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A Paris, la normalisation hollandienne est en cours

Hugues Serraf, mis à jour le 12.06.2012 à 7 h 50

Dans la capitale, on vote toujours davantage à droite à l’ouest qu’à l’est: c’est juste l’ouest qui a tendance à reculer…

L'ancien président Nicolas Sarkozy, sortant de l'isoloir dans son bureau de vote du 16e arrondissement de Paris - Philippe Wojazer / Reuters

L'ancien président Nicolas Sarkozy, sortant de l'isoloir dans son bureau de vote du 16e arrondissement de Paris - Philippe Wojazer / Reuters

Pour une ville de bourgeois dont les loyers ont besoin d’être encadrés en urgence, Paris vote étonnamment «progressiste». Au-delà d’un Claude Goasguen réélu avec 58,1% dans la 14e circonscription, et peut-être d’un Bernard Debré à 45,07% dans la 4e ou encore d’un François Fillon à 48,6% dans la 2e, l’UMP la joue plutôt modeste. En 2007, quatre députés UMP s’étaient débrouillés pour être élus dès le premier tour.

Sur l’ensemble des dix-huit circonscriptions que compte la capitale post-redécoupage, le PS est même à 39%, soit quatre points au-dessus du score de François Hollande à la présidentielle ―et la gauche toute entière est à quelque 52%. Du coup, c’est sur la municipale de 2014 qu’on a l’impression de recevoir un éclairage anticipé...

Pour autant, et malgré la poussée globale de la gauche (tous ses candidats font mieux que la fois dernière), le rapport de force en termes de sièges devrait rester inchangé, avec douze députés PS ou Verts et six parlementaires UMP. Si les électeurs ne se déjugent pas le 17 juin, et même si l’on continue de voter plus bleu que rose dans les arrondissements de l’ouest par habitude ou atavisme, la « normalisation » hollandienne de la vie politique parisienne est en cours. Petite revue de détail.

Première circonscription: Pierre Lellouche n’aura pas, ces derniers jours, promené sa science géopolitique sur toutes les radios et télés nationales en vain. Avec 41,32% des suffrages, il devance largement la socialiste Claire Morel (34,7%). Mais la partie n’est pas gagnée pour autant: le total des voix de gauche, avec une candidate du Front de gauche à 3,36% et un écolo à 6,5%, s’établit à 44,56% et rien ne dit que les suffrages exprimés en faveur de la représentante du FN (4,53%) reviendront de droit au candidat UMP. Au contraire, même…

Deuxième circonscription: Axel Khan pour le PS, avec 33,88% des suffrages, se débrouille plutôt bien, mais le généticien aura manifestement du mal à contrer l’ex-Premier ministre UMP François Fillon qui, avec 48,62%, lui montre qu’il n’est pas qu’un collaborateur d’omniprésident sans ressources autonomes… Les 4,14% du Vert Laurent Audoin ne devraient pas vraiment changer la donne au second round.

Troisième circonscription: Ici, c’est la socialiste Annick Lepetit qui mène la danse (44,74%) et humilie presque l’UMP Valérie Paparemborde (30,21%). Un Front de gauche à 5,30% et un candidat vert à 5,95% pouvant être considérés comme autant de renfort, la partie semble gagnée à gauche.

Quatrième circonscription: Il reste bien quelques forteresses droitières à peu près inexpugnables dans la capitale, à l’instar de la circonscription que l’UMP Bernard Debré s’apprête à conserver sans effort. Ses 45,07% font pâlir les 17,7% de la socialiste Agnès Pannier, mais également les 23,01% de la «vraie-fausse dissidente» UMP Brigitte Kuster.

Cinquième circonscription: Dans cette circonscription, où le bébé Sarko Benjamin Lancar tentait sa chance face à l’adjointe au maire PS chargée de la solidarité Seybah Dagoma, c’est une claque assez cuisante pour le patron des Jeunes Pops (il est à 21,3%, loin derrière sa concurrente qui remporte 43,6% des suffrages). Dagoma peut de plus compter sur un bon report des voix de la candidate EELV (7,9%), un soutien au minimum «convenable» des électeurs de la représentante du Front de gauche et députée sortante Martine Billard (13,1%) et n’a donc pas trop de soucis à se faire…

Sixième circonscription: Cécile Duflot a beau ne pas avoir de problème avec la fumette, ce n’est absolument pas un handicap dans la sixième circonscription parisienne! La ministre verte du Logement engrange 48,74% des suffrages et devrait être en mesure d’être confortablement élue, avant de céder sa place à sa suppléante socialiste Danielle Hoffman-Rispal. L’UPM Jack-Yves Bobhot se contente de 18,30%. A peine plus que la candidate Front de gauche Danielle Simonnet (16,29%).

