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François Hollande élu président de la République

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 07.05.2012 à 3 h 19

Vainqueur avec environ 52% des voix, il devient le second socialiste à accéder à l'Elysée après François Mitterrand. Nicolas Sarkozy est lui le second président de la Ve République qui échoue à se faire réélire.

François Hollande à Tulle, le 6 mai 2012. REUTERS/Jacky Naegelen.

François Hollande à Tulle, le 6 mai 2012. REUTERS/Jacky Naegelen.

Lui président. François Hollande avait fait impression lors du débat d’entre-deux-tours, mercredi, en scandant à répétition «Moi président, je…» face à Nicolas Sarkozy. C’est désormais chose faite: le candidat socialiste l’a nettement emporté, dimanche 6 mai, avec environ 52% des voix selon les estimations des différents instituts à 20 heures. Il deviendra d’ici le 15 mai, à 57 ans, le septième président de la Ve République, et le second socialiste à accéder à l’Elysée après François Mitterrand.

Avant même l’officialisation des résultats à 20 heures, plusieurs dirigeants socialistes ont fait part de leur joie. Le porte-parole du PS Benoît Hamon a exprimé son «très grand bonheur» d’une victoire qui «met fin à dix-sept ans de règne de la droite à l'Elysée» tandis que le numéro deux du parti Harlem Désir s’est réjoui de ce que son candidat ait reçu «la confiance massive du peuple français» et a salué «un jour de victoire pour tous les républicains». Cécile Duflot, la secrétaire nationale d’Europe Ecologie-Les Verts, avec qui le PS a signé un contrat de mandature, a elle salué «une chance pour la France».

Si la gauche était sortie un peu moins forte qu’attendu du premier tour (un peu moins de 44% des voix), elle avait reçu entre les deux tours le soutien de François Bayrou qui, dans un geste sans précédent, avait annoncé qu’il voterait à titre personnel pour François Hollande. La victoire du candidat socialiste indique qu’une partie des 9,13% des voix du candidat centriste se sont reportées sur lui, et que son adversaire n’a pas réussi à faire le plein auprès des électeurs de Marine Le Pen (17,90%), vers qui il avait axé quasiment toute sa campagne de second tour.

Après Brown, Berlusconi et Zapatero

«Je sens monter une mobilisation que je n’ai jamais connue et jamais ressentie dans notre pays», avait tenté de (se?) convaincre le président-candidat, vendredi, lors de son dernier déplacement aux Sables-d’Olonne (Vendée). «Je voudrais vous persuader d'une chose, chaque voix va compter: dimanche, vous n'imaginez pas à quel point les choses vont se jouer sur le fil du rasoir.» Comme au premier tour, durant lequel son équipe avait tenté d’accréditer l’idée qu’il sortirait devant Hollande (il accusait finalement un retard de près de 1,5 point), ses pronostics optimistes ont été démentis par les faits.

Nicolas Sarkozy est le quatrième dirigeant d’une grande puissance européenne évincé du pouvoir depuis le début de la crise financière, après le travailliste Gordon Brown en Angleterre en mai 2010, le conservateur Silvio Berlusconi (démissionnaire) en Italie en novembre 2011 et le social-démocrate José Luis Rodriguez Zapatero (qui avait choisi de ne pas se représenter) en Espagne, également en novembre 2011.

Un style sanctionné

Mais son échec va au-delà des conséquences économiques de la crise puisqu’il sanctionne aussi un style de gouvernement: François Bayrou, critique envers le programme économique de François Hollande, avait justifié son choix de second tour par la «course-poursuite à l'extrême droite» du président-candidat, en «contradiction avec [les] valeurs» du centrisme mais aussi «du gaullisme autant que celles de la droite républicaine et sociale».

Dominique Paillé, ancien porte-parole de l’UMP, a d’ailleurs estimé un peu après 19 heures sur Twitter que l’échec de Nicolas Sarkozy confirmait «l'erreur stratégique de la droitisation de sa campagne électorale et de l'UMP».

Nicolas Sarkozy est le deuxième président, après Valéry Giscard d’Estaing, à échouer à se faire réélire —«Nicolas Giscard destin», titrions nous en novembre 2010… La gifle est même encore plus sévère, puisque VGE était passé de moins de 51% à un peu plus de 48% des voix face à François Mitterrand, là où le candidat de l’UMP avait remporté un large succès (53% des voix) en mai 2007.

Place aux législatives

Mitterrand, justement: François Hollande est donc le second socialiste et le second François à accéder à l’Elysée, après une campagne durant laquelle les sondages l’auront donné gagnant de bout en bout, même si son avance s’est réduite dans les tous derniers jours, pour aboutir à un score assez proche du verdict des urnes de dimanche.

Une unanimité constante des pronostics qui aura tranché avec les rebondissements d’une campagne longue et animée, entamée dans la sidération de l’affaire Strauss-Kahn en mai 2011, poursuivie dans les secousses de la crise financière avec la perte du triple A en janvier 2012, endeuillée par l’affaire Merah en mars et bouclée avec l’annonce-surprise de François Bayrou à la veille du second tour.

Une fois investi et une fois son gouvernement formé —le député-maire de Nantes Jean-Marc Ayrault fait figure de favori pour Matignon—, le nouveau président va désormais devoir convaincre les Français de lui accorder une majorité parlementaire. Ses quatre prédécesseurs placés dans la même situation (François Mitterrand en 1981 et 1988, Jacques Chirac en 2002 et Nicolas Sarkozy en 2007) ont réussi dans cette tâche, même si le PS n’avait obtenu qu’une majorité relative à l’Assemblée en 1988 après une très large victoire à la présidentielle.

En cas de victoire aux législatives des 10 et 17 juin, la gauche contrôlera pour la première fois l’Elysée et les deux chambres du Parlement, puisqu’elle est devenue majoritaire au Sénat en septembre dernier. Elle dirige également la majorité des villes et conseils généraux et régionaux.

Nicolas Sarkozy, lui, avait annoncé qu’il mettrait fin à sa carrière politique en cas de défaite. Son départ de la scène politique, s’il se confirme, ouvrira probablement une guerre de succession à droite entre ses lieutenants. Elle s’est d’ailleurs esquissée dimanche avant 20 heures, le député des Alpes-Maritimes Christian Estrosi affirmant que personne ne devait «remettre en cause la légitimité de Jean-François Copé», le secrétaire général de l’UMP.

J.-M.P.

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (943 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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