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Un «Président normal» successeur de François Mitterrand pour les éditorialistes

Slate.fr, mis à jour le 07.05.2012 à 11 h 31

François Hollande, place de la Bastille, après son élection, le 7 mai 2012. REUTERS/Charles Platiau

François Hollande, place de la Bastille, après son élection, le 7 mai 2012. REUTERS/Charles Platiau

Si l’élection de François Hollande comme président de la République a fait la Une de l’ensemble de la presse française, elle est aussi l’unique sujet des éditos, ce lundi 7 mai.

Dans un édito intitulé «Le Changement», Étienne Mougeotte, directeur de la rédaction du Figaro prend acte de la victoire du candidat socialiste et en appel à ne pas oublier le «peuple de droite, orphelin depuis la défaite de son champion»:

«Les Français ont choisi. M. François Hollande est devenu hier soir le deuxième président socialiste de la Ve République. Désormais, il est donc le président de tous les Français. Ainsi le veut la démocratie. Nous saluons cette élection comme l’expression de la volonté majoritaire. Bienvenue, donc, Monsieur le Président. Nous avons à cet instant une pensée pour Nicolas Sarkozy. Il a été dignement défait après s'être battu jusqu’au dernier souffle.»

 De son côté Libération est plus exalté. Dans son éditorial intitulé «Enfin», Nicolas Demorand, directeur de la publication et de la rédaction du journal, compare cette victoire à celle de François Mitterrand en 1981:

«La joie. La joie immense. Celle de voir une parenthèse se refermer, une malédiction se dissiper. Et de quelle manière! (…) Pour le peuple de gauche, 2012 fait renaître 1981, redonne de la vie et des couleurs à ces images vieillies, sépia, qui semblaient condamnées aux livres d’histoire»

Au revoir président

François Régis Hutin fait une «Lettre à Monsieur le Président» dans Ouest-France, où il dit adieu au président sortant et souhaite bien du courage au prochain:

«Bonne chance, Monsieur le Président. Nouveau porteur d’espérance, la majorité des Français a décidé de vous confier, sinon les destinées du pays, du moins le choix de ses orientations pour les cinq années à venir (…) Monsieur le Président, en même temps que du réalisme, il nous faut une grande ambition, le grand souffle de l’universel. Pour cela, vous serez le Président qui, sans discrimination, projette tous les Français vers l’avenir, vers la modernité qui porte en elle cet humanisme qui nous a fait tous ensemble ce que nous sommes: la France.»

Dans «Fraternité, crédibilité», l’édito de L’Alsace, Francis Laffon revient longuement sur la défaite du président sortant:

«Nicolas Sarkozy a admis sa défaite avec dignité. (…) Pour le chef de l’État sortant, le constat est néanmoins implacable. La présidentielle 2012, c’est 2007 à l’envers, ni plus ni moins, comme une parenthèse qui se refermerait. L’UMP, qui devait dominer durablement la droite et l’ensemble du paysage politique, se retrouve face à un champ de ruines, promesse de "rupture" tenue jusqu’à la dévastation. Les thèmes du Front national ont été banalisés, rendant encore un peu plus fragile une digue qui, néanmoins, malgré l’habile stratégie de Marine Le Pen, tient toujours.»

Paris Normandie revient sur la lente ascension de François Hollande à la présidence de la République:

«L’autre bonne étoile de Hollande ce fut Nicolas Sarkozy lui-même. Qui dès le début de son quinquennat a commencé à irriter les électeurs par son arrogance. Qui s’est obstiné trop longtemps dans la voie d’un tout-austérité dans une Europe sans croissance.»

Le vote sanction

«Le soulagement, le défi et l’espérance», tel est le titre de l’édito de Patrick Apel-Muller, dans L’Humanité, qui analyse la défaite du président sortant comme un vote sanction:

«A 20 heures, une majorité de Français a lâché un ouf! de soulagement. (…) Le résultat de cette élection présidentielle est d’abord la sanction d’une politique ultra-libérale, anti-sociale et autoritaire, d’une complicité proclamée entre l’oligarchie et l’Elysée. (…) La victoire de François Hollande est un non net et sans bavure à cinq  ans de sarkozysme.»

