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Débat Hollande-Sarkozy: le choc de deux visions de la présidence

François Hollande et Nicolas Sarkozy lors du débat du 2 mai 2012. Au centre, Laurence Ferrari et David Pujadas. REUTERS/France 2/Television Handout.

«Moi président de la République» contre «C’est une présidence partisane?»: au petit jeu de la petite phrase du débat d’entre-deux-tours, c’est sans doute cette anaphore et cette épiphore scandées lors du passage sur les institutions, que l’on retiendra. La première par François Hollande pour camper sa rupture avec «l’hyperprésidence» de Nicolas Sarkozy s’il est élu. La seconde par le président-candidat pour vanter ses gestes d’ouverture, comme l’attribution de la présidence de la Cour des comptes ou de la commission des finances de l’Assemblée nationale à des élus socialistes.

Les deux candidats ont déroulé mercredi soir une partition globalement sans surprise: celle d'un président du «rassemblement» pour François Hollande, après un quinquennat durant lequel «les privilégiés ont été trop protégés», des «séparations» et des «clivages» supposément exacerbés. Et celle d'un président du… «rassemblement» pour Nicolas Sarkozy qui, face à «non pas une crise mais des crises», a voulu «parler au peuple de France» et lui vanter son «mouvement de réforme continu» pendant un mandat marqué par quatre ans de tempête économique.

Sans surprise, également, le fond: au menu, bataille de chiffres (sur le chômage, la dette, le déficit du commerce extérieur, l’éducation…) et peu de nouvelles promesses (même si François Hollande a annoncé que, si le droit de vote des étrangers non-communautaires n’obtenait pas les voix des 3/5e du Parlement, il le soumettrait à référendum, et soumettrait également les nominations à un vote favorable aux deux tiers des commissions parlementaires compétentes).

Le sujet de l’immigration et ses passages obligés (viande halal et horaires de piscines), qui a pris une importance énorme au cours de l’entre-deux-tours dans la campagne du candidat UMP après les 17,9% de Marine Le Pen, n’a finalement été que rapidement abordé. Même s’il a permis à Nicolas Sarkozy de mettre brièvement en difficulté son rival sur la question des centres de rétention, quand il lui a demandé pourquoi il voulait garder les centres de rétention administrative des étrangers en voie d’expulsion, tout en affirmant dans une lettre à France Terre d’Asile que celle-ci devait être «l’exception».

Aucun des deux ne veut être l'élève

Nicolas Sarkozy a mis en doute à plusieurs reprises la compétence de son adversaire ainsi que sa «normalité […] pas à la hauteur des enjeux», et a également tenté de l’embarrasser en soulignant les divergences dans son camp, des critiques passées de Martine Aubry sur le contrat de génération aux divergences durant la primaire avec Manuel Valls sur la TVA sociale, en passant par les vacheries de Laurent Fabius («Hollande président? On rêve!») ou l’évocation de son attachement à «l’Europe de Delors», mentor en politique du député de Corrèze. Sans oublier l’accord électoral et programmatique «misérable» conclu avec Europe Ecologie Les Verts, avec lequel le candidat socialiste a d’ailleurs pris ses distances sur le second volet.

François Hollande, lui, a reproché à son adversaire de diviser les Français: «Moi, je ne distingue pas le vrai travail du faux, les syndicalistes qui me plaisent et ceux qui ne me plaisent pas, […] je n'oppose pas les salariés du privé et du public, je n'essaie pas de savoir qui est né ici depuis combien de générations. Nous sommes tous Français et nous devons nous retrouver dans le même effort.» Un duel qui a culminé dans deux ou trois séquences de ping-pong verbal:

Nicolas Sarkozy: «Vous voulez moins de riches, je veux moins de pauvres.»
François Hollande: «Il y a à la fois plus de pauvres et des riches plus riches.»

Nicolas Sarkozy: «Je ne recevrai pas de leçons d’un parti qui a voulu se rassembler avec enthousiasme derrière Dominique Strauss-Kahn
François Hollande: «Ce n’est pas moi qui l’ai nommé à la tête du FMI.» 

Ou encore, à quelques minutes d’intervalle, quand les deux débattants se sont défendus d’être l’élève de leur interlocuteur, comme l’avait fait François Mitterrand face à Valéry Giscard d’Estaing en 1981: «Vous n'êtes pas là pour dire ce que je sais ou ce que je ne sais pas! C'est pas vous qui posez les questions, donnez les notes dans cet exercice» (François Hollande), «Merci, je ne suis pas votre élève» (Nicolas Sarkozy).

Après deux heures trente d’un débat tendu, les deux finalistes ont conclu leur exposé sur une ultime tirade de trois minutes, d’une tonalité très différente. Rappel de son programme côté Hollande, qui à appelé les électeurs à «faire du redressement de notre pays la grande cause» et à se «retrouver sur la seule valeur qui vaille, la jeunesse», tandis que Nicolas Sarkozy s’est ouvertement adressé à l’électorat de deux des principaux éliminés —«Je veux parler à ceux qui ont voté pour Marine Le Pen, […] je veux parler aux électeurs de François Bayrou également»—, en leur promettant d’entendre, pour les uns leur demande de «frontières», pour les autres leur demande de «rigueur budgétaire». A quatre jours du verdict, le président sortant est pour l’instant donné battu avec 45% à 47% des voix.

J.-M.P.

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