Pour qui vote votre zone de vacances?

Nicolas Sarkozy et François Baroin dans un café près de la plage du cap d'Agde, le 26 juillet 2011. REUTERS/Eric Feferberg/Pool.

Nicolas Sarkozy et François Baroin dans un café près de la plage du cap d'Agde, le 26 juillet 2011. REUTERS/Eric Feferberg/Pool.

LES VACANCES SCOLAIRES DE PÂQUES, qui commencent le vendredi 6 avril pour la zone A et vont s’étaler jusqu’au 7 mai, auront-elle un impact sur la participation et les résultats de l’élection présidentielle? Nous avions consacré un long article à ce sujet en mai 2011 au moment de la fixation des dates du scrutin: résumé en trois grandes questions.

La situation est-elle différente des précédentes élections?

Cette année, les trois zones sont touchées: chacune a au moins un week-end de vacances, voire deux, qui tombe un week-end d’élection. Ce n’était le cas ni en 2002 ni en 2007: le second tour n’était alors pas affecté et une des trois zones échappait totalement au phénomène. En revanche, la configuration était exactement la même en 1995, époque où un jeune ministre de l’Education nationale déplorait «une sorte d'incitation à manquer de civisme». Il s’appelait François Bayrou.

Est-ce que les vacances ont un impact sur l’abstention?

En 2007, la zone B, pour qui le premier tour tombait en plein milieu des vacances, avait un taux de participation inférieur de trois points aux deux autres; au second tour, lors duquel plus personne n’était en vacances, cet écart s’était réduit de moitié. Selon le géographe Michel Bussi, l’évolution de l’abstention entre les deux tours s’expliquait bien par les zones de vacances, mais l'impact de ce phénomène était très faible.

En ce qui concerne 2002, les études se contredisent: une étude sur la «mosaïque électorale de la France» estimait que l'effet des zones en vacances scolaires sur l'abstention n'apparaissait «guère évident», alors qu’une autre étude menée par deux économistes français, Eric Dubois et Christian Ben Lakhdar, évaluait à 1,7 point le déficit de participation dû aux vacances (pour une participation globalement inférieure de 11 points à celle de 2007). Dans un sondage Louis-Harris qui autorisait plusieurs réponses, 16% des personnes interrogées expliquaient ne pas avoir voté le 21 avril 2002 parce qu'elles étaient «en vacances, en week-end ou en balade».

Et sur les résultats?

Deux hypothèses complémentaires existent pour éventuellement l'affirmer. La première, avancée par exemple par le géographe Christophe Terrier dans un court article paru après le 21 avril 2002, est que les gens qui ne quittent pas leur domicile pour partir en vacances ou en week-end présentent un «profil psychologique» différent de ceux qui le font, «fortement marqué par la peur de l'autre, autres lieux ou autres gens». «Serait-il abusif de penser que cette peur se traduit par un vote de forte préférence nationale?», s'interrogeait-il alors.

La seconde hypothèse est que, si une zone participe moins fortement en raison des vacances scolaires, cela peut légèrement désavantager, au plan national, les candidats qui y reçoivent les plus forts scores. Selon les calculs que nous effectuions en mai 2011, la zone C (région parisienne et Bordeaux), qui sera en pleines vacances pendant le premier tour, n’avait accordé en 2007 qu’une avance réduite à Nicolas Sarkozy et un score très faible à Jean-Marie Le Pen; la zone B (nord-est de la France, Paca...), qui ouvre et ferme ses vacances avec les élections, manifestait elle la tendance inverse; la zone A (grand Ouest, Rhône-Alpes...), qui votera au premier tour lors de son dernier week-end de vacances, se rapprochait elle plus de la moyenne nationale.

 FranceZone AZone B et CorseZone CEtranger et Outre-Mer
Participation 1er tour83,77%86,44%83,59%86,55%56,10%
Sarkozy 1er tour31,18%29,75%31,64%32,15%36,03%
Royal 1er tour25,87%25,79%23,56%28,06%38,53%
Bayrou 1er tour18,57%19,85%16,75%20,37%13,57%
Le Pen 1er tour10,44%9,97%13,02%7,82%3,68%
 
Participation 2e tour83,97%85,96%84,43%85,73%60,29%
Sarkozy 2e tour53,06%52,16%55,52%51,43%46,69%
Royal 2e tour46,94%47,84%44,48%48,57%53,31%

Mais globalement, cet effet vacances est à prendre avec prudence: l'étude d'Eric Dubois et Christian Ben Lakhdar sur le 21 avril 2002 évaluait à 650.000 le nombre d'«abstentionnistes de vacances» en métropole et estimait que Lionel Jospin aurait dû gagner au moins 57% de leurs vote pour espérer renverser la tendance face à Jean-Marie Le Pen...

J-M. P.

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