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Présidentielle: l'abstention est-elle de droite ou de gauche?

Grégoire Fleurot, mis à jour le 02.05.2012 à 19 h 10

Si on connaît bien le profil des abstentionnistes, il est difficile de savoir pour qui aurait voté quelqu'un qui n'a pas voté.

A Nice le 22 arvil 2012, REUTERS/Eric Gaillard

A Nice le 22 arvil 2012, REUTERS/Eric Gaillard

DIMANCHE 1ER AVRIL, EN DÉPLACEMENT À LA RÉUNION, François Hollande évoquait le «risque» de l'abstention, encore plus important selon lui que celui de la «dispersion». Risque qu’il n'a cessé depuis de rappeler. Alors que tous les commentateurs, sondeurs et autres politologues insistent sur l’importance que va avoir le taux d’abstention dans le résultat du scrutin, sait-on à qui profiterait –ou nuirait– une forte abstention?

«Il n’y a pas d’études ou de travaux universitaires concluants sur ce sujet, prévient d’emblée Jean-Yves Dormagen, professeur de sciences politiques à l’université de Montpellier-1 et coauteur de La Démocratie de l’abstention. On a déjà du mal à savoir pour qui vont voter les électeurs. Mais étudier des non-comportements, savoir pour qui ils auraient voté s’ils avaient voté, est encore plus problématique.» Il existe en revanche des données solides sur la sociologie de l’abstention.

Jeunes, ouvriers et précaires

Deux populations votent systématiquement moins que la moyenne nationale, et parfois de manière spectaculaire: les jeunes et les classes populaires. Lors des municipales de 2008, environ la moitié des moins de 34 ans se sont abstenus, contre moins de 20% des 55-64 ans, soit un écart de plus de 30 points. Si les jeunes votent moins à toutes les élections, l’écart avec les autres tranches d’âges est généralement plus réduit lors des présidentielles, qui intéressent plus.

En 2007, le souvenir du 21 avril 2002, où l’abstention avait atteint 34% chez les 18-25 ans, a entraîné une mobilisation massive des jeunes électeurs et des nouveaux inscrits. Mais 22% des 18-25 ans s’étaient quand même abstenus, contre 15,4% pour l’ensemble des Français.

Les écarts d’abstention entre catégories socioprofessionnelles sont plus faibles que ceux entre classes d’âges, mais restent significatifs. «En 2002, il y a eu environ 10 points d’écart entre les ouvriers et les cadres», rappelle Jean-Yves Dormagen. Encore une fois, l’écart entre classes populaires et supérieures est généralement moins fort lors des présidentielles, où l’abstention a tendance à se répartir plus également entre les différents groupes d’âge ou socioprofessionnels.

Mais 2012 pourrait faire figure d’exception. Selon le sondage Ifop cité ci-dessus, 54% des ouvriers ne sont pas certains d’aller voter, contre 23% des professions libérales et des cadres supérieurs. Si un tel écart se confirme dimanche 22 avril, la «présidentielle perdrait une de ses spécificités majeures, pour se rapprocher des élections locales», explique le sociologue Philippe Guibert sur Marianne 2.

Les jeunes plutôt à gauche?

L’abstention touche des catégories et certaines tranches d’âge bien précises, mais les autres continuent à voter normalement (riches, aisés, diplômés, personnes âgées). «Elle transforme donc considérablement le corps électoral, et peut avoir un impact politique», explique Jean-Yves Dormagen. Un candidat surreprésenté chez les jeunes à tout à craindre d’un fort taux d’abstention. Pour tenter de savoir à quel parti l’abstention nuit le plus, reste donc à déterminer pour qui votent habituellement ces catégories de population.

Historiquement, les jeunes et les milieux populaires sont des catégories considérées comme votant plutôt à gauche. Mais les électorats se sont complexifiés. Le vote des jeunes n’est plus aussi clairement à gauche qu’il y a 30 ans. En 2002, 14% des 18-24 ans avaient voté pour l’écologiste Noël Mamère puis pour Jacques Chirac, Jean-Marie Le Pen et Lionel Jospin dans les mêmes proportions (13% chacun). En 2007, ils ont choisi Ségolène Royal à 58%.

Cette année, les sondages donnent quasi-systématiquement François Hollande,  qui a fait de la jeunesse un des thèmes centraux de sa campagne, en première position des intentions de vote chez les jeunes, suivi par Marine Le Pen. Cette dernière a quand même été donnée en tête des intentions de vote chez les 18-24 ans à 26% (contre 25% pour Hollande) par un sondage controversé du CSA le 9 avril, soit deux semaines avant le premier tour.

L’UMP au contraire est plus fort chez les personnes âgées. «En 2007, les plus de 60 ans était la seule tranche d’âge sur laquelle Nicolas Sarkozy était majoritaire», rappelle Jean-Yves Dormagen.

Plus l’abstention sera forte dimanche 22 avril, plus la moyenne d’âge des votants sera élevée, ce qui devrait nuire à la gauche et à François Hollande en particulier. Mais il n’y a pas de certitude: «Les dernières élections régionales et européennes ont vu des records d’abstention, mais la gauche ne s’en est pas si mal tirée», rappelle Frédéric Micheau, directeur adjoint du département Opinion et stratégies d'entreprise de l’Ifop.

Les ouvriers autant à gauche qu’à droite?

Du côté du vote ouvrier, que Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon ont chacun revendiqué au cours de la campagne, le rééquilibrage, voire la «droitisation», est encore plus marqués que chez les jeunes. «Depuis le début des années 1990, les ouvriers votent autant à gauche qu’à droite affirme Florent Gougou, spécialiste de la question au Centre d'études européennes de Sciences Po. En 2002, ils ont voté exactement dans les mêmes proportions à droite qu’à gauche.» «Moins que jamais, le groupe ouvrier ne constitue un monde à part», écrit le cercheur Guy Michelat dans une note consacrée à la question en janvier 2012.

«Les milieux populaires votent encore un peu plus à gauche, mais l’électorat s’est pas mal complexifié, analyse Jean-Yves Dormagen. Les candidats s’appuient sur des conglomérats électoraux composés de segments abstentionnistes et d’autres participationnistes.» La gauche s’appuie aussi sur des catégories qui votent généralement beaucoup, comme les fonctionnaires. 

Quel sera alors l’impact de l’abstention sur le scrutin de ce dimanche 22 avril? Selon Yves-Marie Cann, directeur d’études au département opinion de CSA, on pourrait bien voir deux phénomènes parallèles, l’un structurel et l’autre conjoncturel. «Historiquement, l’abstention pénalise un peu plus la gauche, analyse-t-il. Mais la situation politique, avec une majorité claire de droite depuis 10 ans, peut nourrir un fort souhait d’alternance à gauche, et démobiliser la droite.» A midi ce dimanche 22 avril, le taux de participation était de 28,29%, le deuxième meilleur taux de participation à la mi-journée depuis 1981.

Grégoire Fleurot

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Journaliste
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