Septième circonscription: le maire socialiste du onzième arrondissement Patrick Bloche est ici chez lui. 46,63%, c’est un score à peu près sans appel, surtout lorsque l’on peut compter sur les la grande partie des 7,36% remportés par la candidate EELV. Claude-Annick Tissot, concurrente UMP, aura du mal faire prospérer ses 23,76% même si la myriade de petits candidats divers droite du secteur peut lui donner un coup de pouce.

Huitième circonscription: Charles Beigbeder, le businessman et frangin d’écrivain venu tard à la politique via l’UMP, est quasiment renvoyé à ses chères études. 25,75% des suffrages dans la huitième circonscription, c’est largement insuffisant pour inquiéter la socialiste Sandrine Mazetier (42,42%), laquelle peur encore tabler sur les 5,26% d’électeurs écolos du secteur, voire les 7,79% de partisans de Jean-Luc Mélenchon.

Neuvième circonscription: Jean-Marie Le Guen (PS) est à 47,17%, loin devant l’UMP Anne-Marie Souhaite, dont les vœux ne se sont pas concrétisés (21,8%). Avec un vote écolo à 6% et une percée du Front de gauche à 10,27%, la gauche est en excellente position.

Dixième circonscription: on se demandait ce qui pourrait bien se passer dans la dixième circonscription, où le Vert un poil soupe au lait Denis Beaupin (42,89%) était confronté à l’UMP Chenva Tieu (23,13%). Eh bien, pas trop mal en fait. Ses réserves de voix sont élevées (les 11,62% du Front de gauche), quand son concurrent aura du mal à séduire des électeurs FN à 7,27%, ce qu’il ne semble d’ailleurs pas souhaiter parce que tout le monde ne s’appelle pas Nadine Morano, fort heureusement.

Onzième circonscription: Pascal Cherki, le socialiste en lice dans la onzième circonscription, remporte 40,1% des suffrages et se retrouve en ballotage favorable devant l’UMP Jean-Pierre Lecoq (33,43%). Ici, le vote écolo est à 5,78% et le Front de gauche à 5,98%. Incidemment, Cherki, qui est le maire du 14e arrondissement, s’il arrive à ses fins, prendra la place du Vert Yves Cochet qui ne se représentait pas.

Douzième circonscription: Un peu de réconfort pour l’UMP dans ce champ de ruines, avec les 49,87% de Philippe Goujon face à la socialiste Capucine Edou (32,08%). Dans les parages, les forces  auxiliaires de gauche se font généralement discrètes.

Treizième circonscription: Jean-François Lamour (43,87%), député sortant UMP, n’est pas parvenu à sabrer totalement son adversaire radical de gauche Gilles Alayrac (34,35%), lequel améliore même notablement le score de la socialiste Anne Hidalgo il y a cinq ans et met l’ensemble de son camp à 42,5%. L’affaire est serrée tout de même et les paris sont ouverts.

Quatorzième circonscriptio : S’il n’en reste qu’un, ce sera celui-là. Claude Goasguen est donc le seul député UMP a être reconduit du premier coup avec un score de maréchal (non non pas Marion, c’est juste une expression). 58,11%, c’est énorme, et ça n’empêche même pas le FN Marc de Joussineau de remporter ses 5,49%, ni même David Alphand, un UMP en rupture de ban, de faire ses 8,35%. Et la socialiste Annie Novelli dans tout ça? Elle fait de la figuration intelligente avec 16,12% des voix.

Quinzième circonscription: une autre ministre de François Hollande, George Pau Langevin, s’apprête à sauver son portefeuille. Les 47% qu’elle s’arroge dans la quinzième circonscription, auxquels viendront vraisemblablement s’agréger les 7,85% de la candidate verte et les 12,51% du candidat mélenchoniste, ne laissant que peu d’espoir à l’UMP Nathalie Fanfant (18,03%).

Seizième circonscription: L’ex-Dskiste Jean-Christophe Cambadelis, avec 41,23% des voix dans la seizième, n’a pas non plus à s’angoisser dans la perspective du second tour. Le Vert Bernard Jomier ne le porte peut-être pas dans son cœur, mais les électeurs de ce dernier ne devraient pas manquer à l’appel, au grand dam de l’UMP Jean-Jacques Giannessi et de ses 20,91%.

Dix-septième circonscription: L’UMP Roxane Decorte est à 18,29% dans la dix-septième circonscription. Ce n’est pas avec un score pareil qu’elle mettra le retour au Palais Bourbon de Daniel Vaillant en péril. Le socialiste, ancien ministre de l’Intérieur de Lionel Jospin, avec ses 46,11%, peut encore tabler sur le renfort des 8,3% de la candidate écologiste et les 13,19% du candidat du Front de gauche.

Dix-huitième circonscription: Christophe Caresche (PS), se retrouve en ballotage favorable (45,21%) devant l’UMP Pierre-Yves Bournazel (22,88%). Des Verts à 3,6% et un Front de gauche à 3,7% semblent de bon augure pour le coup d’après, dans une dix-huitième circonscription où un FN à 5,33% a du mal à jouer les trouble-fête.

H. S.

Hugues Serraf
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