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Mélenchon-Le Pen à Hénin-Beaumont: le précédent Tapie

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 14.05.2012 à 14 h 21

Au tournant des années 80-90, l'homme d'affaires s'était présenté à plusieurs scrutins locaux dans le Sud-Est pour faire barrage au dirigeant frontiste. Au point qu'au PS, certains dirigeants, dont le sénateur de l'Essonne lui-même, reprochaient au parti de lui sous-traiter la lutte contre l'extrême-droite...

Bernard Tapie lors d'un meeting à Marseille, le 28 janvier 1992 (Ina.fr).

Bernard Tapie lors d'un meeting à Marseille, le 28 janvier 1992 (Ina.fr).

Dans son duel avec le Front national, Jean-Luc Mélenchon est-il le nouveau Bernard Tapie? Interrogé sur France Inter, lundi 14 mai, sur la ressemblance entre son parachutage à Hénin-Beaumont et les combats électoraux de l’ancien président de l’OM contre le FN, le leader du Front de Gauche a répliqué «Je ne suis pas Bernard Tapie, nous ne sommes pas dans les Bouches-du-Rhône», et a estimé que «les années ont passé» et que la stratégie «des discours moraux par des gens qui eux-mêmes ne brillaient pas par leur morale a échoué».

Avant même son face-à-face télévisé très médiatisé (à coups de gants de boxe) avec le leader frontiste en 1994, Bernard Tapie avait en effet cherché à deux reprises à affronter Jean-Marie Le Pen sur son terrain local, c’est-à-dire, comme il le résumait à l’époque, «partout où il serait en position de gagner». La première fois en 1988 quand, candidat d’ouverture aux législatives dans les Bouches-du-Rhône, il aurait voulu se présenter face à Le Pen, qui venait lui-même de se parachuter dans la huitième circonscription: «Je vais me faire le borgne aux poings, en direct», aurait-il confié à son entourage.

Mais le PS local refuse, laissant au socialiste Marius Masse, issu d'une dynastie locale, l’honneur d’écarter Le Pen, et l’envoie se faire battre de justesse dans la sixième circonscription par l’UDF Guy Teissier. Ce qui n’empêche pas les deux hommes de s’envoyer des amabilités à quelques kilomètres d’écart, Le Pen traitant Tapie de «milliardaire rose» et lui prédisant «une expérience cuisante de la politique», et ce dernier lui renvoyant à la figure un «dégonflé».

Attaque polémique contre les «salauds»

Elu député à l’occasion d’une partielle en 1989, Tapie repart à l’assaut de Le Pen, qu’il a dominé lors d’un débat sur l’immigration, à l’occasion des régionales de 1992, que le FN espère remporter en Provence-Alpes-Côte d’Azur. Son arme s’appelle Energie Sud, liste de gauche à tendance people (le couturier Daniel Hechter, le chanteur Enrico Macias, la comédienne Mylène Demongeot) qui fait campagne sous le slogan «Ici, on va étonner la France».

Là encore, la campagne est violente entre les deux adversaires. Le Pen accuse son adversaire de «brasser du vent»: «Cet homme-là, ce n’est pas un homme politique, c’est un ventilateur.» Lequel Tapie réclame aux Provençaux d’infliger à Le Pen «la plus belle culotte électorale qu’il n’a jamais pris» et attaque violemment ses électeurs lors d’un meeting au Palais des sports de Marseille, le 28 janvier 1992: «Si Le Pen est un salaud, ceux qui votent pour eux sont des salauds. […] Le Pen s’est trompé d’adresse, c’est ici que sa carrière va prendre fin.»

«La bave de crapaud ne touche pas, chacun sait, la blanche colombe, mais il a insulté mes électeurs!», réplique alors Le Pen, qui porte plainte —Tapie sera condamné pour «injures publiques» et désavoué par plusieurs dirigeants de gauche. Un débat télévisé entre les deux adversaires est annulé.

Le 22 mars 1992, les résultats sont mitigés pour Tapie et Energie Sud: si Jean-Marie Le Pen ne remporte pas la région, le président de l’OM n’arrive que troisième avec un peu plus de 22% des voix et ne peut disputer à Jean-Claude Gaudin le fauteuil de président. En revanche, dans le département des Bouches-du-Rhône, où il conduit sur son nom la liste face à Bruno Mégret pour le FN, Tapie sort en tête de manière inattendue, avec plus de 26% des voix. Une performance qui lui vaudra d’être classé par le Nouvel Observateur parmi les  «vainqueurs» d’un scrutin cataclysmique pour la gauche, et d’entrer au gouvernement juste après.

A l’époque, certains au PS se plaignaient que le parti sous-traite la lutte locale contre le FN, à l’image de A gauche, le bulletin de la Gauche socialiste, en septembre 1991: «Dans le match Tapie-Le Pen, qui va polariser l'élection nationale de 1992, où est le PS? […] Pour aller au combat contre le chef de file de la nouvelle droite française, le premier parti de France fournit les troupes et le matériel, mais pas les généraux. […] Si nous perdons, la défaite sera pour nous. Si nous gagnons, la victoire sera pour d'autres.» Le signataire de ces lignes s’appelait Jean-Luc Mélenchon.

J.-M.P.

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (944 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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