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Comment l'affaire DSK a interféré avec la campagne socialiste

Grégoire Fleurot, mis à jour le 29.04.2012 à 11 h 43

Il y a presque un an éclatait «l'affaire DSK» à New York. Depuis, ses rebondissements médiatiques et judiciaires ne cessent de coïncider avec les moments clés de la course socialiste à l’Élysée.

Dominique Strauss-Kahhn à Sarcelles le 22 avril 2012, REUTERS/Gonzalo Fuentes

Dominique Strauss-Kahhn à Sarcelles le 22 avril 2012, REUTERS/Gonzalo Fuentes

Au beau milieu d’un entre-deux-tours d’élection présidentielle tendu sur fond de score historique du Front national, et alors que les sondages donnent le candidat socialiste François Hollande largement vainqueur au second tour, Dominique Strauss-Kahn réapparait dans le paysage médiatique français.

Edward Jay Epstein, ce journaliste d'investigation américain qui avait réalisé une longue enquête dans la New York Review of Books, publie un ebook sur l'affaire ce mardi 1er mai, Three Days in May: Sex, Surveillance, and DSK, dont le Guardian a publié les bonnes feuilles. Ebook qui contient une interview exclusive avec l’ancien patron du FMI, qui ne s’était pas exprimé dans les médias depuis son intervention en direct au JT de TF1 le 18 septembre 2011. Dominique Strauss-Kahn y réaffirme en substance qu’il soupçonne l'UMP d’avoir orchestré sa chute.

Cet entretien va-t-il peser dans la campagne à une semaine du vote décisif, et alors que Nicolas Sarkozy a répété lors de ses meetings qu’il n’avait «pas beaucoup de leçons de style à recevoir de quelqu'un qui militait pour que Dominique Strauss-Kahn soit le prochain président de la République française»? Difficile à savoir, même si l’UMP a d’ores et déjà réagi à cette dernière sortie médiatique, Nathalie Kosciusko-Morizet assurant qu'en tant qu'ancien premier secrétaire du PS de 1997 à 2008, François Hollande «était forcément au courant» des agissements de DSK.

Une chose est sûre: ce n’est pas la première fois que l’affaire du Sofitel et ses suites médiatiques ou judiciaires interfèrent potentiellement avec la campagne présidentielle du PS. Les déboires de Dominique Strauss-Kahn semblent même intrinsèquement liés à la campagne socialiste, à tel point que les rebondissements de l’affaire DSK coïncident presque parfaitement avec les moments forts de la course à l’Elysée du PS. Retour sur une annnée d’interférences.

14-19 mai 2011: Arrestation et vote du projet socialiste

Dans la nuit du samedi 14 au dimanche 15 mai, Dominique Strauss-Kahn est arrêté à New York et placé en garde à vue, puis inculpé «d'agression sexuelle, de séquestration de personne et de tentative de viol». En France, et plus particulièrement au PS, c’est l’incrédulité: le directeur du FMI était le grand favori des sondages pour remporter la primaire socialiste.

Trois jours plus tard, les militants votent le projet présidentiel du parti dans une ambiance pesante dominée par les évènements de New York, où DSK est officiellement inculpé puis libéré par le juge Michael Obus sous caution de 1 million de dollars, un dépôt de garantie de 5 millions et plusieurs conditions restrictives.

28 juin-1er juillet 2011: Libération et report de la primaire

Le 28 juin, Martine Aubry annonce officiellement sa candidature à la primaire socialiste dans son fief de Lille. Le pacte qu’elle avait passé avec DSK en vue de la présidentielle a été rendu caduc par l’arrestation de ce dernier, et la maire de Lille compte bien jouer sa chance jusqu’au bout. Mais le 30 juin, le procureur Cyrus Vance, chargé de l'enquête américaine, envoie à ses avocats une lettre détaillant des éléments potentiellement disculpants dans le dossier judiciaire: une audience convoquée le 1er juillet aboutit à la remise en liberté sur parole de DSK, toutes les conditions étant levées sauf celle touchant au passeport.

Un retournement de situation qui ouvre la porte aux plus folles hypothèses en France quant à un retour de DSK dans la course à l’Elysée. La question d’un report éventuel de la  primaire socialiste pour permettre à l’ancien patron du FMI de concourir est mise sur la table: les candidats ont jusqu’au 13 juillet pour déposer leurs candidatures alors que la prochaine audience de DSK est prévue au 18 juillet.

Martine Aubry confirme quelques jours plus tard que cette libération ne change rien à sa candidature, mais est obligée de se déclarer «ouverte», comme ses concurrents Ségolène Royal et François Hollande, à un report de la primaire.

23-28 août 2011: abandon des poursuites et université d’été

Gros retournement de situation dans l’affaire DSK: le 23 août, la justice new-yorkaise abandonne les poursuites pénales contre l’ancien chef du FMI à la demande de l’équipe du procureur Cyrus Vance, trois jours à peine avant l’université d’été du PS à La Rochelle.

15-18 septembre 2011: débat télévisé des primaires et interview au JT de TF1

Après la fin de la procédure pénale aux Etats-Unis, l’ancien patron du FMI profite de sa liberté pour se faire oublier quelques semaines. Il revient sur le devant de la scène médiatique le dimanche 18 septembre en accordant une interview très attendue en direct au JT de TF1.

S’il y affirme ne pas vouloir s’immiscer dans la primaire socialiste et ne pas vouloir soutenir Martine Aubry malgré le pacte qui les liait avant ses déboires judiciaires, le timing de cette intervention le place de fait au centre de la campagne. Trois jours plus tôt, les cinq candidats socialistes s’affrontaient lors du premier des trois débats télévisés prévus.

16 octobre 2011: second tour de primaire et affaire du Carlton

Le 16 octobre est un grand jour pour le parti socialiste: après de longues semaines de campagne et un processus salué comme une réussite par beaucoup d’observateurs, le PS choisit François Hollande plutôt que Martine Aubry lors du deuxième tour de vote.

C’est aussi le jour que choisit Dominique Strauss-Kahn pour demander à être «entendu le plus rapidement possible par les juges» en charge de l'enquête de proxénétisme du Carton de Lille pour mettre fin à des «insinuations malveillantes» dans la presse.

Aucun risque à quelques jours du second tour

Depuis, Dominique Strauss-Kahn a été mis en examen dans l’affaire du Carlton, et est donc réapparu dans la campagne en plein entre-deux-tours avec la sortie du livre d’Edward Jay Epstein. Si François Hollande fait mine d’ignorer les attaques de l’UMP sur sa prétendue connaissance des agissements de DSK à l’époque où il était premier secrétaire, le PS ne semble pas ignorer les risques que l’ancien patron du FMI peut encore  faire courir à la candidature socialiste à quelques jours du scrutin décisif.

Samedi 28 avril, trois cadres de la campagne de François Hollande (Ségolène Royal, Manuel Valls et Pierre Moscovici) ont quitté précipitamment la soirée d’anniversaire du député PS Julien Dray dans un bar parisien de la rue Saint-Denis après avoir appris la venue de Dominique Strauss-Kahn. «Dire que j'aurai rencontré Dominique Strauss-Kahn à cette occasion serait diffamatoire» a prévenu Ségolène Royal, jugeant «inadmissible» que Julien Dray ne lui ai rien dit avant.

Grégoire Fleurot

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