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Ils sont députés sortants et pourtant, ils s'affronteront au second tour

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 13.06.2012 à 18 h 44

En cause, le redécoupage: deux ténors de l'ancienne cellule riposte de Nicolas Sarkozy, Valérie Rosso-Debord et Sébastien Huyghe, vont ainsi devoir affronter un député PS sortant au second tour. Zoom sur les huit duels de sortants.

Valérie Rosso-Debord sur BFM-TV, le 22 mai 2012.

Valérie Rosso-Debord sur BFM-TV, le 22 mai 2012.

Alors que plusieurs députés sortants ont perdu leur siège dès le premier tour, on sait déjà qu'ils seront au moins huit de plus dans ce cas dimanche 17 juin. En effet, on dénombre huit duels entre deux députés sortants au second tour.

Si l'un d'entre eux, celui entre Jack Lang (PS) et Gérard Cherpion (UMP) dans les Vosges, est dû au «transfert» dans l'Est de l'ancien député du Pas-de-Calais, les autres s'expliquent par les subtilités du redécoupage électoral de 2010, qui a supprimé 33 circonscriptions existantes en France métropolitaine et en a créé autant en métropole, Outre-mer et chez les Français de l'étranger.

Deux départements-circonscription

Premier cas, celui des départements à circonscription unique. Au moment du redécoupage, le gouvernement voulait maintenir au moins deux circonscriptions par gouvernement, mais cette disposition a été censurée par le Conseil constitutionnel pour maintenir, dans la mesure du possible, une circonscription pour 120.000 habitants. Résultat: la Creuse n'élit plus désormais qu'un député, et aura le choix dimanche entre Michel Vergnier (PS), député de l'ancienne circonscription de Guéret (à l'ouest) et Jean Auclair (UMP), député de l'ancienne circonscription d'Aubusson (à l'est).

Une fusion largement favorable à la gauche, majoritaire dans le département, et qui devrait permettre à Vergnier, premier avec dix points d'avance au premier tour, de l'emporter facilement. Sur la plus grande circonscription de France (5.600 km carrés), la campagne a été violente: coups de feu sur les permanences des deux candidats et menaces de mort envers le candidat UMP, candidat PS accusé de vouloir faire de la Creuse un département halal et de protéger les «voleurs géorgiens»...

Département placé dans une situation similaire, la Lozère a elle eu droit à son duel de députés sortants dès le premier tour, puisqu'ils étaient tous les deux UMP et bénéficiaient de l'investiture du parti: dans ce département qui n'a élu qu'un député de gauche depuis 1958, l'élu de la Droite rurale Pierre Morel-à-l'Huissier l'a emporté sur son collègue Francis Saint-Léger, et partira favori au second tour face à la socialiste Sophie Pantel.

Meurthe-et-Moselle, Haute-Saône, Seine-Maritime...

Plus classique, le second cas de figure oppose des députés dont les circonscriptions ont été «mélangées» lors du redécoupage. Dans la 2e circonscription de Meurthe-et-Moselle, Valérie Rosso-Debord, membre de l'ancienne cellule riposte de Nicolas Sarkozy, affrontera ainsi le PS Hervé Féron, qui l'a devancé de six points au premier tour.

Trois cas similaires sont à signaler, dans la 2e circonscription de Haute-Saône entre le PS Jean-Michel Villaumé et l'UMP Michel Raison, dans la 6e circonscription de Seine-Maritime entre la PS Sandrine Hurel et l'UMP Michel Lejeune et dans la 1e circonscription de Martinique entre le PS Louis-Joseph Manscour et l'indépendantiste Alfred Marie-Jeanne. Un autre aurait pu avoir lieu dans la 3e circonscription du Nord entre l'UMP Christine Marin et le socialiste Jean-Luc Pérat, parti en dissident, mais ce dernier a été devancé par le candidat du PS.

Reste enfin le cas le plus original, celui de deux députés qui se sont «transférés» dans une circonscription totalement étrangère à la leur, et pourraient y battre un sortant. Dans le Nord, le socialiste Alain Cacheux, élu de l'ancienne 3e circonscription (Lille-Centre, Lille-Nord, Lille-Nord-Est), «explosée» entre trois circonscriptions, est allé défier Sébastien Huygue, autre membre de l'ancienne cellule riposte, sur ses terres de la 5e circonscription: avec moins de trois points de retard et les 10% du Front de gauche, il peut espérer l'emporter sur un adversaire qui va devoir compter sur les 16% d'électeurs du FN.

Un exploit que peut également espérer réaliser un autre socialiste, Daniel Goldberg: député de l'ancienne 3e circonscription de Seine-Saint-Denis (Aubervilliers, La Courneuve, Le Bourget), éparpillée désormais sur deux circonscriptions, il s'est «délocalisé», selon ses propres termes, sur la 10e, celle d'Aulnay-sous-Bois. Avec près de neuf points d'avance sur l'UMP Gérard Gaudron et l'apport du Front de gauche et d'EELV, il semble quasiment certain de l'emporter.

«Un truc politique managé par le PS»

En cas de défaite dimanche, les sortants perdants auront a priori un coupable tout trouvé s'ils sont de gauche: Alain Marleix, le ministre responsable du découpage. Sandrine Hurel avait ainsi dénoncé avant l'élection un «tripatouillage» et Hervé Féron un charcutage «scandaleux» et «hallucinant», la commune dont il est maire ne figurant plus dans sa circonscription.

Dans la Creuse, l'UMP Michel Auclair pourra lui blâmer une nouvelle fois la décision du Conseil constitutionnel: «Depuis quelque temps, Alain Marleix me dit: "Jeannot, il faut faire attention, les députés socialistes parisiens mènent le combat pour que la Lozère et la Creuse n'aient plus qu'une circonscription." En fait, tout ça c'est un truc politique managé par le PS», dénonçait-il déjà dans L'Express en 2009.

Jean-Marie Pottier

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (944 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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