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Abstention, vote blanc: dimanche, qui choisira de ne pas choisir?

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 06.05.2012 à 1 h 57

Si la tendance historique est respectée, l'abstention devrait passer sous les 20% au second tour. Quant aux bulletins blancs et nuls, le record à battre est de 1 million en plus entre les deux tours.

Un électeur vote à Strasbourg le 22 avril 2012. REUTERS/Vincent Kessler.

Un électeur vote à Strasbourg le 22 avril 2012. REUTERS/Vincent Kessler.

Dimanche soir, en plus du résultat des deux finalistes, deux chiffres seront à regarder avec attention. Le premier sera estimé par plusieurs instituts avant même la fermeture des derniers bureaux de vote: il s'agit de celui de la participation. Le second sera moins visible mais aussi très révélateur: celui des bulletins blancs et nuls.

Une participation d'au moins 80% des électeurs au second tour, après 79,48% au premier, serait cohérente avec la tendance historique. Si, en 1965, la participation, très élevée, avait légèrement baissé en quinze jours, et si elle avait chuté de près de 9 points en 1969 (année du célèbre «blanc bonnet et bonnet blanc» du PCF, qui demandait à ses électeurs de s'abstenir au second tour), elle a depuis systématiquement augmenté.

Avec toutes les nuances possibles: hausses de 3 à 5 points en 1974, 1981 et 1988, de 1,3 point en 1995, de seulement 0,2 point en 2007 (année où elle frôlait les 84% au premier tour) et de 8 points dans les circonstances exceptionnelles de 2002, avec une participation très faible au premier tour et une mobilisation générale contre l'extrême droite au second.

Un bulletin blanc ou nul sur seize en 1969

Le 22 avril, 701.190 suffrages ont été considérés blancs ou nuls. S'il est impossible de déterminer la part respective des bulletins blancs stricto sensu (l'acte volontaire de glisser un bout de papier blanc dans l'enveloppe) et des bulletins nuls (le fait, volontaire ou nom, d'avoir glissé dans l'urne une enveloppe vide, deux bulletins différents, un bulletin raturé...), on peut supposer que leur hausse entre les deux tours correspond à un acte volontaire d'électeurs ne désirant pas choisir entre les deux candidats restants.

Le record à «battre» de bulletins nuls date de 1969: 6,42% des bulletins, soit un sur seize, avaient été considéré comme blancs ou nuls. Le nombre de bulletins blancs et nuls avait augmenté de 1 million entre les deux tours alors que plus de 7 millions d'électeurs du premier tour n'avaient plus «leur» candidat au second.

La barre des 1 million en plus a été franchie de justesse à deux autres reprises, en 1995 et 2007. En revanche, en 1974 et 1981, années ou le scrutin était plus serré, le nombre de bulletins blancs et nuls avait peu augmenté entre les deux tours: 120.000 et 420.000 de plus.

Le vainqueur aura-t-il plus de 50% des votants?

Sur les trois dernier scrutins qui correspondent à la configuration de 2012 (gauche et droite au second tour, extrême droite et centre droit éliminés au premier), on a constaté une hausse des blancs et nuls légèrement plus importante en 2007 (ni Le Pen ni Bayrou n'appelaient à voter en faveur d'un candidat) qu'en 1995 (pas de consigne de vote pour Le Pen, un appel à voter Chirac pour Balladur), et beaucoup plus importante qu'en 1988 (où Barre avait appelé à voter Chirac et où Le Pen n'avait pas donné de consigne de vote mais avait interdit à ses partisans de voter Mitterrand).

Cette année, quatre candidats (Marine Le Pen, François Bayrou, Nicolas Dupont-Aignan et Nathalie Arthaud) représentant près de 30% des voix ont ouvertement laissé leurs électeurs libre de leur choix. Mais la prise de position inédite de Bayrou, qui a choisi de voter Hollande à titre personnel, fera-t-elle passer le chiffre de la hausse des blancs et nuls sous la barre du million dimanche soir?

De ces suffrages non exprimés dépendra aussi un chiffre symbolique, celui du score du vainqueur en pourcentage de l'ensemble des votants: en 2007, si le vote blanc et nul avait été officiellement comptabilisé, Sarkozy aurait obtenu, avec ses 53% des suffrages exprimés, 50,8% des votants, Royal 45% et les blancs et nuls 4,2%.

J.-M.P.

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (944 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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