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A la Mutualité, l'insoutenable lourdeur de la défaite

Loïc H. Rechi, mis à jour le 07.05.2012 à 15 h 01

Dans la salle du 5e arrondissement, la tristesse des militants UMP était palpable. Mais cette soirée a donné lieu à un discours extrêmement digne de Nicolas Sarkozy, quasi inimaginable quelques heures plus tôt.

A la Mutualité, le 6 mai 2012. REUTERS/Philippe Wojazer

A la Mutualité, le 6 mai 2012. REUTERS/Philippe Wojazer

Comme au premier tour de l'élection présidentielle, Nicolas Sarkozy célébrait les dernières heures de la France forte du côté de la salle de la Mutualité dans le 5e arrondissement parisien.

Notre reportage commence assez tôt, aux alentours de 17h. Pas grand-chose à signaler à ce stade, si ce n'est un photographe indépendant français –mais sous contrat avec une agence britannique– qui râle parce qu'on lui refuse momentanément une accréditation. De toute façon, ça doit être dans leurs gènes, les photographes râlent tout le temps.

Pour le reste, on trouve une armée de journalistes autistes et surconnectés en salle de presse. Si cette élection a confirmé un truc, c'est bien que Twitter est définitivement devenu un appendice du journaliste politique moderne.

Côté militant, la salle se remplit gentiment à ce stade. Les premières estimations circulent déjà parmi les journalistes et n'annoncent rien de bon pour le président sortant, mais, imperturbables, les organisateurs distribuent des drapeaux bleu-blanc-rouge aux forces en présence.

Chaque minute qui passe draine son lot de militants. Les drapeaux galvanisent les troupes et les «On va gagner» et «Hollande en Corrèze, Sarkozy à l'Elysée» fusent de toute part, entrecoupés par une petite Marseillaise des familles, la première d'une longue série.

Dehors, le public s'amasse tranquillement, un mélange de curieux et des militants hardcore qui, dans un mimétisme étonnant, reprennent les mêmes chants qu'à l'intérieur, non sans quelques complaintes du genre: «Tu vois, si tu connais personne, tu rentres pas à l'intérieur.»

Vingt minutes avant 19h.

Les deux écrans géants disposés de part et d'autres de la grande salle de la Mutualité sont allumés. Une petite armée de jeunes filles tout juste mineures font claquer leurs talons en rythme et reprennent «Hollande en Corrèze, Sarkozy à l'Elysée», véritable hit du soir.

La température –au sens propre du terme– ne cesse de monter. On étouffe, l'air est moite, poisseux et les drapeaux striés qui s'agitent ne refroidissent pas l'ambiance pour autant. Chaque apparition, chaque évocation même, des mots «François Hollande», «Tulle» ou «Parti socialiste» déclenche des salves de huées. Sans surprise, les mots «Mélenchon» ou «Bayrou» ne sont pas non plus des canons de popularité.

Et puis vient l'hypocrisie véritable de cette soirée de campagne. Il est 19h légèrement passées et un paquet de monde sait déjà que ça sent la France fortement roussie pour Nicolas Sarkozy.

Face aux caméras, un duo de jeunes militants en jean-veste-cravate-confiance démesurée en soi, reconnaissent déjà la défaite à demi-mot, arguant qu'ils ne vont «pas pleurer», qu'ils «boiront un coup malgré tout ce soir» et qu'ils «comptent bien se serrer les coudes».

D'autres essaient de se rassurer comme ils le peuvent, s'accrochent aux textos qui affluent sur leurs portables ou aux DM qu'on s'échange entre militants sur Twitter.

Dehors, au sein de la frange «qui ne connaît personne et ne rentre pas à l'intérieur», on se bat dans les premiers rangs pour récupérer un drapeau et on lance une petite Marseillaise pour se réchauffer un peu. Autrement dit, on veut encore y croire, même si l'AFP vient dans le même temps de foutre en l'air tout espoir.

Vingt minutes avant 20h.

