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En dépassant le record de son père, Marine Le Pen a réussi son pari

Slate.fr, mis à jour le 22.04.2012 à 23 h 58

Selon les estimations, la présidente du FN obtient 18% à 20% des suffrages.

Marine Le Pen, le 17 avril 2012 à Paris. REUTERS/Charles Platiau

Marine Le Pen, le 17 avril 2012 à Paris. REUTERS/Charles Platiau

Elle voulait faire plus que les 16,86% de son père en 2002. Elle a gagné son pari. Un peu plus d'un an après avoir pris la tête du FN et lui avoir imposé un lifting d'image et un virage programmatique important, Marine Le Pen termine sa première campagne présidentielle par un score record pour le FN en pourcentage des suffrages exprimés (18,2% à 20%, selon les estimations diffusées par quatre instituts de sondage à 20h) comme en nombre d’électeurs, au vu de la forte participation, qui devrait évoluer autour de 80%. «Je suis très content, je lui dirai bravo, tu aurais pu faire mieux» a réagi Jean-Marie Le Pen.

Sa fille dépasse son score historique réalisé du 21 avril 2002. Lors de cette élection marquée par une abstention record de 28,30%, le président du Front national accédait au deuxième tour avec un score de 16,86% des voix, soit 4.804.713 électeurs. En 2007, un million de ces voix avait fondu et Jean-Marie Le Pen terminait à 10,44%, victime de l'offensive de Nicolas Sarkozy sur son terrain.

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Bref, dimanche soir, Marine Le Pen a amélioré le score de 2002 avec une participation presque digne de 2007. Au vu de cette mobilisation des électeurs, «ça prouve que c'est un vote d'adhésion», a déclaré le numéro 2 Louis Aliot sur le plateau de France 2.

Une stratégie de dédiabolisation récompensée

Après un sondage très polémique de mars 2011 la donnant à 24% au premier tour, Marine Le Pen aura régulièrement frôlé les 20%, avant de baisser dans les sondages et de se situer quelques jours avant le premier tour entre 14 et 17% en fonction des instituts. Comme elle l'avait annoncé, la candidate du FN va donc au final faire «à peu de chose près, [...] le double» de voix de Jean-Luc Mélenchon, «largement surévalué».

Déconcertant les observateurs sur la forme, elle a imposé au parti un virage antilibéral, n'hésitant pas à brouiller les frontières idéologiques en empruntant au vocabulaire de la gauche en matière d'économie. Mais Marine Le Pen a surtout bénéficié d'une fenêtre de tir inédite: la crise de 2008 qui a vu les électeurs français se méfier un peu plus des capacités de leurs dirigeants à reprendre le pouvoir face à la puissance des marchés financiers. La classique désignation des immigrés comme problème numéro un du pays (chômage, insécurité...) pouvait désormais s'étoffer d'un volet économique important.

L'utilisation très régulière par Marine Le Pen du thème anxiogène du péril musulman lui a aussi permis d'affirmer un discours toujours aussi radical tout en prétendant se limiter à la défense des fondamentaux républicains et laïcs.

Un préalable pour s'imposer durablement

La suite, c’est évidemment les législatives de juin. Marine Le Pen souhaite commencer par là pour récupérer les éléments les plus compatibles d'une UMP qui risque d'exploser avec la défaite possible de Nicolas Sarkozy.

Tout au long du quinquennat qui s'achève, le groupe des députés de la Droite populaire a multiplié provocations, projets de loi sécuritaires et discours identitaires dans l'intention de conserver dans le giron de l'UMP les électeurs idéologiquement proches du FN qui avaient voté Sarkozy en 2007. Le ministre de l'Intérieur Claude Guéant a régulièrement repris les thèmes et les mots du Front national, comme quand il a déclaré en mars 2011 qu'à force «d'immigration incontrôlée», les Français avaient «parfois le sentiment de ne plus être chez eux».

Après avoir donné des gages d'ouverture à gauche en début de mandat, Nicolas Sarkozy a par la suite préféré séduire les électeurs du FN avec ses débats sur l'identité nationale puis sur l'islam. Reste à savoir si la droite de l'UMP s'est radicalisée par opportunisme politique, ou si tout l'échiquier politique s'est déplacé sur la droite.

Marine Le Pen penche évidemment pour la deuxième interprétation, et pense que la droite française va désormais tourner plus que jamais autour d'elle et de ses idées. «On est la nouvelle droite», s'est contenté d'affirmer ce soir sur France 2 l'avocat Gilbert Collard, président du comité de soutien de la candidate. «Ce premier tour n'est pas une fin en soi, mais un commencement d'un vaste rassemblement des patriotes», a déclaré la candidate vers 21h, avant de conclure, détournant un slogan de mai 68: «Ce n'est qu'un début, continuons le combat.»

Des députés FN en juin 2012?

Pour sa première élection comme présidente du parti, Marine Le Pen a obtenu des résultats satisfaisants aux cantonales de mars 2011. Le FN avait remporté deux sièges de conseiller général, mais surtout il avait au niveau local remporté des scores très importants, parfois jusqu’à 35% et au-delà. Marine Le Pen pourrait lors des élections législatives faire au minimum aussi bien qu'en 2007 à Hénin Beaumont (41,65%). Son parti y arrive ce soir en première position avec 35,48% des voix.

Jean-Laurent Cassely

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