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Election de Hollande: la presse étrangère analyse un changement de style et le futur de l'Europe

Capture d'écran du Spiegel.

Capture d'écran du Spiegel.

Changement de style à l’Elysée, nouveau rapport de forces en Europe, futur du «moteur franco-allemand», projet socialiste… Les grands médias internationaux analysent les enjeux et les difficultés qui attendent le nouveau Président français, et l'impact qu’aura l’élection sur une Europe en crise.

New York Times: après l’Américain à Paris, le retour d’un président trop français

Pour le New York Times, Nicolas Sarkozy va manquer aux Français plus qu’ils ne le croient. Rosecrans Baldwin, auteur du livre Paris, I Love You but You’re Bringing Me Down, estime que malgré sa «grossièreté», le président sortant a «changé la manière dont les Français pensent la présidence».

Habitués aux figures de pères, voir de «grands-pères» comme Jacques Chirac ou François Mitterrand, ils ont appris à avoir un président qui «a occupé le trône comme un homme de chair», avec des défauts «qui le rendaient aussi accessible». Un style à l’américaine qui fait dire à l’écrivain qu’avec Sarkozy, les Etats-Unis avaient «un homme en Europe qu’ils auraient pu voir élu eux-mêmes».

Tout le contraire de François Hollande, décrit comme «calme, placide et n’aimant pas la confrontation». «Il va incarner la France comme personne en dehors de la France ne veut qu’elle apparaisse: fade, élitiste, distante», écrit Baldwin.

Hollande, le Merkel Français pour le Spiegel

Le quotidien allemand revient également sur le style du président perdant. Le journaliste Mathieu von Rohr estime que son impopularité était autant due à la crise qu’à sa manière d’être et de gouverner:

«Beaucoup de Français ont l’impression que Sarkozy a profané la fonction, qu’il n’était pas assez digne, qu’il était un parvenu qui se confondait souvent avec l’Etat et agissait comme un Napoléon des temps modernes.»

Mais le journal s’attarde aussi sur la tâche qui attend le nouveau président, avec une prédiction: François Hollande, dont les marges de manœuvre seront fortement réduites par la situation économique du pays, va forcément «décevoir» ceux qui ont cru en ses promesses les plus à gauche. Quand à la relation avec l’Allemagne, von Rohr estime que celui qui vient d’hériter «d’un des boulots les plus difficiles du monde» ne sera pas à l’opposé d’Angela Merkel comme certains l’annoncent:

«Il est même possible que Merkel et Hollande arrivent à forger un lien personnel fort, plus fort que celui qui a uni Merkel et Sarkozy. D’une certaine manière, on pourrait même décrire Hollande comme le Merkel français: c’est un pragmatique plus qu’un idéologue.»

Comment Berlin va accueillir Hollande?, se demande la BBC

Le correspondant de la BBC semble également penser que malgré des différences évidentes, les perspectives de coopération européenne entre le futur président français et la chancelière allemande ne sont pas entièrement bouchées. Bien sûr, Angela Merkel est opposée à une renégociation du traité européen, a soutenu Nicolas Sarkozy pendant sa campagne et est de droite. Mais Stephan Evans rappelle que les paroles des hommes politiques en campagne dépassent souvent leur pensée, et que l’Europe a connu un exemple de coopération efficace entre un président de gauche et un chancelier de droite avec le couple Mitterrand-Kohl.

Autre signe encourageant: «les ministres allemands commencent à parler beaucoup plus de croissance» depuis quelques jours. Mais le journaliste rappelle en conclusion que «s'il y a un changement de ton avec plus d’importance donnée à la croissance, le sentiment majoritaire à Berlin est que la voie déjà négociée [celle de l’austérité] est la bonne.»

La Repubblica: «Monsieur normal» et son ambitieux projet

C’est encore le style, de Hollande cette fois, qui est au cœur du long article consacré par le quotidien italien de gauche La Repubblica à la victoire de François Hollande. Le journaliste Bernardo Valli revient évidemment sur le programme «ambitieux» du futur président, et notamment sur son plan de relance européen par la croissance.

Mais il appelle aussi ses lecteurs à ne pas se «laisser berner par le titre de "Monsieur normal" qu'il s’est lui-même donné pour représenter l'exact opposé de Nicolas Sarkozy». Hier soir, il n’était plus question de «mou», de «pas assez ferme» ou de «joufflu»: «"Monsieur normal" a offert par sa simplicité solennelle l'image qu’il s’est proposé d'exiger du plus haut poste de l'Etat

Mission impossible pour Le Soir

Dans son édito de lendemain d’élection, le quotidien belge estime que «le plus dur reste à faire» pour le nouveau président, vainqueur d’une élection qui est d’abord la «défaite» de Nicolas Sarkozy.

«François Hollande est face à une équation a priori impossible: concrétiser le changement dans un univers qui le souhaite tout autant qu'il l'interdit», écrit Béatrice Delvaux, en faisant référence aux marchés qui selon elle «sanctionneront tout ce qui paraîtrait relever d'une gabegie socialiste et aller à l'encontre de l'austérité et l'orthodoxie financière du moment».

G.F.

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