PresidentiellePrésidentielle 2012 live directFrance

Le 21 avril 2002 va-t-il influer sur le 22 avril 2012?

Grégoire Fleurot, mis à jour le 20.04.2012 à 19 h 20

Le souvenir du premier tour de la présidentielle de 2002 s'effrite, mais reste un facteur de décision pour certains, et pas seulement à gauche.

Jean-Marie Le Pen après l'annonce des résultats du premier tour de l'élection présidentielle, le 21 avril 2002, REUTERS/John Schults

Jean-Marie Le Pen après l'annonce des résultats du premier tour de l'élection présidentielle, le 21 avril 2002, REUTERS/John Schults

LE SAMEDI 21 AVRIL 2012 n’est pas un jour comme les autres. C’est la veille du premier tour de la présidentielle française, le jour où le pays retient son souffle dans l’attente du grand rendez-vous politique du lendemain. Mais c’est aussi le dixième anniversaire du 21 avril 2002, date clef de l’histoire de la Ve République à laquelle, pour la première fois, le candidat d’un parti d’extrême droite, Jean-Marie Le Pen, a accédé au second tour au détriment du socialiste Lionel Jospin.

Journaux, sites web et émissions de télé ont déjà commencé à revenir sur cet événement qui a marqué les esprits. Cet anniversaire et son traitement médiatique, à la veille d’un premier tour pour lequel beaucoup hésitent encore entre plusieurs candidats, ou entre le vote et l’abstention, peut-il avoir une influence sur le résultat du premier tour ou sur le taux de participation?

En 2007,  le souvenir du 21 avril 2002 avait été un facteur important dans le niveau exceptionnel de participation (84%). Mais cette mobilisation ne s’était pas décidée au dernier moment: l’ampleur des inscriptions sur les listes électorales à la fin de l’année 2006 et la forte participation des nouveaux inscrits montrent qu’il s’agissait bien d’une mobilisation préparée et réfléchie.

Moins de mobilisation qu'en 2007

En 2006, 800.000 personnes avaient fait la démarche volontaire de s’inscrire pour la première fois sur les listes électorales (sans compter l’inscription automatique des jeunes ayant atteint l’âge de 18 ans). Ce chiffre est de seulement 414.000 pour 2011. Une mobilisation plus faible confirmée par les niveaux d’intérêt recensés par les sondeurs, qui sont constamment plus faibles en 2012 qu’en 2007.

Si la peur d’un nouveau 21 avril ne semble pas avoir autant mobilisé les nouveaux électeurs en 2012 qu’en 2007, le rappel médiatique de la veille du premier tour peut-il influencer les indécis, qui seraient 38% selon le dernier sondage CSA avant le scrutin? «Si il y a un traitement médiatique fort, cela peut jouer sur la participation, estime Adélaïde Zulfikarpasic, directrice du département Opinion institutionnel chez LH2.

Le souvenir du 21 avril 2002 est mécaniquement moins important aujourd’hui qu’en 2007, mais «le traumatisme est encore présent, et fait penser que le taux d’abstention sera inférieur au record de 2002» abonde Yves-Marie Cann, directeur d’études au département opinion CSA.

A gauche…

Quelle que soit l’ampleur du traitement médiatique qui y sera accordé, il n’a pas fallu attendre son dixième anniversaire pour que le 21 avril soit au centre de la campagne. «C’est déjà un argument de campagne en faveur d’un vote utile, explique Eric Bonnet, directeur d'études opinion chez BVA. Quand François Hollande a évoqué cet épisode lors de son meeting de Vincennes, il y a eu un zoom sur Lionel Jospin». Les images diffusées à la télévision étaient fournies par l’équipe de campagne socialiste.

L’évocation du souvenir du 21 avril s’insère parfaitement dans la stratégie de François Hollande, qui insiste à longueur d’interviews et de meetings sur le fait que l’élection se joue au premier tour, et se garde bien de commenter les sondages qui le donnent favori.

«Le réflexe de vote utile est très corrélé au souvenir du 21 avril 2002, notamment à gauche, souligne Frédéric Micheau, directeur adjoint du département Opinion et stratégies d'entreprise de l’Ifop. Le rappel de cet évènement peut créer un surcroit de mobilisation».

Comme en 2007, beaucoup d’électeurs qui hésitent entre le candidat socialiste et un autre candidat de gauche comme Jean-Luc Mélenchon prennent en compte le 21 avril 2002 et le vote utile dans leur réflexion. Eric Bonnet résume le dilemme de certains: «Ils se disent que Jean-Luc Mélenchon fait plus rêver que François Hollande, mais que voter pour ce dernier sera plus efficace pour ‘dégager’ Nicolas Sarkozy

…et à droite

Si le traumatisme du premier tour de 2002 chez les électeurs de gauche est souvent rappelé, il ne faut pas oublier que le mécanisme existe aussi à droite rappelle Yves-marie Cann :

«C’est une raison qui est souvent invoquée par les électeurs de droite pour expliquer leur motivation. Certains déçus de la politique de Nicolas Sarkozy vont quand-même choisir d’aller voter dès le premier tour à cause de 2002. C’est un phénomène qui favorise un taux de participation élevé.»

De la même manière, l’appel au vote utile n’est pas l’apanage de la gauche. «Le vote pour Marine Le Pen favorisera François Hollande. Si vous voulez la politique des socialistes, votez pour le Front national!» s’est exclamé Nicolas Sarkozy lors d’un meeting dans le Val-de-Marne jeudi 19 avril, répétant un argument qu’il a martelé tout au long de la campagne.

Grégoire Fleurot

Grégoire Fleurot
Grégoire Fleurot (799 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte