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Mort de Mohamed Merah: les interventions finissent mal, en général

Jean-Laurent Cassely, mis à jour le 22.03.2012 à 20 h 45

Prise d'otage de Marignane en 1994, prise d'otage de Neuilly, assaut contre Khaled Kelkal... Ce n'est pas la première fois qu'un assaut du GIGN ou du Raid contre un criminel se termine par la mort de celui-ci.

L'assaut par le GIGN du vol Paris-Alger d'Air France à Marignane, le 26 décembre 1994. REUTERS/Eric Camoin.

L'assaut par le GIGN du vol Paris-Alger d'Air France à Marignane, le 26 décembre 1994. REUTERS/Eric Camoin.

Prise d'otage de Marignane en 1994, prise d'otage de Neuilly, assaut contre Khaled Kelkal... Ce n'est pas la première fois qu'un assaut du GIGN ou du Raid contre un criminel se termine par la mort de celui-ci.

MOHAMED MERAH, LE SUSPECT DES TUERIES DE TOULOUSE ET MONTAUBAN, est mort lors de l'assaut donné par le Raid dans l'appartement où il se retranchait, jeudi 22 novembre, après un siège de 32 heures. Un policier a été blessé et deux choqués. Mort «les armes à la main» selon le ministre de l'Intérieur Claude Guéant, Merah a été touché par les tireurs positionnés à l'extérieur quand il a sauté du balcon de son logement.

Quelques interventions emblématiques le montrent: le Raid comme le GIGN, services très entraînés, très sélectifs dans leur recrutement, sont extrêmement prudents dans les situations qui impliquent des otages. En revanche pour les terroristes, forcenés et preneurs d'otages, les interventions de neutralisation finissent mal, en général...

Concurrence entre le GIGN et le Raid

Sur son blog, le journaliste de Marianne Jean-Dominique Merchet s'interroge sur la stratégie choisie par le Raid et la longueur d'une opération qui a abouti à un échec, puisque le suspect n'a pu être capturé vivant. On aurait pu, par exemple, utiliser d'autres moyens qu'un bélier pour entrer dans l'appartement, comme des explosifs pour faire sauter les murs. Or «c'est une technique complexe... que le RAID maîtrise peu ou mal  —ou en tout cas n'emploie pas. Sans doute est-elle jugée trop militaire, bonne pour les gendarmes ou les commandos», écrit le journaliste.

En France, le Raid (police nationale) partage en effet le travail d'intervention en situation de crise avec le GIGN (gendarmerie). Et Nicolas Sarkozy a, de la prise d'otages de Neuilly à la tuerie de Toulouse, plutôt privilégié les premiers. Selon L'Express, «officieusement, ces deux groupes s'opposent une concurrence farouche, alors qu'ils ne dépendent pas du même ministère (l'Intérieur pour le Raid, la Défense pour le GIGN). Nicolas Sarkozy a depuis longtemps choisi son camp, et s'est à la longue constitué un véritable bras armé».

En octobre 2009, Jean-Pierre Treiber, en cavale depuis cinq semaines, échappe dans un bois de Seine-et-Marne aux hommes du Raid qui planquaient pour le piéger. L'homme est finalement arrêté un mois plus tard. L'ancien membre du GIGN Daniel Cerdan remarque à l'époque que les gendarmes sont mieux formés à ce type d'intervention en zone rurale. Des propos «purement politiques» selon Christophe Caupenne, ancien patron des négociateurs du Raid pendant douze ans, qui précise à Slate.fr que les deux services ont exactement les mêmes missions.

Selon lui, la durée du siège de Toulouse (32 heures) s'explique par le fait que les policiers voulaient «s'assurer que ce que le tueur voulait, ça n'était pas de sortir». «Ils auraient eu mille fois l'occasion de le tuer avant» et la thèse selon laquelle on aurait préféré ne pas le laisser sortir vivant ne tient pas.

Retour sur quelques interventions célèbres

Action Directe, 21 février 1987 (Raid)

Les hommes du Raid prennent d'assaut la ferme de Vitry-aux-Loges où sont réfugiés quatre membres d'Action directe. Un succès pour le groupe d'intervention qui réalise une arrestation sans effusion de sang. 

Tués: 0

Blessés: 0

 

Prise d'otages de la maternelle de Neuilly, 15 mai 1993 (Raid)

Erick Schmitt, 42 ans, alias Human Bomb, prend en otage une classe de maternelle à Neuilly. La stratégie du Raid est, comme pour Merah, d'attendre que leur cible s'épuise. Les membres du Raid, qui surveillaient le preneur d'otages grâce à une caméra vidéo introduite dans la salle de classe, y pénètrent alors qu'il est assoupi. L'«opération de neutralisation» est menée en quelques secondes: le preneur d'otage est tué de trois balles dans la tête.

Tués: 1

Blessés: 0

 

 

Prise d'otages d'Air France, 26 décembre 1994 (GIGN)

La prise d'otage de l'Airbus A300 d'Air France qui reliait Paris à Alger se conclut par un assaut donné par le GIGN alors que l'avion est immobilisé sur le tarmac de l'aéroport de Marignane à Marseille. Le GIGN fait exploser les portes arrières et un tir nourri pendant vingt minutes se solde par la mort des quatre membres du commando.

La prise d'otages de Marignane reste encore aujourd'hui la référence en termes d'opération réussie. Comme le note dans son article Jean-Dominique Merchet, «dans une situation tactique sans comparaison (avec l'assaut de Toulouse, NDLR) au niveau de sa complexité, la fusillade avait duré quinze minutes: il y avait quatre terroristes, des dizaines de passagers otages dans la cabine d'un avion».

Tués parmi les membres du commando: tous (4)

Blessés du GIGN: 9 dont un gravement

Plusieurs passagers commotionnés

 

Khaled Kelkal, 29 septembre 1995 (EPIGN)

Au centre de la vague d'attentats qui frappe la France en 1995 (notamment l'assassinat de l'imam Sahraoui, l'attentat du RER B, celui de la place de l'Etoile), Khaled Kelkal, ennemi public numéro un, est traqué par toutes les polices de France. Localisé au lieu-dit Maison Blanche près de Lyon, il est tué par les gendarmes de l'EPIGN (l'escadron de parachutistes de la gendarmerie) après un échange de coups de feu.

A la suite de l'assaut, une polémique se crée autour des conditions exactes de sa mort: la scène a en effet été filmée par un caméraman de M6, et sur la séquence on entend hors champ un homme crier «Finis-le». Selon des témoignages, Khaled Kelkal, déjà touché et à terre, aurait sorti son arme pour tirer à nouveau.

Tués: 1

Blessés: 0

Gang de Roubaix, 29 mars 1996 (Raid)

Des braqueurs violents mulitplient dans la région de Lille les attaques de supermarchés, braquant même un fourgon de la Brinks au lance-roquette le 25 mars 1996. On croit d'abord à du grand banditisme avant de réorienter l'enquête vers les milieux islamistes, plusieurs membres du gang ayant combattu en Bosnie aux côtés des moudjahidines. Le 29 mars, le Raid donne l'assaut. Les quatres membres du gang sont tués dans l'incendie de l'immeuble où ils s'étaient retranchés.

Tués parmi les membres du commando: tous (4)

Blessés parmi les membres du Raid: 2

 

Arrestation d'Yvan Colonna, 4 juillet 2003 (Raid)

En 2003, Nicolas Sarkozy s'appuie sur le Raid pour capturer Yvan Colonna, l'homme le plus recherché de France de l'époque. L'arrestation se déroule sans accroc. Colonna est appréhendé alors qu'il rentre dans la bergerie du maquis corse où il se planque, et confirme rapidement son identité.

Tué: 0

Blessé: 0

J.-L. C.

Jean-Laurent Cassely
Jean-Laurent Cassely (990 articles)
Journaliste
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