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Nicolas Sarkozy, trop seul contre tous

Jean-Laurent Cassely, mis à jour le 06.05.2012 à 21 h 22

Ça passe ou ça casse, semblait-il se dire. Brisant tous les tabous, Nicolas Sarkozy a foncé tête baissée dans sa reconquête du «peuple» perdu… Cette fois, ça n’est pas passé.

Nicolas Sarkozy au Memorial des Glières le 18 mars 2008, POOL New / Reuters

Nicolas Sarkozy au Memorial des Glières le 18 mars 2008, POOL New / Reuters

Nicolas Sarkozy, 48,10%: ces deux mois et demi de campagne n’auront pas suffi à rattraper l’énorme avance creusée par son concurrent dans les sondages. Entré un an plus tôt dans la course, François Hollande, élu président de la République avec 51,90% des voix, n’a jamais été réellement inquiété. Du moins à en croire les enquêtes d’opinion l’annonçant systématiquement gagnant. Au finish, le résultat est nettement moins humiliant pour Nicolas Sarkozy que ce que les sondages annonçaient il y a quelques semaines. 

A force d’entendre des ténors de l’UMP le mettre en garde contre les risques d’une campagne éclair, Nicolas Sarkozy s’était déclaré candidat plus tôt que prévu. Premier acte improvisé d’une campagne mal ficelée… «Oui, je suis candidat», affirme-t-il simplement sur TF1 le 15 février, sans faire durer plus que nécessaire le faux suspense qui entourait ses intentions.

Mais la vraie entrée en campagne du «Président sortant», comme François Hollande a pris un plaisir manifeste à le qualifier, s’est faite quelques jours plus tôt: le 10 février, Nicolas Sarkozy répond aux questions du Figaro Magazine et dévoile ce que seront ses «valeurs pour la France». Travail (valorisé), formation (qu’il veut rendre obligatoire pour les chômeurs), immigration (trop pléthorique et mal intégrée), mariage gay ou euthanasie (auxquels il est opposé), Nicolas Sarkozy assume une ligne droitière qu’il ne quittera plus.

C’est la stratégie dite «Buisson», du nom du conseiller en opinion qui lui a apporté son expérience d’ancien journaliste d’extrême droite.

Un candidat aux frontières du réel

Le diagnostic est simple. Au fond, Nicolas Sarkozy pense que les Français sont inquiets et que nombre d'entre eux ont la rage. Il utilise de longue date une rhétorique anti-assistanat dont ses conseillers sont persuadés qu’elle prend chez les petites classes moyennes excédées par les largesses supposées de l’Etat providence. Il use et abuse de son costume de capitaine dans la tempête, imaginant peut-être une France pétrifiée par la crise et l'avenir incertain de l'Europe.

Le 22 avril au soir, le score de Marine Le Pen lui donne paradoxalement raison. 17,9% pour le FN, 27,18% pour Sarkozy. L’intuition de l’éminence grise de l’Elysée n’était pas la plus mauvaise: le pays est demandeur de protection. D’où le discours à multiples sens sur «les frontières» dans l’entre-deux-tours à Toulouse, leitmotiv que Nicolas Sarkozy déclinera sur plusieurs variations.

Frontières légales contre l’immigration trop importante, frontières économiques pour protéger la France menacée de dilution dans la mondialisation libérale. Frontières, encore, symboliques et morales, contre les paniques morales qui s’emparent d’une partie de la population.

Autre ligne de force de cette campagne, l’appel au peuple. Deux référendums sont proposés, sur l’immigration et la formation des chômeurs. Quant aux «corps intermédiaires», terme valise opportunément flou englobant syndicats, associations, lobbies ou médias, ils sont accusés de confisquer la parole du pays réel.

Le message est limpide: le peuple et moi, nous nous comprenons. Tout ce qui pourrait interférer dans ma relation directe au corps électoral, sondages inclus, est soupçonné de partialité, voire d’antisarkozysme pur et dur.

La stigmatisation, comme avec les syndicats, remplit son rôle habituel: les opposants foncent dans le piège de l’indignation! Nicolas Sarkozy peut se frotter les mains, son rôle d’outsider esseulé contre les élites en sort renforcé… Mais déjà la stratégie plébéienne ressemble à de l’incantation magique. A coup de «vague qui monte», de «mobilisation jamais vue» ou de «vote honteux et caché» pour Sarkozy, les conseillers et l’entourage laissent entendre aux observateurs qu’ils se trompent, aveuglés qu’ils sont par un traitement partisan de la campagne.

«Je suis seul contre neuf candidats», ose même lancer Nicolas Sarkozy. «Soit il est aveugle, soit il est extralucide», confiait au Monde un collaborateur de l’Elysée à la veille du second tour.

Seul contre tous… même contre le «peuple»

Impopulaire, Nicolas Sarkozy l’a été jusqu’à des sommets. Une forme de rejet à la mesure de la passion qu’il avait suscitée dans l’opinion, qui le (re-)découvre en 2002 quand il endosse avec passion le costume de premier flic de France.

Président que l’on adore détester, Sarkozy a été plombé par son incarnation de la fonction plus que par son bilan, illisible par définition en raison du rythme imprimé au quinquennat par l’hyper-président comme par son art du contrepied qui a parfois tourné à la schizophrénie sur les valeurs, l’immigration, l’économie…

D’ailleurs dans la tourmente de 2008 beaucoup le trouvent au niveau, volontariste, courageux. Ce que La France forte, slogan de campagne affiché sur fond de calmes eaux, devait illustrer.

Mais la cadence qu’il a imposée à sa présidence a usé les Français, qui ont peut-être vu dans ce candidat normal qu’était Hollande une forme de retour à la situation initiale et à une gestion dépassionnée des affaires publiques. Loin du président post-moderne que Sarkozy voulait incarner.

Enfin avant de voter, nombreux sans doute sont les Français qui auraient aimé lire le mea culpa de Nicolas Sarkozy sur ses premières années de présidence. Des bruits relayés par la presse annonçaient que le «président des riches» prendrait la plume pour s’excuser d’aimer les yachts, les restaurants de luxe et, au fond, l’argent…

S’expliquer aussi sur son rapport à la fonction présidentielle, sa modernité vite transformée en décontraction irritante, ses multiples écarts de langage comme de comportement, et son maniement maladroit des symboles de la réussite. Le livre ne paraîtra jamais. Tout au plus Sarkozy aura-t-il concédé quelques brèves et très cadrées séquences — par exemple au cours de l’émission Des paroles et des actes sur France 2.

A force d’attaques qu’il estimait populaires contre les élites, contre les syndicats, contre les immigrés, contre les journalistes, contre les sondeurs, contre les fonctionnaires, contre les assistés… Nicolas Sarkozy a peut-être oublié que cela faisait beaucoup de monde qu’on livrait à la majorité silencieuse, laquelle rétrécissait à mesure que des catégories particulières lui étaient opposées, au point de devenir minorité silencieuse...

A la veille de la campagne officielle, Nicolas Sarkozy paraissait confiant: «nous nous affronterons enfin projet contre projet, personnalité contre personnalité». Au vu des résultats cumulés des droites le 22 avril, il n’est pas interdit de penser que c’est sur le deuxième volet que «le peuple français a fait son choix», pour citer les premiers mots prononcés par le «Président sorti» au soir du 6 mai 2012.

J.-L. C

Jean-Laurent Cassely
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Journaliste
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