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Grand oral féministe des candidats: Bayrou chahuté, Le Pen applaudie, Sarkozy annulé

Cécile Dehesdin, mis à jour le 06.04.2012 à 10 h 00

Marine Le Pen lors du forum Elle/Sciences Po, le 5 avril 2012. REUTERS/Jacky Naegelen.

Marine Le Pen lors du forum Elle/Sciences Po, le 5 avril 2012. REUTERS/Jacky Naegelen.

COMME IL Y A CINQ ANS JOUR POUR JOUR, les candidats se retrouvaient à Sciences Po, ce jeudi 5 avril, pour égrener les mesures qu’ils prendraient pour changer la vie des femmes (et des hommes) s’ils étaient élus président(e) de la République.

Ni Jacques Cheminade, ni Philippe Poutou, ni Jean-Luc Mélenchon (qui a «posé un lapin» à Elle, selon sa directrice de rédaction Valérie Toranian, en prévenant le magazine la veille au soir de l’annulation de sa participation), ni, au final, Nicolas Sarkozy ne sont venus échanger sur le sujet.

L’annonce de l'absence du président-candidat, qui devait clore la journée, s’est faite dans le désordre entre huées du public, départs en masse et montée de sa porte-parole Nathalie Kosciusko-Morizet sur scène pour déplorer un «traquenard», en faisant sans doute référence à la manifestation étudiante devant et dans le hall d’entrée de Sciences Po.

Bayrou confiant sur l'IVG

La journée avait pourtant commencé de manière plus calme, dans un amphithéâtre Emile-Boutmy rebaptisé Richard-Descoings par une affiche collée là après la mort soudaine du directeur de Sciences Po. Très bien accueilli par le public, François Hollande a entre autres proposé que les partis ne présentant pas autant de femmes que d’hommes aux élections ne reçoivent plus un seul centime de financement public, qu’il y ait un centre IVG dans chaque établissement hospitalier et que, un an après son éventuelle élection, les entreprises qui n’arriveraient pas à l'égalité salariale voient leurs exonérations de cotisations sociales supprimées.

L’ambiance a vite changé avec l’arrivée de François Bayrou, qui a réussi en répondant à la première question à s’aliéner une bonne partie de la salle en s’embarquant dans une explication sur les femmes âgées ou au physique ingrat pour justifier des horaires de non-mixité à la piscine. Le candidat du MoDem a ensuite développé d’autres idées moins controversées, comme la proportionnelle pour garantir la parité ou la création d’un ministère de l’Egalité.

Il s’est également prononcé pour un remboursement de la pilule contraceptive à 100% et a affirmé que l’IVG n’était pas menacée:

«Je ne vois pas qui en France pourrait remettre en cause la loi et la pratique de l’IVG, en dehors des extrémismes et des difficultés qui viennent du maillage hospitalier et de l’accès aux soins.»

Les sanctions suggérées par Arthaud? «La prison!»

La participation de Nathalie Arthaud et de Nicolas Dupont-Aignan s’est faite sans heurts, avec de francs applaudissements (et quelques rires) pour la candidate de Lutte ouvrière quand, interrogée par Valérie Toranian sur les sanctions qu’il faudrait contre les dirigeants d’entreprise qui ne respectent pas l’égalité hommes-femmes, elle a répondu:

«La prison! Il y a des jeunes, et des gens plus généralement, qui se retrouvent en prison pour beaucoup moins ça. C’est du vol, et c’est des multi-récidivistes.»

Nicolas Dupont-Aignan a lui aussi récolté quelques rires du public en cherchant régulièrement dans ses notes «la» réforme choc à annoncer. Il s’est décidé pour celle sur la création d’un «label homme-femme» apposé sur les produits de consommation, comme il existe un label développement durable.

Absent, Jean-Luc Mélenchon était représenté par des tracts anti Marine Le Pen, distribués juste avant l'intervention de cette dernière.

Pour Le Pen, une manif et des applaudissements

Marine Le Pen a été accueillie par une manifestation étudiante (bruyante devant Sciences Po, silencieuse dans le hall d’entrée) mais est repartie sous les applaudissements de la salle, courts mais nourris, après une intervention où elle a fait davantage rire que protester le public.

La candidate du Front National (mots qu'elle n'a prononcés qu'une fois, lui préférant «mon mouvement») a commencé par justifier ses propos sur la parité, qu'elle avait jugée «contraire à la méritocratie républicaine»: elle a expliqué qu’en tant que présidente de parti elle se retrouvait à «obliger un certain nombre de femmes à être candidates» pour respecter la loi sur la parité, et que l'amélioration statistique n'était pas révélatrice puisque «dans les conseils régionaux, il y a beaucoup de femmes oui, mais beaucoup qui ne prennent jamais la parole». Elle s’est prononcée également pour la proportionnelle, affirmant que «le mode de scrutin majoritaire à deux tours privilégie les hommes».

Elle a par ailleurs répété qu’elle n’était pas pour remettre en cause l’avortement, mais qu’il existe «des dérives et des abus qui, d’ailleurs, remettent en cause le droit à l’avortement, avec des femmes qui utilisent l’avortement comme moyen de contraception». Elle a cependant précisé qu’il ne «faudrait pas que le droit à l’avortement se fasse au détriment du droit à donner la vie» (faisant notamment référence à son idée de contrat d’adoption pré-natal, dont Valérie Toranian estimait qu’il ouvrait la porte à une remise en cause du droit à l’IVG) et que les femmes «n’ont pas le choix aujourd’hui parce qu’elles n’ont pas l’aide économique suffisante, ou l’aide pour garder leur enfant…»

Huée à plusieurs reprises pendant son intervention, la candidate a fait entre autres rire la salle quand, interrogée sur le fait de savoir si son compagnon Louis Aliot faisait le ménage chez eux, elle a répondu:

«On n’habite pas ensemble… donc je veux bien qu’il vienne faire le ménage chez moi, mais je ne suis pas sûre qu’il veuille!»

Joly: «Une femme candidate a un sérieux handicap»

Eva Joly, quelques jours à peine après sa sortie de l’hôpital, a été accueillie sous de nombreux applaudissements et a commencé son intervention tout en franchise ironique:

«Il y a un grand chemin avant d’arriver à l’égalité entre hommes et femmes. Ce que cette campagne démontre, à part que je suis nulle, c'est qu'une femme candidate a un sérieux handicap.»

Et d'enchaîner sur les remarques sexistes qu’elle a subies:

«Est-ce qu’on dirait de François Bayrou qu’il s’habille comme un professeur de sciences naturelles? Il y a eu une foultitude de commentaires qui m’ont renvoyé et à mon sexe et à mon âge. C’est une forme de discrimination, assez invisible. Et une des raisons pour lesquelles je tiens le choc dans cette campagne, c’est aussi parce que j’ai envie de dire aux femmes que la vie ne s’arrête pas avec la ménopause.»

C.D.

Cécile Dehesdin
Cécile Dehesdin (610 articles)
Rédactrice en chef adjointe
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