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Rue de Solférino, les «On a gagné!» ont remplacé les «On va gagner!»

Yannick Cochennec, mis à jour le 07.05.2012 à 12 h 29

Récit d'une nuit de liesse populaire, du siège du PS à la place de la Bastille.

La rue de Solférino, le 6 mai 2012. REUTERS/Jean-Paul Pélissier.

La rue de Solférino, le 6 mai 2012. REUTERS/Jean-Paul Pélissier.

16h30: la ruée des accrédités

Au Café de Solférino, à l’angle de la rue de Solférino et du boulevard Saint-Germain, c’est l’affluence des grands jours pour un dimanche. «Hé, il a payé sa bière, celui-là?», s’interroge un serveur alors que détale un client une fois sa chope engloutie. Au comptoir, David Assouline, l’un des cadres du PS, avale un café en consultant les informations qui défilent sur son portable. «Gros coup de chaud aujourd’hui», sourit un serveur aux joues empourprées qui sait qu’il est là jusqu’à pas d’heure.

Dans la rue de Solférino, environ 500 personnes déjà rassemblées sur une artère en partie bloquée et bordée par les estrades des équipes de télévision. Sur un panneau s’inscrit un slogan comme une promesse, «Pour une France apaisée», au milieu du bruit des derniers coups de marteau. A l’entrée du QG du parti, les premiers des quelque 600 journalistes accrédités s’impatientent pour récupérer leur badge. Certains implorent la clémence du «jury» et se voient renvoyés à leurs chers espoirs: «Monsieur, vous n’êtes pas sur ma liste. Vous n’êtes pas sur la liste. Je ne peux rien faire pour vous

17h30: les espoirs des militants

Les deux minuscules salles de presse sont évidemment trop petites pour recevoir la foule des journalistes qui, pour nombre d’entre eux, finiront par taper leur texte assis par terre, en équilibre instable, toujours à la recherche d’une prise miracle. La cour de Solférino est elle aussi noire de monde, mais les hiérarques du PS s’y font rares. Mais qui a eu donc l’idée d’organiser un événement de dimension mondiale dans un endroit aussi petit et biscornu?

Dehors, dans la rue, la foule des militants a nettement grossi et rejoint déjà le boulevard Saint-Germain. Elle ne peste pas, elle, au contraire, contre le fait d’être de plus en plus serrée. Les drapeaux se mélangent entre ceux estampillés «François Hollande 2012» et les plus traditionnels bleus-blancs-rouges. «On va gagner», reprennent les supporters du futur chef de l’Etat qui huent la moindre apparition, sur l’écran géant, de l’envoyé spécial d’i>TELE à la salle de la Mutualité.

Dans les rangs, le même espoir. «De la justice sociale», dit Camille, venue de Lyon en TGV le matin. «Que Sarkozy dégage», reprend Arnaud, le Parisien, qui serre sa copine contre lui. Seminé dit elle vivre « un moment magique» malgré l’incertitude du résultat. « Personne ici ne peut imaginer qu’il puisse perdre, ajoute-t-elle sous un ciel désespérément gris. Pour moi, c’est un honnête homme, j’en suis sûre.»

19h30: «Vous voyez ma mine défaite»

Les sourires s’affichent sur les visages des premiers responsables du PS qui quittent le bureau national pour s’égailler vers les différents plateaux de télévision. A l’image des sondages des derniers jours, les premières remontées venues des dépouillements initiaux confirment ce que tout le monde anticipait: le succès de François Hollande «autour de 52%».

Déjà quelques-uns, comme David Assouline, préenregistrent quelques réactions auprès des radios sans attendre 20h. Laurent Fabius lâche à quelques confrères: «La règle, c'est d'attendre 20 heures, mais vous voyez à ma mine défaite ce qu’il en est.»

Dans la rue de Solférino, la nouvelle se propage comme comme une évidence tant l’échec semblait exclu. Soudain, les «On a gagné» remplacent les «On va gagner» tandis que sur l’écran géant, les journalistes s’échinent à évoquer toutes les hypothèses possibles et imaginables pour tenter de maintenir ce faux suspense jusqu’à 20 heures.

20 heures: coup de gong et phrase fatidique

10-9-8-7-6-5-4-3-2-1! Rue de Solférino, au moins 10.000 personnes reprennent en chœur le décompte final, histoire de soulager Laurence Ferrari et Claire Chazal qui ne savent plus quoi dire jusqu’au coup de gong et la phrase fatidique: «François Hollande est élu président de la République.»

