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Sans surprise, Internet a donné les résultats avant 20h

Twitter. REUTERS/Valentin Flauraud

 Mise à jour 0h17 avec réaction de l'AFP

Libération qui, via Twitter, avait laissé entendre son intention de divulguer les résultats dès 18h30 aura finalement posé un lapin aux internautes qui scrutaient le site du quotidien:

«Nous devrions peut-être disposer d’ici 30 minutes environ des premières estimations que la loi nous interdit de publier. Le risque encouru est au minimum de 375.000 euros pour une entreprise de presse, sans parler d’autres conséquences économiques, réelles et sérieuses, qui fragiliseraient Libération. L’ensemble de ces sommes nous semble disproportionné par rapport à l’intérêt d’une information rendue publique à 20h.»

Les Internets n'auront évidemment pas attendu qu'un quotidien se lance pour délivrer ces estimations tant attendues, par intérêt et par défi pour une loi d'un autre âge.

Tout au long de la journée, les utilisateurs de Twitter ont allié la ruse et l'humour pour donner les tendances de cette présidentielle sans enfreindre la loi, qui interdit toute diffusion de chiffres avant 20h sous peine de forte amende:

Avec le hashtag (mot-clé) #RadioLondres, de nombreuses métaphores ont été utilisées pour annoncer, ici à 19h34, l'avance de François Hollande, ici qualifié de «rose», sur Nicolas Sarkozy, caractérisé par la très onéreuse Rolex, montre que le président-sortant a affectionné:

Pas besoin d'attendre 20h non plus pour savoir que Marine Le Pen décrocherait la place tant convoitée du «troisième homme», laissant finalement Jean-Luc Mélenchon à distance:

Twitter sait aussi être sérieux

Un nouveau venu a fait du bruit sur Twitter, ce dimanche. Son pseudo, @2012resultats, ne laisse aucun doute sur ses intentions. Ouvert depuis le 18 avril, le compte anonyme commence par donner les résultats des DOM:

Tout au long de cette journée d’élection, ce compte anonyme, et le blog qui va avec, crées spécialement pour l'occasion, ont partagé les estimations des instituts de sondage dont ils avaient connaissance, alors que les instituts n'ont cessé de rappeler, de leur côté, que ces estimations étaient fausses et ne provenaient pas de chez eux. 

 

Comme prévu aussi, les sites belges tel Le Soir ou la RTBF et suisses comme La Tribune de Genève ou Romandie, donnent également les résultats au fil de l’après-midi.

D'autres s'amusent à poster des photos en guise d'illustration des estimations dont ils ont eu connaissances.

La seule réelle surprise vient de l’AFP, qui a «craqué» à 18h47 et donné les estimations à ses abonnés. En précisant que la diffusion de ces chiffres relevait de leur responsabilité.

Branle-bas de combat dans les rédactions. Le site Atlantico qui annonçait la veille qu'ils allaient diffuser les résultats avant 20h n'hésite plus et se décide à publier les résultats sur leur site. Ils les avaient déjà publiés quelques heures plus tôt, mais uniquement à ses abonnés et par message privé.

«Puisque l’égalité d’accès à l’information des citoyens est rompue de facto (…) Atlantico a decidé de mettre en place un dispositif ad-hoc permettant d’informer –en message privé— les internautes faisant la démarche de connaître les premières estimations réelles du scrutin avant 20h00.»

Deux minutes avant 20h, France Info diffuse également les résultats:

Le Parquet de Paris à d'ores et déjà annoncé l'ouverture d'une enquête pour diffusion anticipée de résultats à l'encontre de deux médias et d'un journaliste belge, d'un médias suisse, d'un site Internet basé en Nouvelle-Zélande et… l'AFP. Ils risquent jusqu'à 375.000 euros d'amende.

Pour Erwann Gaucher, formateur et connaisseur des médias sur Internet, il s'agit d'une bonne initiative, qui pourrait faire bouger les choses:

L'AFP explique, sur sa page Facebook, les raisons qui l'ont poussé à diffuser ses estimations à ses clients. Selon son PDG, Emmanuel Hoog:

«L'AFP est internationale et française. Comment imaginer que nos clients puissent recevoir de nos concurrents internationaux des informations sur l'élection présidentielle française avant d'être informés par l'AFP (...) faire autrement serait un non-sens journalistique».

«Nous avons annoncé nos règles deux jours à l'avance. Nous n'avons pas rompu un embargo, mais lorsqu'il a été rompu, nous avons fait notre devoir en respectant scrupuleusement nos règles, notamment de rigueur et de fiabilité», a-t-il ajouté.

 

D.D. et A.M.

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