Pour l’Est-Éclair aussi il s’agit d’un vote contre la personne de Nicolas Sarkozy:

«Maintenant, à lui de jouer. François Hollande -"Lui, président de la République"- a donc réussi à imposer, au terme d’une campagne houleuse (...) Sans que le président sortant, que la France s’est très (trop?) vite plu à haïr, ne parvienne à casser, justement, cette logique de référendum "pour ou contre" Sarkozy.»

La République des Pyrénées revient, quant à elle sur la défaite de la droite:

«C’est plus Hollande qui a gagné que la gauche, c’est plus Sarkozy qui a échoué que la droite. (…) S’il est toujours facile de refaire l’histoire, l’échec de Nicolas Sarkozy était inscrit quelques mois après son élection dans une cote de confiance devenue négative et qui ne s’est jamais rétablie.»

Le président normal

Pour le Courrier Picard, «La présidence "normale", c'est maintenant». Dans son édito, Didier Louis reprend la formule lancée par François Hollande lors de sa campagne, comme pour montrer qu’il n’attend pas de miracle:

«Ils ont préféré l’anti-héros provincial à l’hyperprésident énergique mais déroutant (...) C’est un homme neuf qui accède à la fonction suprême. Il n’y est pas porté par une vague. Sa victoire est cependant assez nette pour garder les mains libres. Mais elle est dénuée de ferveur, de chaleur... signe que les Français ne croient pas à l’homme providentiel et ne se font pas d’illusions sur la magie de l’alternance en temps de crise.»

La République du Centre reprend également le terme de «normalité» cher au candidat PS:

«C’est en se posant en candidat de la «normalité» que François Hollande aura remporté un succès historique construit patiemment depuis un an (…) Sa chance tient à ce que, dans le contexte actuel, personne n’attend de lui le moindre miracle.»

Dans «La rose sans le poing» aussi, Philippe Palat (Le Midi Libre) reprend le «normal»:

«La France a choisi l’alternance. La rupture. Son pouvoir présidentiel passe à gauche. Dix-sept ans après la défaite de Lionel Jospin face à Jacques Chirac, un socialiste, François Hollande, devient le chef de l'État. (…) En surfant sur le registre du président «normal», François Hollande a triomphé là où on ne l’attendait pas.»

Même chose pour Nord Éclair: «Ainsi donc, celui qui a argumenté toute sa campagne autour d’un leitmotiv, celui de vouloir être un "Président normal" l’a emporté. La victoire est claire.» ou Presse Océan: «À quoi François Hollande a-t-il pu penser ce matin en se rasant, lui qui s’est levé pour la première fois dans la peau d’un "président normal" tel qu’il a promis de l’incarner?»

Dans La Montagne, journal qui est largement diffusé en Corrèze (le fief de François Hollande), c’est aussi le thème du président normal qui est choisi:

«"La vie est belle ce soir!" On sentait bien que ces mots de bord d'estrade lui venaient du coeur. Lui, le président normal dont la première intuition aura été de se mettre au service de tous les électeurs qui l'ont porté à la fonction suprême et de tous les citoyens qui avaient choisi son adversaire.»

La Haute-Marne compare la défaite de Nicolas Sarkozy à celle d’autres dirigeants européens:

«Depuis quelques jours, les jeux semblaient faits, même si seul Nicolas Sarkozy entretenait encore l’illusion d’une victoire possible. Force est de constater que le président sortant n’aura jamais pu rattraper son retard entre les deux tours. Comme beaucoup d’autres dirigeants en Europe, il a d’abord payé la persistance d’une crise très profonde.»



La comparaison avec Mitterrand

Patrick Venries, le directeur de l’information de Sud-Ouest, compare comme Libération la victoire de François Hollande à celle de Mitterrand, mais afin de mieux les opposer:

«Hier, la victoire de la gauche a tué un souvenir et effacé une illusion nés en 1981. Trente ans après l'élection joyeuse de François Mitterrand, le succès obtenu par François Hollande a été accueilli avec la retenue et la modération que les circonstances politiques et économiques exigent.»

