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Une défaite de Sarkozy plongerait l'Europe dans le chaos —dans le sens positif

Matthew Yglesias, mis à jour le 11.04.2012 à 20 h 05

Le point de vue d'un journaliste américain sur la position de François Hollande sur le traité budgétaire européen.

François Hollande au Bourget, le 22 janvier 2012. REUTERS/Fred Dufour/Pool.

François Hollande au Bourget, le 22 janvier 2012. REUTERS/Fred Dufour/Pool.

L’ÉPISODE DE CETTE SEMAINE DE PANIQUE DANS LA ZONE EURO EST CENTRÉ SUR L'ESPAGNE, et sa conclusion est inévitable et limpide —le Premier ministre Mariano Rajoy va réaffirmer son engagement en faveur de l’austérité et la BCE va entrer en scène pour calmer les choses.

On aura gagné du temps, mais les dysfonctionnements sous-jacents resteront en place. La prochaine crise, néanmoins, pourrait avoir pour cœur la France et être bien plus grave. Le président sortant Nicolas Sarkozy a averti les électeurs qu’élire son opposant socialiste François Hollande pourrait faire de la France la nouvelle Grèce, et a même sous-entendu que la panique était de retour, précisément parce qu’Hollande est en tête dans les sondages. Hollande conteste évidemment cela en soulignant qu’il faut blâmer les sortants pour les problèmes qu’ils ont laissé se développer alors qu'ils étaient au pouvoir.

Mais sa promesse de faire exploser le cadre budgétaire européen actuel rend ses dénégations (rapportées par Le Monde) peu convaincantes en bien des manières:

«François Hollande a jugé de ce fait d'autant plus urgent de renégocier le traité de discipline budgétaire européen pour lui apporter une dimension de croissance, comme il l'affirme depuis plusieurs mois. "Chacun comprend que s'il n'y a que des politiques d'austérité, il n'y aura pas le retour à l'équilibre budgétaire à l'horizon 2017", a-t-il ajouté.»

Cela signifie qu’Hollande joue à quitte ou double sur une promesse de «renégocier» le traité fiscal sur lequel toute la zone euro s’est mise d’accord l’an dernier. Sa phrase selon laquelle chacun comprend que mener seulement des politiques d’austérité ne ramènera pas l’équilibre budgétaire appuie les arguments des économistes Larry Summers et Brad DeLong, qui jugent que l’austérité est contre-productive.

Mais cela ne va pas passer. Dire que mettre en place ce programme ferait de la France la nouvelle Grèce est plutôt minimiser le problème. La Grèce est un petit pays qu’on peut laisser boitiller dans son coin. Si le gouvernement français entre en conflit ouvert avec le gouvernement allemand et la BCE sur les principes fondamentaux de la politique économique européenne, on a affaire à une crise politique au cœur du projet européen, avec des implications beaucoup plus profondes que tout ce qui pourrait se produire en Grèce.

Il est très possible qu’Hollande soit obligé de contempler le spectre de fuites de capitaux massives, de défaillances bancaires et d’un chaos général, et décide de céder à la pression de Francfort et Berlin comme l’ont fait les (désormais défunts) gouvernements de gauche en Espagne et en Grèce.

Mais la France n’est pas l’Espagne —elle a l’arme nucléaire et un siège au Conseil de sécurité de l’Onu. L’euro pourrait vraiment se disloquer, ou bien les pouvoirs siégeant en Allemagne être forcés d’entreprendre les mesures nécessaires pour le faire fonctionner.

Matthew Yglesias

Traduit par Jean-Marie Pottier

Matthew Yglesias
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