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FN: petit argumentaire hypocrite en quatre points à l'usage de l'UMP

Jean-Laurent Cassely, mis à jour le 13.06.2012 à 12 h 05

Parallélisme extrême gauche/extrême droite, double jeu de la gauche ou diversion, la boîte à mauvaise foi de l'UMP confrontée au vote FN.

Alain Juppé et Jean-François Copé, le 26/05/12 à Paris. REUTERS/Regis Duvignau

Alain Juppé et Jean-François Copé, le 26/05/12 à Paris. REUTERS/Regis Duvignau

Nicolas Sarkozy avait multiplié les appels du pied aux électeurs du FN entre les deux tours de la présidentielle. Aux législatives, la situation est différente: pour convaincre les électeurs de ne pas adopter la stratégie du front républicain quand il profite à la gauche, sans pour autant se laisser tenter par le FN qui ne serait qu'une UMP plus décomplexée, le parti dispose de quelques réserves de formules et arguments plus ou moins bien rodés. Qui ont tous pour avantage d'éviter de poser la question de fond des liens entre la droite républicaine et l'extrême droite.

1. «La gauche s'allie à l'extrême gauche, et nous on peut pas s'allier à l'extrême droite? C'est pas du jeu!»

L'idée: Marine Le Pen, c'est la peste brune. Mélenchon, les chars russes à Hénin-Beaumont. Même combat, les extrêmes s'annulent... Comme l'écrit le Nouvel Obs sur son site:

«L'argument selon lequel: "le PS s'allie avec le Front de gauche, or le Front de gauche est comme le Front national, donc le front républicain n'existe pas", devrait être martelé tout au long de la semaine.»

Et en effet...

Nathalie Kosciusko-Morizet, le 11 juin sur France 2:

«Nous n'allons pas proposer une association avec des gens qui se sont associés avec l'extrême-gauche.»

«Le front républicain, c'est le refus des extrêmes, de l'extrême droite et de l'extrême gauche. Aujourd'hui, c'est le Parti socialiste qui refuse le front républicain en s'associant avec le Parti communiste et l'extrême gauche.»

Jean-François Copé, sur Europe 1:

«C'est quand même extravagant qu'il y ait à ce sujet ce procès d'intention tellement parisien, alors que personne ne demande rien au PS qui s'allie avec Jean-Luc Mélenchon, qui explique que Fidel Castro n'est pas un dictateur.»

... puis comparant Front national et Front de gauche:

«D'ailleurs, ça commence pareil!»

Alain Juppé, sur France Inter le 12 juin, à propos des relations entre Jean-Luc Mélenchon et le compositeur grec Mikis Theodorakis:

«[Mikis Theodorakis] affiche aujourd'hui sa foi antisémite. C'est un copain de M. Mélenchon [...] voilà, cela ne gêne pas le PS [...] Le PS ferait bien de s'expliquer sur ses alliances avec l'extrême gauche.»

Sur le même sujet, NKM a rappelé sur France 2:

«Est-ce que l'antisémitisme de gauche c'est mieux que l'antisémitisme de droite?»

Notre avis: sur le fond, renvoyer le Front de gauche, dont le PCF est une composante, au stalinisme est un brin convenu, mais dans l'électorat de droite qui se représente «les socialo-communistes responsables de 100 millions de mort» comme une grave menace pour le pays, la logique Front contre Front peut raviver des craintes instinctives...

2. «Vous voulez le vote des étrangers, le laxisme sécuritaire et le matraquage fiscal? Hein, c'est ça?»

L'idée: l'UMP ne partage pas les valeurs du FN... Mais la gauche encore moins. Donc, si voter pour le FN aboutit à diviser la droite pour faire élire la gauche, le résultat est inverse à l'objectif recherché par le sympathisant du FN.

NKM sur France 2, à propos de la consigne de vote de Marine Le Pen qui appelle à la faire battre et, donc, à voter pour le candidat socialiste:

«C'est-à-dire qu'elle demande à des électeurs de voter pour le droit de vote aux étrangers, pour le laxisme sur les questions de sécurité ou encore pour le tabassage fiscal.»

Jean-François Copé, édito sur le site de l'UMP:

«A ces électeurs, je veux dire que le choix du FN a toujours bénéficié à la gauche. Et, en faisant passer la gauche, on a le droit de vote des étrangers, le laxisme, la dévalorisation du travail, le communautarisme ou encore la régularisation massive de clandestins»

Fernand Siré, député sortant de la 2e circonscription des Pyrénées-Orientales, dans 20 minutes:

«Je n’ai pas eu de contacts avec Irina Kortanek [la candidate FN, NDLR] mais si elle décidait de me soutenir, je ne vois pas pourquoi je serais contre. Nous avons des positions communes sur de nombreux sujets comme l’immigration ou le droit de vote des étrangers.»

Depuis, Louis Aliot a annoncé que le FN retirait la candidature d'Irina Kortanek pour faire barrage à la candidate socialiste.

Notre avis: variante de la technique numéro 1. L'accent mis sur le droit de vote des étrangers apporte néanmoins une petite nouveauté programmatique de nature à susciter (à nouveau) l'angoisse de l'électeur à l'approche du second tour.

3. «Le FN? Une vieille feinte de Tonton»

L'idée: Le vote FN profite à la gauche (point 2 ci-dessus). La preuve? Le FN, c'est Mitterrand qui l'a créé.

En 1986, la règle électorale change sous l'impulsion du président de la République, qui fait rétablir la proportionnelle. Aux législatives, le FN fait entrer 35 députés à l'Assemblée nationale. Une parenthèse de deux ans avant que la droite ne rétablisse le scrutin majoritaire uninominal à deux tours...

Jean-François Copé:

«A l'image de cette vieille alliance qui existait entre François Mitterrand et Jean-Marie Le Pen. Voter FN aux législatives, c'est donner tous les pouvoirs à la gauche.»

Notre avis: l'argument, politiquement tout à fait valable, selon lequel Mitterrand a tactiquement fait entrer le FN dans l'arène politique pour diviser la droite, est depuis trente ans un classique de l'argumentaire de droite. Les plus jeunes y sont insensibles, et sur le fond l'affirmation ne répond pas à la mue opérée par Marine Le Pen depuis qu'elle a pris la tête du parti en 2010.

4. «Le FN n'est pas interdit par la République, la République est bonne, donc le FN est bon»

L'idée: Qu'est-ce qu'un parti républicain? Le FN est-il comme les autres? Plutôt que de répondre sur le fond, certain(e)s ont décidé de déporter la question en usant d'un drôle de syllogisme: tous les partis qui se présentent aux élections sont autorisés par la République, le FN se présente aux élections, donc le FN est républicain.

On a souvent entendu Eric Raoult ou Gérard Longuet défendre cette ligne. Mardi, c'est Nadine Morano, qui a déclaré dès le soir du premier tour avoir des «valeurs communes» avec les électeurs du FN, qui a fait sien ce célèbre syllogisme de droite. Il ne s'agit plus d'interroger les idées du FN, mais de les légitimer par le simple constat de leur légalité et de leur accord avec la République.

C'est ainsi qu'on se retrouve à la une de Minute, journal d'extrême droite, en déclarant «A ce que je sache, le FN n'est pas interdit par la République».

Notre avis: qu'y a-t-il derrière l'argument? Que le FN devrait être interdit? Non, c'est une question rhétorique que pose la droite, qui bascule du coup dans l'option inverse: si le FN est comme les autres, alors pourquoi ne pas s'allier à lui?


Jean-Laurent Cassely

Jean-Laurent Cassely
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Journaliste
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