Quelle vision de l’éducation au numérique pour Hollande et Sarkozy?

Zoe, en octobre 2007. REUTERS/Shannon Stapleton

Zoe, en octobre 2007. REUTERS/Shannon Stapleton

LE MONSIEUR NUMÉRIQUE de Nicolas SarkozyNicolas Princen– et la madame numérique de François HollandeFleur Pellerin– étaient réunis le 26 avril pour discuter de la position de leur candidat sur l’Internet mondial et les nouvelles technologies.

Même s’ils ont surtout parlé fiscalité et économie des start-ups, ils ont également évoqué l’éducation au numérique, un sujet cher à Slate.fr. Comment faire pour que la France ait ses Microsoft, Facebook ou Google? Pour que les élèves connaissent les bases du code informatiqueutile même si on n’est pas programmeur– ou apprennent à protéger leurs données?

Le numérique à l’école pour Nicolas Sarkozy

  • Une option «numérique» au bac à partir de la rentrée 2012 pour les sections S et STI. Pourquoi pas les autres? «C’est un test, explique Nicolas Princen, on verra ensuite ce qu’on diffuse dans d’autres sections.»
  • La création d’une nouvelle filière dite «bac numérique», comme il y a un bac général, un bac technologique, un bac pro. Cette filière serait gérée par des «académies du numérique», sous contrat avec l’Etat mais très largement confiées à des professionnels, «parce qu’il faut dégager des formateurs», remarque Nicolas Princen. Là aussi, on passerait par une période de test, avec la création d’un «internat d’excellence du numérique», destiné aux passionnés d’informatique.
  • Le numérique ne commence pas au lycée, avant ça il y aurait des ateliers de sensibilisation à l’école primaire, et au collège dans les cours d’éducation civique (apprendre à gérer son identité numérique comme à faire le tri dans les informations disponibles en ligne), de technologie («rapprocher cet enseignement des usages réels, par exemple ne pas apprendre des langages de code qui ne sont plus utilisés» précise Princen), et d’arts plastiques.

Le numérique à l’école pour François Hollande

  •  La création d’une option «numérique» au bac pour toutes les sections générales et technologiques au lycée. «C’est une première étape», précise Fleur Pellerin, «parce qu’il va falloir un effort massif des enseignants, ça ne se fera pas en une année». Elle estime qu’il faudra en former au moins un millier de plus que les profs de math déjà formés pour la rentrée 2012 si on veut espérer pouvoir étendre cet apprentissage à toutes les sections, et note que si les moyens sont insuffisants pour que l’initiative soit immédiatement étendue à tous les lycées, «il faudrait d’abord expérimenter, peut-être dans les ZEP par exemple».
  • Pas de bac numérique pour l’instant, parce qu’«il y a d’abord un effort de formation aux humanités numériques à faire pour les professeurs».
  • A plus moyen/long terme, étendre ces efforts au collège et à la primaire. Fleur Pellerin prend l’exemple de sa fille de 7 ans et demi, qui suit des cours d’informatique à l’école où elle apprend à taper. «Je ne trouverais pas ça absurde qu’ils apprennent à coder avec des programmes pour enfant comme Logo ou d’autres, pour qu’ils aient des rudiments de la logique du codage.»

Quels moyens?

Mais pour atteindre ces différents objectifs, il faut avoir les professeurs idoines –quantitativement et qualitativement. Jusqu’à maintenant, au collège, «tous les enseignants sont susceptibles de participer à la validations des compétences» qui permettent d’obtenir son brevet informatique et Internet passé. «Soit pas de professeur désigné (et encore moins recruté)», notait Titiou Lecoq en 2009, «pas d'heures précises qui y soient consacrées, autant dire pas de moyen».

Pour ce qui est de l’option numérique, des professeurs de mathématique ont donc déjà été formés. A plus long terme, Nicolas Princen évoque la possibilité d’impliquer des entreprises dans le processus, de voir si elles seraient prêtes à envoyer certains de leurs meilleurs éléments faire des formation d’élèves.

Fleur Pellerin parle quant à elle d’un mix de moyens entre la formation en interne, certains des postes des 60.000 enseignants en plus promis par François Hollande, et des professeurs associés, «des entrepreneurs qui pourraient venir pour enseigner des rudiments de code ou d’appréhension de données».

La nécessité de l'éducation au numérique

Quoi qu’il en soit, il est plus que temps que les petits Français se mettent au numérique, pour les deux représentants des candidats.

«Parce que nos enfants deviendront adultes dans un monde où, soit ils programmeront, soit ils seront programmés», estime Fleur Pellerin, qui souligne que le but de cette éducation n’est pas «de faire de nos enfants des consommateurs avertis d’Amazon ou d’iTunes, mais de les faire décoder et coder cet univers».

«Parce qu’il y a un décalage entre la vision que la jeunesse a du numérique au quotidien et celle du numérique comme un secteur d’emploi attractif», répond quant à lui Nicolas Princen, qui note qu’on sait très bien à quoi ressemblent les locaux de Facebook ou Google, moins ceux des entreprises du numérique françaises. «Il faut prendre ça très en amont, pour que les meilleurs étudiants aillent dans ces filières et qu’ils veuillent travailler dans ces secteurs, plutôt que dans la finance par exemple.»

En attendant, le fils de ma voisine de débat n’a toujours pas appris à taper à l’ordinateur. Il est en seconde.

C. D.

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