Voilà que Valérie Rosso Debord débarque, créant une effervescence certaine parmi des journalistes qui commencent sérieusement à tourner en rond. Pas d'annonce, pas un mot au-dessus de l'autre, un simple hommage rendu à Nicolas Sarkozy et un appel à se rassembler pour les législatives.

Entre les lignes, on ne lit que la résignation, évidemment. Dans la salle, les militants hurlent des «Nicolas, Nicolas», on fustige Hollande et «tous ces électeurs qui ne savent pas lire un bilan» référence partisane à sa gestion en tant que président du conseil général de Corrèze.

Dix minutes avant l'heure fatidique.

La température est de plus en plus insoutenable dans la salle. Les «On va gagner» ont laissé place à de plus modeste «Sarkozy c'est pas fini».

Un journaliste italien de la Stampa interroge quatre jeunes filles blondes, ce qui fait bien marrer deux petits vieux en mode «une interview politique avec quatre blondes? Il perd pas le nord lui».

Il est marrant l'Italien d'ailleurs. En fait, il hallucine complètement sur cette histoire de «résultat donné qu'à 20 heures alors qu'on connaît tous le verdict depuis trois heures». Que répondre à ça...

A 19h57, des militants sont encore pendus à leur téléphone, s'accrochant à d'hypothétiques textos détaillant des histoires de dépouillements pas entamés. Dur.

Et voilà qu'apparaît tout à coup Ségolène Royal, tout sourire. Un sourire énorme, vraiment. Alors on lâche le portable.

«Ah le sourire de la victoire, ils l'avaient pas vu depuis longtemps celui-là.»


REUTERS/Gonzalo Fuentes

20h.

Le résultat qu'on connaît. Personne ne semble vraiment surpris, mais voilà que ça s'agite dans les gradins. Les trublions d'Action Discrète –on se demande comment ils peuvent encore faire le job sans être grillés– brandissent tout à coup des pancartes «Copé 2017». La sécurité mettra dix bonnes minutes à les virer, ajoutant encore un peu à la désacralisation de la défaite.

Les «Merci Sarkozy» résonnent et les journalistes, dans leur quête d'immédiateté et de premières réactions, se cassent un peu les dents sur des militants qui les envoient balader ou ne racontent rien de bien intéressant.

Ce n'est pas de la tristesse qui emplit l'air, plus un sentiment mal dégrossi traduit par des «On est dans la merde» repris de part et d'autres. Ça parle de 2017, de trouver un nouveau leader.

Et puis on s'en prend à la presse. Ceux qui acceptent de répondre aux radios et aux télés sont parfois virulents, reprochent à la presse «d'avoir été contre eux». On croise bien quelques pairs d’yeux rougis par l'émotion, mais c'est plutôt de résignation qu'il s'agit dans cette histoire. Jusqu'à l'arrivée du leader.

20h15.

Le président sortant débarque alors que la salle s'est déjà un peu vidée. La suite est une histoire d'osmose entre lui et le public, deux entités qui font corps le temps d'un discours.

Extrêmement digne, aux antipodes de son comportement et de son discours de l'entre-deux-tours, Nicolas Sarkozy assume sa défaite, sa part de responsabilité, parle avec ses militants, salue son adversaire d'un soir. Quasiment impensable trois jours plus tôt. Il évoque ces dix dernières années, passées dans les plus hautes sphères de la République et lève les yeux au ciel.

On imagine sans mal les dix années défiler en deux secondes devant lui. Un examen de conscience en deux secondes. Profond. Touchant. Il va redevenir un Français parmi les Français, dit-il.

Et voilà que ça pleure. Beaucoup. Vraiment. Des jeunes garçons autant que des petites vieilles. Chacun de ces regards en l'air déclenche les larmes d'un partisan. Puis, avant de s'en aller, il adopte, malgré lui sans doute, une position quasiment christique, un bras en position ouverte de chaque côté du podium.

REUTERS/Yves Herman

Résonne alors une ultime Marseillaise. Grave. Comme un orage qui éclate dans une salle à la température trop lourde.

L'ex-président aura au moins réussi sa sortie.

Loïc H. Rechi

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