écran grésillant d’un pub de l’est londonien, où les  friches sur lesquelles ces trois loustics imaginaient construire leur village olympique sont toujours des terrains vagues livrés aux rats et au dépôt sauvage de carcasses de voitures volées.

Londres vs Batignolles

Mais dans notre univers impitoyable où ce sont les méchants qui l’emportent à coups de luttes d’influence et de sordides coups bas, les JO ont lieu chez les voisins du dessus et tous les beaux projets de rénovation urbaine et de «jeux citoyens» rêvés par Bertrand Delanoë restent à l’état de chimères architecturales et sociétales. A quoi ça tient tout ça

Ça nous apprendra à être honnêtes et ne distribuer les pots de vin que dans le cadre de ventes d’armes à Taïwan ou au Pakistan!

Zone phare du projet parisien, le quartier des Batignolles, dans le 17e arrondissement, et ses terrains désaffectés appartenant à la SNCF devait justement héberger les athlètes et la presse internationale. Ce secteur d’habitat médiocre, voire insalubre, n’est pourtant pas resté à la ramasse, loin s’en faut. Le «mauvais» 17e (car les Parisiens et les agents immobiliers le savent bien, il y a un «bon» et un «mauvais» 17e) est même en train de devenir un modèle d’urbanisme et de mixité résidentiel-bureaux, à peine troublé par le cuisant ratage du coq sportif.

«Le projet avait été lancé bien avant la candidature de Paris aux JO»

«C’est qu’en fait, les projets d’aménagement du secteur avaient été initiés bien avant cette candidature», rappelle Didier Bailly, le directeur général de Clichy-Batignolles, la structure chargée de l’aménagement du site:

«C’était même l’un des grands projets de Bertrand Delanoë dès son arrivée à l’Hôtel de Ville en 2001. Un premier plan d’aménagement avait été lancé et la perspective d’un village olympique n’entrait pas en ligne de compte. Il fallait mettre en place un grand parc pour le Nord-Ouest de la capitale, créer de nouveaux logements et obtenir de la SNCF qu’elle remette ses terrains à disposition

Sur une cinquantaine d’hectares, coincés entre périphérique et voies ferrées, des milliers de logements sont déjà sortis de terre (3.500 en fin de programme), un parc a poussé («Martin Luther King», 4 hectares mais 10 à terme), les voies du RER sont en passe d’être couvertes, la ligne 14 du métro est en cours de prolongement, le système de collecte des déchets éliminera le recours aux camions et des architectes sont déjà en lice pour la construction de dizaines de milliers de mètres carrés de commerces et de locaux d’activités.

Le quartier aura même son gratte-ciel, avec la livraison, en 2017, du nouveau Tribunal de grande instance, une belle plante de 160 mètres de haut dessinée par Renzo Piano (mais contestée par les riverains sujets au vertige et par les avocats souffrant du mal des transports).

Pas besoin des JO?

Mais alors, JO ou pas JO, tout ce qui devait être fait l’a été (ou le sera)? Et nous qui pensions que cette manifestation étaient l’indispensable stimulant de grands travaux structurants sans lesquels un mammouth comme Paris ne pouvait plus se muer en éléphant… «Cet intermède aura sans doute servi à quelque chose, tempère Didier Bailly. Et la SNCF, qui rechignait à libérer ses terrains pour certains projets fret, a été plus facile à faire bouger lorsque l’Etat et la ville se sont mobilisés pour la candidature».

Même l’opposition municipale est on board dans cette affaire, la maire UMP de l’arrondissement, Brigitte Kuster, devant chercher ses mots pour émettre une vraie critique:

«Pour un endroit qui devait accueillir une partie des JO, le manque d’installations sportives est criant et nous aurions voulu une piscine et peut-être un grand complexe multi-sports, mais le travail de concertation entre tous les acteurs et la population aura été de très bonne qualité

Dingue! On croirait entendre Isabelle Gachet, conseillère de Paris PS se féliciter, elle aussi, de «l’émergence d’un quartier ambitieux et écologique» bourré «de logements sociaux et d’équipements publics de qualité».

On s'en souviendra: pour développer un site dans l'efficacité et l'harmonie, il faut être candidat à l'organisation d'une grande compétition sportive et échouer lamentablement. Zut alors!

Hugues Serraf

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