Cette comparaison est également l'axe «Des roses et des épines» l'édito de Jacques Guyon dans La Charente Libre:

«Trente et un ans après François Mitterrand, un socialiste va entrer à l’Elysée. Celui qui se veut un «Président normal» sait parfaitement que son chemin pour redresser le pays est parsemé d'épines. (…) Son combat, il devra d’abord le mener en Europe.»

La comparaison avec les festivités de 1981 est également présente dans Le Progrès de Lyon:

«Ils voulaient changer la vie, ici et maintenant. Ils tendaient la rose rouge de l’espérance, un soir de mai 1981 à la Bastille, ils chantaient que les travailleurs allaient désormais partager les fruits de l’abondance, et faire du bonheur une monnaie courante... Trente et un ans plus tard, d’autres ont chanté à la Bastille le changement maintenant. (…) De Mitterrand à Hollande, d’un François l’autre, le changement a changé de sens: il n’a plus la rose au poing, ni le rêve en tête.»

L'alternance

Dominique Jung, le rédacteur en chef des Dernières Nouvelles d’Alsace souligne le choix de l’alternance émis par les Français:

«Plus généralement, la victoire de François Hollande montre que la V e République a définitivement intégré l’alternance; elle n’hésite plus à virer de bord et à faire le choix de la gauche. Cette expérience que beaucoup de villes, de départements et de régions ont vécue au cours de la dernière décennie s’est répercutée par capillarité jusqu’à la présidence de la République.»

Le même thème a été choisi pour l’édito de Jean-Michel Bretonnier, dans La Voix du Nord:

«L’envie de rupture avait fait gagner Nicolas Sarkozy en 2007. Cinq ans plus tard, c’est l’envie d’alternance qui l’a fait perdre. (…) La victoire est nette sans être écrasante.»

Jean-Claude Souléry dans La Dépêche du Midi se fait plus exclamatif:

«La gauche, enfin! Depuis près d’un quart de siècle, elle n’avait plus remporté la victoire à l'élection majeure. (…) Mais l’Histoire, en ce 6 mai 2012, a choisi sans la moindre hésitation la gauche. Cette victoire, indiscutable, on la doit surtout à un homme, François Hollande»

L'heure est grave

«Un temps fort de la démocratie» selon le titre de l’édito de La Presse de la Manche:

«Naturellement, la joie est totale chez les supporters de François Hollande, mais le président élu et ses principaux collaborateurs ont généralement fait preuve de gravité et de retenue dans leurs propos. Au-delà de la liesse dans le camp des vainqueurs, on rappelle qu’il y a une crise considérable et des difficultés impressionnantes qui attendent la nouvelle équipe issue de l’alternance voulue par les Français.» 

Selon Le Maine Libre, «Hollande n’a pas le droit à l’erreur»:

«Depuis 17 ans qu’elle espérait retrouver le chemin de l'Élysée, la gauche peut enfin goûter sa victoire. Oublié son cauchemar de 2002, quand Lionel Jospin n’avait pas réussi à se qualifier pour le second tour. Le résultat d’hier n’est pas aussi écrasant qu’annoncé. Il n’en est pas moins indiscutable. (…) Comme Nicolas Sarkozy avant lui, François Hollande a beaucoup promis (…) Chacun de ses engagements, en particulier sur la manière d’exercer le pouvoir, sera confronté à ses actes.»

Dans La Croix, Dominique Quinio rappelle les enjeux  de la présidence de François Hollande:

« C’est sur les épaules de François Hollande que repose désormais le poids des responsabilités présidentielles, si lourdes à l’heure d’une crise économique et financière qui n’en finit pas de secouer l’Europe. L’euphorie de la victoire, tant attendue par la gauche depuis les années Mitterrand et le choc de 2002, ne doit pas en masquer l’enjeu».

 

DD

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