La Commission nationale de contrôle de la
campagne électorale avait recommandé
la fermeture de tous les bureaux de vote à 20 heures pour le second tour de
l’élection le 6 mai, histoire d’éviter une réédition du premier tour, quand des
estimations ont été publiées sur des sites étrangers comme Le Soir ou Le Temps
dès 18h30-40, culminant avec la décision de l’Agence France Presse de diffuser
ces estimations auprès de ses clients, des médias, à 18h47.
Mais le ministère de l’Intérieur a refusé, estimant
qu’on ne changeait «pas les règles du jeu
entre deux tours d’une même élection».
Résultat, à partir de 18h30-19h dimanche,
c’est reparti pour un tour:
1) La Commission des sondages et
celle de contrôle de la campagne ont de nouveau publié un
communiqué rappelant l’interdiction de diffuser tout résultat partiel ou
estimation de résultats (on vous expliquait la
différence entre résultat partiel, sondage sortie des urnes et estimations de
résultats ici).
2) Le même dispositif mis en place par la Commission des sondages au premier tour –jugé «satisfaisant»– sera à nouveau appliqué. Si on s’en
tient à la conférence de presse pré-premier tour, une cellule de veille d’une
dizaine de personnes scrutera l’Internet mondial tandis que les instituts de
sondages se sont engagés à ne pas communiquer les estimations de résultats avant
20 heures aux médias étrangers qui ont «annoncé leur intention de violer la loi
française» (on suppose pour le second tour, ceux qui l’ont effectivement fait
lors du premier, comme Le Soir, la RTBF, Romandie, La Tribune de Genève).
3) Ça ne servira pas à grand-chose:
malgré ce dispositif, ces
différents sites étrangers ont tout de même diffusé des estimations de
résultats bien avant 20 heures, tout comme des comptes Twitter anonymes. Et les sites belges, notamment, comptent bien remettre ça, vu les records de trafic enregistrés le 22 avril.
4) Les mots-clés #IciLondres et
#RadioLondres renaîtront sur Twitter (ou auront des successeurs), et avec
eux des messages –vrais ou faux– codés plus ou moins poétiques en fonction des
auteurs, annonçant que «la rose est plus forte que la rolex» ou vice-versa.
5) L’AFP donnera-t-elle à nouveau les
estimations à ses clients médias (mais pas au grand public) avant 20 heures? Après
ce choix fait lors du premier tour, le parquet a engagé des poursuites contre l’agence
de presse. A l’AFP, on explique être encore en pleine réflexion sur le sujet, aucune
décision n’ayant été pour l’instant arrêtée.
6) Les soirées électorales télévisées
donneront sans les donner les résultats avant 20 heures, avec leurs directs
depuis les quartiers généraux des candidats. On se souvient par exemple de David
Pujadas, disant à 19h43 le 22 avril que si les militants PS étaient contents,
c’était parce qu’ils se retrouvaient tous ensemble et pas du tout parce que François Hollande était donné devant au premier tour.
7)
Pour
les raisons exprimées ici, Slate.fr et les journalistes de la rédaction de
Slate.fr via leurs comptes sur les réseaux sociaux ne rompront pas l’embargo,
même si nous pensons que pour faire bouger cette loi d’un autre temps, il
faudrait un bon coup de pied dans la fourmilière. Si certains rompent
l’embargo, nous réévaluerons notre décision (réévaluer ne veut pas nécessairement dire changer).
C.D.
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