Nicolas Sarkozy s'en prend (encore) à un journaliste

Nicolas Sarkozy à Chateaurenard, avant son meeting d'Avignon, le 30 avril 2012. REUTERS/Lionel Bonaventure

Nicolas Sarkozy à Chateaurenard, avant son meeting d'Avignon, le 30 avril 2012. REUTERS/Lionel Bonaventure

NICOLAS SARKOZY S'EN EST PRIS UNE NOUVELLE FOIS AUX JOURNALISTES, le 4 mai, lors de son dernier meeting avant le second tour aux Sables-d'Olonne. À cette occasion, il s'est adressé à un journaliste en ces termes: «Si notre ami qui fait un direct me tournant le dos pouvait bien s'arrêter, ça m'arrangerait», provoquant applaudissements, agitation des drapeaux tricolores et cris d'approbation de la part des militants présents.

Fort de ce soutien, le président-candidat poursuit alors:

«Ne vous inquiétez pas, la politesse n'est qu'une question d'éducation et après tout , s'il y a eu quelques manquements, nous y porteront remède.»

Nicolas Sarkozy met en cause le «parti pris» des journalistes

Plus tôt dans la journée, Nicolas Sarkozy réagissait au micro d'Europe 1 à l'agression verbale subie par deux journalistes de BFMTV la veille à Toulon lors d'un autre de ses meetings:

«Je condamne toute personne qui s'en prendrait verbalement ou physiquement à un journaliste», a-t-il affirmé... avant de «mettre en cause les médias» raconte Europe 1.

Nicolas Sarkozy a en effet poursuivi en demandant à ce que l'on «comprenne l'attitude des gens qui sont exaspérés par une forme d'intolérance et de parti pris (de la part des journalistes)».

«Je ne sais pas ce qui est s'est passé, mais enfin comme j'ai vu Ruth Elkrief (journaliste à BFM TV) parler à l'antenne, je pense que ça ne doit pas être trop grave. Si quelqu'un lui a fait une remarque j'en suis désolé.»

Pas «trop grave» en effet, la journaliste Ruth Elkrief l'a d'ailleurs confirmé à l'antenne puis sur son compte Twitter peu de temps après:

«Collabos», «vendus», crachats, jet de bouteille d'eau pleine «en plein visage»: la vidéo des faits montre cependant qu'il existe une forte tension entre les journalistes et les militants UMP à quelques jours du second tour de la présidentielle:

Une montée de violence envers les journalistes que l'on a eu l'occasion de constater le 1er mai, jour où Marine Turchi, journaliste pour Médiapart, s'est faite agresser au Trocadéro, où Nicolas Sarkozy tenait un discours à l'occasion de la fête du «vrai travail».

Médiapart accusé quelques jours auparavant d'«officine au service de la gauche» par Nicolas Sarkozy, après que le site d'information a dévoilé un document présenté comme preuve du financement de la campagne 2007 du candidat par le dictateur Mouammar Kadhafi. Nicolas Sarkozy avait alors balayé cette accusation, la qualifiant d'«infamie».

Nicolas Sarkozy est tenu pour responsable de cette rancoeur envers les médias, Ruth Elkriek notamment relève que le président-candidat «dénonce la presse de façon très virulente à chacun de ses meeting». «Les journalistes sont devenus des cibles», écrit Emmanuelle Anizon dans Télérama, citant quelques attaques lancées par le candidat, selon lequel les journalistes «n’ont hésité devant aucun coup, devant aucune manipulation» (Saint-Cyr sur Loire , 23 avril), instaurant un «terrorisme du système médiatique» (Longjumeau, 24 avril).

Nicolas Sarkozy n'est cependant pas le seul candidat à s'en être pris aux journalistes durant la campagne. Jean-Luc Mélenchon, candidat éliminé à l'issue du premier tour, vient par exemple de s'expliquer sur les insultes proférées contre le Petit journal de Canal+ le 1er mai. Interrogé sur sa vision de la fête du travail, le leader du Front de gauche avait alors répondu:

«Ça ne vous regarde pas, c'est pas pour vous. C'est la classe ouvrière, c'est la gauche. Au revoir, allez-vous en! Vous êtes la vermine Front national. Allez hop! du balai... Laissez pas le Front national approcher les camarades. Jetez ça! Ça va les fachos? Allez à votre manif là-bas, à Jeanne d'Arc

A.M.

Article mis à jour à 15h30 avec le discours de Nicolas Sarkozy aux Sables-d'Olonne, l'article de Telerama et l'affaire Jean-Luc Mélenchon.