En bordure de rue, les équipes de télévision tentent d’attraper les premières réactions des supporters qui se déchaînent, sautent, s’embrassent, hurlent sous les confettis et les ballons jetés depuis les étages de Solférino. Une journaliste norvégienne, mal embarquée dans son mouvement, finit par terre.

Douce folie collective qui ondule jusqu’au boulevard Saint-Germain et qu’accompagnent Harlem Désir, Aurélie Filippetti et Benoît Hamon venus goûter à la foule en cet instant historique. Les paroles d’Alain Juppé ou de Nathalie Kosciusko-Morizet sur TF1 sont noyées dans la liesse collective.

A la porte du siège du PS, c’est le pugilat. Un journaliste polonais tente le forcing et en vient aux poings avec le service de sécurité. Jean-Marie Le Guen échappe de peu à un mauvais coup.

Quelques minutes plus tard, au moment où Nicolas Sarkozy concède sa défaite, un «salaud», un «fasciste » et un «fous le camp» s’échappent de l’assistance pourtant policée de la cour. Le président battu parle, mais c’est comme si personne ne l’entendait.

De tous les côtés de la cour, les caméras de télévision semblent prises de tournis. A 21h10, du toit de Solférino, comme Ségolène Royal en 2007, Martine Aubry vient saluer la rue au moment où tombe la fraîcheur de la nuit.

21h30: le discours de Tulle

A Tulle, François Hollande s’adresse au pays. Descendu dans la cour, Arnaud Montebourg l’écoute, encadré par une dizaine de caméras qui l’éclairent dans la nuit de manière spectaculaire. Image étonnante de ce visage silencieux, grave, traversé par une ironie permanente, que vingt personnes fixent en tournant le dos aux écrans d’où s’échappe la voix du nouveau président. L'ancien candidat à la primaire grimpe deux marches, prend de la hauteur, calme les ardeurs de quelques-uns et délivre son message, martial, le temps de 30 secondes: «Il est possible de ne pas accepter la fatalité des marchés.».

Pendant l’allocution de François Hollande, le buffet campagnard a été rapidement remballé, surprenant les affamés qui se tournaient soudain vers lui. Première petite «trahison» du quinquennat? La cour se vide en un éclair. Direction la Bastille que les journalistes sont invités à rejoindre au plus vite au premier étage de l’Opéra.

22h40: les réactions des touristes

Sur la ligne 1 du métro, direction la Bastille, c’est la fête à Nadine Morano, tête de turque de la Sarkozie sur laquelle tombent quelques jolis noms d’oiseau lâchés dans des éclats de rire. Dans les rames, de nombreux «On a gagné» sont repris en chœur à la surprise des touristes «piégés» dans cette ferveur collective.

Une Américaine parle de sa déception d’Obama, mais dit qu’elle votera pour lui en novembre parce que Romney «pense d’abord aux riches». «Un peu comme nous avec Sarkozy et Hollande», lui répond un Français mi-figue mi-raisin. Arrivée à la station Bastille aussi bloquée qu’un jour de grève: les «On a gagné» reprennent de plus belle et sont repris en écho dans les couloirs du métro.

23h30: paroles et musique à Bastille

La place de la Bastille est noire de monde, presque inaccessible. De nombreuses personnes refluent par le faubourg Saint-Antoine pour tenter de contourner la marée humaine. Sur scène, Yannick Noah, qui déclare «avoir chialé», reprend une version de Saga Africa et parle de cette «famille» qui lui fait face.

Bientôt, Ségolène Royal vient clamer que «les banques vont obéir» aux dizaines de milliers de supporters. Cécile Duflot ne fait pas dans la tendresse: «Beaucoup de bébés vont naître ce soir et ils auront la chance de ne pas avoir connu Nicolas Sarkozy.» Pierre Moscovici, Jean-Marc Ayrault, Lionel Jospin se succèdent au micro entre Yael Naim et Axel Bauer.

Il est 0h45 quand venu de Brive, François Hollande apparaît enfin pour un bref discours de moins de dix minutes, porté par une clameur immense dans une fraîcheur presque glaçante: «Merci peuple de France. Après des années de blessures, de ruptures, de brûlures, c’est une grande victoire qui élève notre pays.»

A 1 heure du matin, il quitte la scène après avoir écouté une toute dernière fois, en frappant dans ses mains, la chanson «Le changement, c’est maintenant», tube de ses meetings. La musique reprend elle de plus belle l’espace de quelques minutes supplémentaires avec Cali pour s’éteindre définitivement à 1h15. Il est déjà lundi 7 mai depuis longtemps.

Yannick Cochennec

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