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Ecureuil, Babar, chauve-souris et noms d'oiseaux: une campagne vache

Grégoire Fleurot, mis à jour le 13.04.2012 à 9 h 22

François Hollande s'est plaint des innombrables comparaisons animalières dont il a été victime. Retour sur la dimension bestiale de la campagne présidentielle.

François Hollande au salon de l'agriculture le 28 février 2012, REUTERS

François Hollande au salon de l'agriculture le 28 février 2012, REUTERS

Dans une interview aux Inrockuptibles mardi 10 avril, François Hollande a déclaré que «la droite a été loin» dans la violence verbale en le comparant à «je ne sais pas combien d’animaux». Le candidat socialiste, comparé lors de Des paroles et des actes à un «écureuil» par Franz-Olivier Giesbert, est-il la cible de plus de noms d’animaux que ses adversaires? Qui détient dans cette campagne la palme des attaques bestiales?

C’est Luc Chatel qui a inauguré les comparaisons avec nos amis les bêtes dès novembre 2011 avec comme victime… François Hollande:

«Il y a un personnage de bande dessinée qu'on connaît bien, qui s'appelle Babar. Babar, il est sympathique, c'est le roi des éléphants. C'est l'histoire qu'on raconte aux enfants pour les endormir le soir. Il y a Babar d'un côté. Moi je préfère Astérix, voyez. Astérix, c'est celui qui est courageux, celui qui est déterminé, celui qui est protecteur, celui qui sait prendre des décisions. Et puis Sarkozy, il gagne toujours en plus».

De l’éléphant au scorpion

Le ministre de l’Education nationale est non seulement le premier à avoir assimilé un candidat à un animal, mais sa comparaison est également celle qui a eu le plus de succès lors de cette campagne. A l’époque, François Hollande s’était déjà élevé en direct sur TF1 contre l’utilisation de «noms d’animaux» à son sujet, qui plus est venant «d’un ministre de la République».

C’est un autre ministre justement, et le premier d’entre eux, même, qui a lancé l’autre attaque animalière contre le candidat socialiste de cette campagne. Lors d'un discours de vœux particulièrement agressif envers François Hollande, François Fillon a lancé une double comparaison à un animal réel et à un autre appartenant à la mythologie sous forme de diagnostic:

«Je combats cette maladie, cette sorte de scorpionite, cette autolyse qui consiste à nous envenimer pour mieux croire au mythe du phénix qui renaît de ses cendres. J'ai bien compris qu'il s'agit de passer de l'ombre à la lumière et ce faisant de résumer l'élection présidentielle à la personne de Nicolas Sarkozy accusé d'avoir mis la France au tombeau.»

Mélenchon le champion

Jean-Luc Mélenchon, qui aime citer Victor Hugo, ne s’est pas embarrassé de références à la littérature pour enfants ou à la mythologie pour comparer sa meilleure ennemie, Marine Le Pen, à un animal plutôt repoussant pour la plupart d’entre nous lors de son meeting de Metz:

«Cette Madame Le Pen, qui n'a aucune espèce d'imagination, passe son temps à faire des emprunts forcés pour dire: je parle comme Mélenchon. "Voyez mes ailes, je suis un oiseau". Et de temps à autres, je suis xénophobe, "voyez mes pattes, je suis un rat". Cela nous fait une chauve-souris.»

Le candidat du Front de gauche est d’ailleurs le champion des comparaisons animalières, avec un penchant pour les noms d’oiseaux. Et il n’a pas attendu le début de la campagne pour cela: il qualifiait déjà Romano Prodi de «petit oiseau centriste» en 2009 et les journalistes Arlette Chabot et Laurence Ferrari de «perruches» l’année suivante, avant de récidiver en février 2012, traitant la présidente du Medef Laurence Parisot de «buse».

Bélier Mérinos et brebis basco-béarnaise

Heureusement, la campagne offre parfois du répit aux animaux pour en faire non plus des outils de dénigrement mais des objets de comparaisons avantageuses. Enfin surtout pendant le salon de l’Agriculture en février, où Libération s’est amusé à demander à des visiteurs à quels animaux les candidats à la présidentielle leur faisait penser.

Si François Hollande était un mouton? Il serait «un bélier de la race Mérinos, un bélier fort qui enlève tout sur son passage», répond un visiteur, une comparaison que le candidat socialiste reprend lui-même à son compte. Jean-Luc Mélenchon? «Un cheval, un bon bourrin laboure, costaud, solide qui a pas peur de tirer», répond un autre anonyme.

A propos de François Bayrou, Jean Lasalle, député Modem des Pyrénées-Atlantiques, voit en son ami une brebis «basco-béarnaise», «avec des cornes et un physique, et puis elle donne du lait, François Bayrou donne des idées, il a beaucoup à donner à la France».

Mais il faut bien se rendre à l’évidence, les comparaisons animalières sont le plus souvent utilisées de manière péjorative en politique. Quand la secrétaire nationale d’EELV Cécile Duflot estime que Nicolas Sarkozy fait «de la politique comme un crapaud» après sa déclaration sur «une vague migratoire incontrôlée [qui] vient indéfiniment réduire à néant les efforts de la République», difficile d’y voir un compliment. Tout au mieux un clin d’œil à la marionnette de «grenouille» qui représentait François Mitterrand dans le Bébête Show.

Un retour en arrière qui vient nous rappeler que Jean-Luc Mélenchon et Luc Chatel n’ont rien inventé. Il fût même une époque où les candidats s’auto-animalisaient joyeusement. En 1988, l’ancien Premier ministre Raymond Barre se comparait à la tortue de La Fontaine dans son clip de campagne tandis que l’écologiste Antoine Waechter discutait avec un castor pour les législatives de 1997.

Grégoire Fleurot

Grégoire Fleurot
Grégoire Fleurot (799 articles)
Journaliste
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