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Marine Le Pen et les conflits d'intérêts

Grégoire Fleurot, mis à jour le 05.04.2012 à 18 h 31

La candidate du Front national ne cesse de dénoncer la corruption des «grands partis», mais n'a pas daigné publier de déclaration d'intérêts.

Marine Le Pen lors d'un meeting à Lille le 19 février 2012, REUTERS/Pascal Rossignol

Marine Le Pen lors d'un meeting à Lille le 19 février 2012, REUTERS/Pascal Rossignol

Slate.fr a pris le relais de l'ONG Transparence International France en sollicitant les candidats à l'élection présidentielle pour qu’ils publient leur déclaration d’intérêts, un document qui permet de s’assurer que, dans le cadre d’une décision publique, des intérêts personnels n’interviennent pas pour fausser l’impartialité des décideurs. Si une telle situation se présente, elle est détectée grâce à la déclaration d’intérêts et la personne concernée doit s’abstenir de participer à la décision. La publication d’un tel document permet aussi de protéger les décideurs publics contre les soupçons d’un mélange des genres.

Nous avons réalisé une fiche pour chacun des candidats regroupant leurs opinions sur la question de la lutte contre les conflits d'intérêts, leur déclaration (quand elle a été envoyée) et ce qu'ils ont «oublié» de déclarer. Envoyez-nous toute information sur des intérêts que nous aurions omis dans cette fiche à infos @ slate.fr.

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Sa fiche Wikipol


Ce que Marine Le Pen a dit sur les conflits d’intérêts

La prétendue corruption des «grands» partis est un thème cher au Front national depuis de longues années, et Marine Le Pen perpétue cette tradition en 2012. En cette année d’élection présidentielle, c’est contre le «système de la mafia socialiste» dans le Pas-de-Calais, où se trouve son fief d’Hénin-Beaumont, que la candidate du FN concentre ses attaques.

Lors de son premier grand meeting de campagne le 17 septembre 2011 près de Laval, Marine Le Pen s’était posée en défenseure de la «morale publique» et avait appelé à «nettoyer l'Etat des jouisseurs, des affairistes, des corrompus» en citant notamment Nicolas Sarkozy et Dominique Strauss-Kahn. Elle consacre d’ailleurs un chapitre de son projet présidentiel à la «morale publique», qui est «aujourd’hui profondément malmenée en France» selon elle:

«Ces élus qui se sentent indépendants du mandat que le peuple leur a pourtant confié se considèrent libres de se comporter sans se soucier du bien commun, sans se conformer à l’exigence qu’impose le service de la République. Cette exigence est bafouée au plus haut sommet de l’Etat, mais elle l’est aussi au niveau local, dans des féodalités régionales, départementales qui se construisent contre le peuple.»

Pour prévenir les conflits d’intérêts, Marine Le Pen propose des mesures concrètes: elle préconise que tout haut responsable politique ou administratif nommé fasse «l’objet d’une enquête minutieuse, à l’instar de ce qui se fait dans l’administration américaine» et que «le passé professionnel de chacun, à commencer par celui des ministres, sera examiné par une haute instance sur la prévention des conflits d’intérêts et de la transparence dont les membres seront désignés par les présidents du Sénat et de l’Assemblée nationale.»

Pourtant, Marine Le Pen est la seule candidate avec Nicolas Sarkozy et Nathalie Arthaud à ne pas avoir signé les sept engagements pour une nouvelle culture politique de Transparence international France.

Sa déclaration d'intérêts

Malgré ses discours musclés contre la corruption en politique, c’est une des quatre candidates, avec Nicolas Sarkozy, Philippe Poutou et Jean-Luc Mélenchon à ne pas avoir communiqué sa déclaration d’intérêts remplie. Un silence d’autant plus étonnant que Bertrand Dutheil de la Rochère, porte-parole de la campagne de Marine Le Pen, a récemment publié un communiqué pour déplorer le fait qu’elle soit la seule des dix candidats à ne pas avoir été contactée par l’association anticorruption Anticor pour sa campagne de sensibilisation.

Ce qu'elle n'a pas déclaré

Marine Le Pen n’a à notre connaissance pas de liens avec le secteur privé que l’on pourrait estimer être de nature à faire naître des situations de conflits d’intérêts. On peut néanmoins souligner qu’elle possède des parts dans trois sociétés civiles immobilières (SCI): 200 parts sur 4.400, soit 4,5%, de la SCI Pavillon de l’Ecuyer, acquises par donation en 1993; 20 parts sur 3.500 de la SCI Clergerie Hugo (anciennement propriétaire du «paquebot», le siège du FN à Saint-Cloud vendu en avril 2011 pour une somme proche de 10 millions d’euros), soit 0,57% du capital, acquises par donation en 1993; 50% des parts de la SCI Palouma, acquises par prêt sur quinze ans, en août 2010.

La candidate du Front national a en revanche des liens familiaux étroits avec les deux autres personnalités les plus importantes et médiatisées de son parti. Son père Jean-Marie Le Pen, président du Front national pendant quarante ans et quintuple candidat à l’élection présidentielle, lui a cédé sa place en 2011 et occupe désormais le poste de président d’honneur. Il a ouvertement soutenu sa fille face à Bruno Gollnisch lors de la campagne interne à la présidence du parti.

Divorcée et mère de trois enfants, Marine Le Pen est actuellement en couple avec Louis Aliot. Cet avocat qui a installé son cabinet à Perpignan en 2010 et conseiller régional de Languedoc-Roussillon est un homme clé du Front national et de la campagne de sa candidate: numéro deux du parti, il est chargé du projet et directeur opérationnel de la campagne. Il affirmait en 2011 que ses activités politiques et privées lui rapportaient 4.000 euros mensuels.

Son ascension au sein du parti a d’ailleurs suscité quelques inimitiés internes. Si la relation entre Marine Le Pen et Louis Aliot était connue d’un petit cercle depuis quelques années, elle a été officialisée en septembre 2010 par un article de la presse locale révélant qu'ils venaient d'acheter ensemble une maison à Millas, près de Perpignan.

Grégoire Fleurot

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