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Le mythe du «troisième tour»

Hugues Serraf, mis à jour le 06.05.2012 à 22 h 57

Le troisième tour, ça n’existe pas.

Manifestation place de la Nation à Paris, le 15 février 2012. REUTERS/Jacky Naegelen

Manifestation place de la Nation à Paris, le 15 février 2012. REUTERS/Jacky Naegelen

Le «troisième tour», ça existe vraiment? Dans un scrutin qualifié d’uninominal à deux tours, a priori non. Oh, la troisième mi–temps des rugbymen, on connait. Mais sur cette fameuse troisième étape d’une présidentielle, qui viendrait remettre en question les résultats de la seconde, la science reste prudente même si le concept alimente déjà pas mal les conversations des diners en ville…

Il y a d’abord le «troisième tour social», que promettent bruyamment Arthaud et Poutou quelle que soit l’issue de l’élection (mais pas Mélenchon, puisqu’il accorde temporairement le bénéfice du doute à son ancien camarade).

Là, c’est dans la rue que ça se passerait, les 1,1% de suffrages cumulés des deux candidats de la gauche de l’extrême gauche marchant sur la Bastille depuis la place de la Nation avec des banderoles et des cornes de brume. Bof: ça met 600.000 personnes grand max (selon la police) sur le pavé. Assez pour les gazettes que ce genre de chose impressionne, pas suffisamment pour faire vaciller la République bourgeoise.

On cause aussi d’un «troisième tour financier», qui verrait agences de notation, brokers de la City et gnomes de Zurich unir leurs forces maléfiques pour annihiler les espoirs de relance keynésienne de Hollande (si Sarko l'avait emporté, en revanche, ils nous auraient fiché la paix: la finance internationale, c’est comme le Front de gauche pour la droite).

Mais c’est ce qui nous pend au nez de toute manière, présidentielle ou pas: la politique de la corbeille ne se fait pas en France, comme aurait dit le Général s’il avait vécu à l’heure du trading haute-fréquence.

Nouveauté 2012, le « troisième tour judiciaire »

Cette année, en bonus, il y a même un «troisième tour judiciaire» pour un Sarkozy que les juges attendent en embuscade sur les affaires Bettencourt et Karachi ―pour ne rien dire des nouvelles casseroles en fonte que Mediapart lui démoule chaque matin!

Tu parles! On sait désormais qu’une petite crise d’anosognosie vous met à l’abri de ce genre d’embarras et que, en l’espèce, un malaise vagal bénin peut toujours cacher un truc plus grave. Qui sait…

Reste, bien entendu, le troisième tour législatif, lorsque c’est dans les urnes que les Français sont censés venir dire le contraire de ce qu’ils ont exprimé quelques semaines plus tôt. On nous sait suffisamment inconséquents pour faire des trucs aussi tordus, mais le fait est que là non plus, ça n’arrive jamais.

Aucune des trois cohabitations de la Ve République n’est le fruit d’une telle inversion de tendance et il faut même sacrément forcer la main des électeurs pour qu’ils se déjugent, eux qui vont même jusqu’à offrir un parlement tout bleu à un Chirac réélu sur un absurde concours de circonstances en 2002!

Non, le troisième tour, c’est la pensée magique des futurs perdants qui veulent rester optimistes.

Hughes Serraf

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