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Hollande président, ça ne fait plus rire

Hugues Serraf, mis à jour le 03.05.2012 à 16 h 38

François Hollande n’est pas si mauvais après tout. Si ça se trouve, il va même finir par devenir bon.

François Hollande lors du débat d'entre-deux-tours, le 2 mai 2012. REUTERS/Handout.

François Hollande lors du débat d'entre-deux-tours, le 2 mai 2012. REUTERS/Handout.

Voter Truc juste pour se débarrasser de Machin, ce n’est pas très enthousiasmant. Ça peut convenir en temps de vaches grasses, lorsque la croissance est solide sur fond d’harmonie planétaire, mais pendant la disette et les tremblements de terre, ça sonne un peu infantile.

Candidat accidentel et presque pis-aller, François Hollande s’est pourtant progressivement métamorphosé en président crédible. L’ultime preuve vient sans doute d’en être apportée hier mercredi, dans ce débat interminable mais souvent éclairant. Nicolas Sarkozy devait «l’exploser», dit-on, ce n’est pas ce qu’on a constaté. Il devait apporter la démonstration qu’un capitaine de pédalo sans épine dorsale, expérience ou projet n’était pas l’homme de la situation, il n’y est pas parvenu.

On n’aura pourtant rien appris de neuf sur ce que le socialiste s’apprête vraiment à faire une fois en place ; si nous aurons droit à un peu de 81 avant d’en arriver à 83, s’il sera plutôt Mitterrand ou plutôt Jospin… Oh, on sait qu’il veut dépenser pas mal, taxer un peu plus, mais ça à l’air de rester dans les limites du raisonnable et les gages qu’on craignait le voir donner à Mélenchon sont restés bien au chaud dans sa poche. Tiens, même les Verts bouffeurs de centrales nucléaires, il les laisse mariner dans leur jus (bio)…

Mieux, sa tirade des «Moi président», qui viendra sans doute s’installer dans Wikipedia au côté des «Vous n’avez pas le monopole du cœur» de Giscard en 74 et du «Vous êtes l’homme du passif» de Mitterrand en 81, aura même cloué son adversaire sur place ―joli résumé en creux de tout ce que Sarkozy n’est pas (avec pas mal d’injustices toutefois, mais c’est la loi du genre).

Au fond, et tant pis si le dire rappelle le baratin anti «UMPS» de Le Pen ou d’Arthaud, les deux visions ne sont pas si différentes sur l’essentiel, puisque le réel s’impose à tout le monde de la même manière. Et à entendre l’un expliquer à l’autre qu’il fera ce qui est déjà fait (Oséo, l’investissement dans la recherche…), à l’écouter assurer qu’il ne touchera qu’à la marge aux réformes conspuées cinq ans durant (l’université, les retraites…), on se dit presque que ça n’a pas grande importance et que les vaches resteront aussi bien (ou aussi mal) gardées quoi qu’il arrive.

Sauf qu’à subir le long et franchement pénible passage sur l’immigration et l’islam, le droit de vote des étrangers devenant la première étape vers l’instauration de la charia en France, on se dit que la vraie différence est là. Entre un candidat charpenté et prêt à défendre ses valeurs et un autre, cyniquement capable d’aller «interlocuter» avec n’importe qui dans la dernière ligne droite.

OK, François Hollande n’est pas encore un candidat «Yes he can», mais il est bel et bien un candidat «Yes he could». Avec un peu de chance, il passera du conditionnel à l’indicatif le jour venu.

H. S.

Hugues Serraf
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