CETTE FOIS-CI, ON N'EST PAS EN 2007, a prévenu la commission des sondages dans une conférence de
presse organisée ce vendredi 20 avril, en réponse à un journaliste qui notait
qu’à la dernière présidentielle, personne n’avait été poursuivi pour avoir
diffusé des estimations de résultats avant 20 heures.
«Le contexte était
différent», affirme son secrétaire général Mattias Guyomar. «Il n’y avait pas
de réseaux sociaux qui rendent la diffusion beaucoup plus massive cette
fois-ci, et il n’y avait pas autant d’annonces d’intention délibérée de violer
la loi», ajoute-t-il.
Résultat, la
commission des sondages prend les choses au sérieux et a mis au point un
dispositif pour dissuader les internautes et les sites, français et étrangers,
de diffuser ses estimations.
- Les principaux
instituts de sondage ont donné leur accord à la commission pour ne
pas publier de sondages «sortie des urnes» (quand les sondeurs contactent
un échantillon de Français pour savoir s’ils ont voté et ce qu’ils ont voté),
ceux qui sont disponibles relativement tôt dans l’après-midi et ne sont pas
extrêmement fiables (puisqu’ils ne reposent pas sur des résultats constatés).
- Les estimations de
résultats, c’est à dire des extrapolations nationales faites par les instituts à partir
des premiers dépouillements dans des bureaux-test, seront comme d’habitude
réalisées et communiquées aux médias français sous embargo –«il faut bien nourrir le 20 heures» d’après Mattias Guyomar–, mais
les instituts qui les mettent au point se sont aussi engagés à ne pas les
communiquer «aux médias étrangers qui ont
annoncé leur intention de violer la loi française».
La
stratégie derrière ces deux actions est clairement exposée: dire au grand
public qu’il ne pourra croire aucun des chiffres qu’il verra avant 20 heures,
que ce soit sur l’internet français ou étranger.
La
présidente de la commission Marie-Ève Aubin dit ainsi:
«Aucune des informations chiffrées qui sera publiée
ne proviendra de source sûre et véritable. Il pourrait y en avoir qui viennent
de sources véritables mais il sera impossible de les distinguer de fausses
nouvelles ou de rumeurs.»
- Une
cellule de veille constituée d’une dizaine de personnes de la commission des
sondages et de la commission de contrôle de la campagne électorale en vue de
l’élection présidentielle scrutera l’internet mondial à la recherche de
personnes violant la loi en diffusant des estimations avant 20 heures. Les dix
fonctionnaires auront du travail, d’autant que Mattias Guyomar explique ne
pas avoir eu «de retour des réseaux
sociaux permettant d’affirmer publiquement» qu’ils les aideront dans ce
travail de veille.
Bouh!
L’idée générale
étant de faire peur à l’internaute ou au journaliste tenté de jouer au petit
malin. Dans ce registre, la commission a rappelé que l’amende de 75.000 euros
peut être multipliée par 5 quand elle concerne une personne morale (= un
journal par exemple ou un site) plutôt que physique.
Elle a également
annoncé qu'elle comptait déferrer devant le parquet non seulement les internautes ou
sites français qui violeraient la loi, mais également les sites étrangers,
considérant que dès le moment où il y a consultation d’un site par une adresse
IP française, il y a diffusion en France (il resterait à prouver que l’article
étranger est à destination d’un public français, ce qui sera plus difficile
pour des sites britanniques, américains, italiens, allemands ou japonais que
pour des sites francophones belges ou suisses).
Pas apeuré par
l’ampleur de la tâche, Mattias Guyomar précise que la commission «défèrera de manière systématique, et il n’y
a pas forcément besoin que ça soit fait le jour même entre 18h et 20h, ça peut
être dans les jours qui suivent».
La présidente de la
commission Marie-Ève Aubin précise tout de même espérer «que ça soit efficace et qu’on en reste à la dissuasion». Il faut
dire que si l’équipe de dix et le parquet se retrouve à devoir traiter des
milliers de dossiers, on risque vite l’engorgement…
C.D.
À lire aussi sur Slate.fr: