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Débat télévisé: des règles faites pour le rendre ennuyeux

Temps de lecture : 2 min

François Mitterrand lors du débat d'entre-deux-tours du 5 mai 1981. Ina.fr
François Mitterrand lors du débat d'entre-deux-tours du 5 mai 1981. Ina.fr

SI VOUS VOUS ENNUYEZ DEVANT LE DÉBAT TÉLÉVISÉ CE SOIR, ça ne sera pas forcément la faute de Nicolas Sarkozy et François Hollande.

Les deux candidats s'affronteront selon des règles techniques mises au point en 1981, avant le débat entre Valéry Giscard d'Estaing et François Mitterrand, explicitement pour le rendre ennuyeux!

C'est ce que racontait Serge Moati dans un entretien pour l'INA en mars 2007 [PDF]: en 1981, Valéry Giscard d'Estaing veut un débat et François Mitterrand n'en veut pas, en raison des mauvais souvenirs laissés par celui de 1974, où, peu entraîné à l'exercice télévisé, il avait été écrasé par VGE et son «vous n'avez pas le monopole du coeur».

Récit de Moati:

«Alors il [Mitterrand] nous dit: "Comment rendre ce débat impossible?", c’est-à-dire faire en sorte qu’il n’ait pas lieu. [...] "Rendez ça très ennuyeux, tellement ennuyeux, dit-il, que la partie adverse refuse de le faire"».

Robert Badinter et Serge Moati mettent alors au point un ensemble de règles sur la taille de la table, le cadre, la lumière, la valeur des plans... «Vingt-deux règles épouvantables», commente le réalisateur.

L'idée de Mitterrand est de poser des conditions inacceptables, détaille Moati dans 30 ans après, le récit de son parcours auprès du président socialiste, paru en 2011:

«Il faut qu'ils refusent. Et c'est nous qui dirons, à ce moment-là, qu'ils ne veulent pas du vrai "débat démocratique" que nous leur proposons.»

Sauf que lorsque Moati et Badinter se présentent devant l'équipe de VGE, elle accepte immédiatement. Et le débat télévisé moderne –fait pour être aussi ennuyeux que possible– naquit, avec la présence des conseillers des candidats en régie pour observer les choix sur les valeurs des plans (gros plans, plans larges, etc) ou encore faire respecter l'interdiction des plans de coupe (quand la caméra est sur le candidat qui ne parle pas mais écoute –ou pas– ce que l'autre candidat dit).

Moati raconte ainsi sa décision:

«L'absence de plans de coupe... je brûlais. J'ai fait beaucoup de débats télévisés, et je me disais: "Ah! Les plans de coupe ratés!", je les voyais en régie. Je sais tellement la force des plans de coupe, je sais tellement qu'on peut ridiculiser l'argument de l'autre, avec un seul plan de coupe: un clignement, un froncement de sourcils, des lunettes qui partent comme ça, une impression d'ennui pesant. Je sais tellement qu'on peut ridiculiser l'autre.»

Dans l'entretien publié par l'Ina, il se rappelle du débat qui en a résulté, où il a trouvé son candidat bien meilleur qu'en 1974. Mais ce qui le frappe le plus en revoyant les images, c'est justement l'absence de plans de coupe, qui «crée une frustration terrible. Quand Giscard se met à parler, on se dit: "Mais où est Mitterrand? À qui il parle?"».

C.D.

Cécile Dehesdin Rédactrice en chef adjointe

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