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Résultats avant 20 heures: Ça ne rigole pas à la commission des sondages

Cécile Dehesdin, mis à jour le 20.04.2012 à 19 h 00

Marie-Ève Aubin et Mattias Guyomar de la Commission des sondages, lors d'une conférence de presse le 20 avril 2012. REUTERS/Benoit Tessier

Marie-Ève Aubin et Mattias Guyomar de la Commission des sondages, lors d'une conférence de presse le 20 avril 2012. REUTERS/Benoit Tessier

CETTE FOIS-CI, ON N'EST PAS EN 2007, a prévenu la commission des sondages dans une conférence de presse organisée ce vendredi 20 avril, en réponse à un journaliste qui notait qu’à la dernière présidentielle, personne n’avait été poursuivi pour avoir diffusé des estimations de résultats avant 20 heures.

«Le contexte était différent», affirme son secrétaire général Mattias Guyomar. «Il n’y avait pas de réseaux sociaux qui rendent la diffusion beaucoup plus massive cette fois-ci, et il n’y avait pas autant d’annonces d’intention délibérée de violer la loi», ajoute-t-il.

Résultat, la commission des sondages prend les choses au sérieux et a mis au point un dispositif pour dissuader les internautes et les sites, français et étrangers, de diffuser ses estimations.

  • Les principaux instituts de sondage ont donné leur accord à la commission pour ne pas publier de sondages «sortie des urnes» (quand les sondeurs contactent un échantillon de Français pour savoir s’ils ont voté et ce qu’ils ont voté), ceux qui sont disponibles relativement tôt dans l’après-midi et ne sont pas extrêmement fiables (puisqu’ils ne reposent pas sur des résultats constatés).
  • Les estimations de résultats, c’est à dire des extrapolations nationales faites par les instituts à partir des premiers dépouillements dans des bureaux-test, seront comme d’habitude réalisées et communiquées aux médias français sous embargo –«il faut bien nourrir le 20 heures» d’après Mattias Guyomar–, mais les instituts qui les mettent au point se sont aussi engagés à ne pas les communiquer «aux médias étrangers qui ont annoncé leur intention de violer la loi française».

La stratégie derrière ces deux actions est clairement exposée: dire au grand public qu’il ne pourra croire aucun des chiffres qu’il verra avant 20 heures, que ce soit sur l’internet français ou étranger.

La présidente de la commission Marie-Ève Aubin dit ainsi:

«Aucune des informations chiffrées qui sera publiée ne proviendra de source sûre et véritable. Il pourrait y en avoir qui viennent de sources véritables mais il sera impossible de les distinguer de fausses nouvelles ou de rumeurs.»

  • Une cellule de veille constituée d’une dizaine de personnes de la commission des sondages et de la commission de contrôle de la campagne électorale en vue de l’élection présidentielle scrutera l’internet mondial à la recherche de personnes violant la loi en diffusant des estimations avant 20 heures. Les dix fonctionnaires auront du travail, d’autant que Mattias Guyomar explique ne pas avoir eu «de retour des réseaux sociaux permettant d’affirmer publiquement» qu’ils les aideront dans ce travail de veille.

Bouh!

L’idée générale étant de faire peur à l’internaute ou au journaliste tenté de jouer au petit malin. Dans ce registre, la commission a rappelé que l’amende de 75.000 euros peut être multipliée par 5 quand elle concerne une personne morale (= un journal par exemple ou un site) plutôt que physique.

Elle a également annoncé qu'elle comptait déferrer devant le parquet non seulement les internautes ou sites français qui violeraient la loi, mais également les sites étrangers, considérant que dès le moment où il y a consultation d’un site par une adresse IP française, il y a diffusion en France (il resterait à prouver que l’article étranger est à destination d’un public français, ce qui sera plus difficile pour des sites britanniques, américains, italiens, allemands ou japonais que pour des sites francophones belges ou suisses).

Pas apeuré par l’ampleur de la tâche, Mattias Guyomar précise que la commission «défèrera de manière systématique, et il n’y a pas forcément besoin que ça soit fait le jour même entre 18h et 20h, ça peut être dans les jours qui suivent».

La présidente de la commission Marie-Ève Aubin précise tout de même espérer «que ça soit efficace et qu’on en reste à la dissuasion». Il faut dire que si l’équipe de dix et le parquet se retrouve à devoir traiter des milliers de dossiers, on risque vite l’engorgement…

C.D.

Cécile Dehesdin
Cécile Dehesdin (610 articles)
Rédactrice en chef adjointe
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