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Mohamed Merah: combien de temps peut-on tenir sans dormir

Jean-Yves Nau, mis à jour le 22.03.2012 à 12 h 39

Retranché depuis mercredi 3h, le suspect des meurtres de Toulouse Mohamed Merah semblait toujours tenir tête aux agents du Raid qui tente d’obtenir sa reddition vivant. Aucun contact n'a pu être établi par la police depuis mercredi 21 mars à 22h30, a indiqué Claude Guéant, au point que le ministre de l’Intérieur s'interroge sur le fait qu'il soit encore en vie.

A intervalles réguliers au cours de la nuit, dont la dernière fois avant 7h, les policiers ont fait détoner de puissantes charges auprès de ses fenêtres. Selon certains experts, il s’agirait évidente de l’épuiser en l’empêchant de dormir. Combien de temps peut-on tenir sans sommeil?

Les multiples effets de la privation de sommeil commencent généralement à se manifester à partir de vingt-quatre heures de veille. Du moins si l’on ne tient pas compte des variations génétiques qui caractérisent les «petits» et les «gros» dormeurs. De nombreuses études ont été menées sur la privation totale de sommeil, les expériences pouvant aller de un à onze jours. Les effets sont multiples et leur intensité est variable, fonction de la durée de privation et de l'état de stress du sujet.

Les troubles de l'humeur sont les premiers à se manifester. Les spécialistes observent ici le plus souvent une irritabilité et une irascibilité croissantes. Puis surviennent des phases contrastées avec des alternances rapides (de quelques minutes seulement) d'euphorie et de dépression. A l’inverse, on peut noter l’émergence, parfois, d’une forme d’indifférence à l'environnement avec le désir de rester seul.

Pour ce qui est des fonctions motrices la personne privée de sommeil ne peut bientôt plus rester immobile. Elle éprouve un besoin irrépressible de se déplacer, de changer de place, de position (debout, assis). Elle est alors confrontée  à des difficultés croissantes pour fixer son attention.

«Les troubles de la sphère visuelle sont multiples et variés, note le Pr Jean-Louis Valatx dans la revue suisse Médecine et Hygiène. Ces sont des sensations de brûlures, de picotements oculaires.  On observe bientôt une hyperhémie conjonctivale (yeux rouges). Le  sujet voit du brouillard autour des lumières. La lecture devient rapidement difficile. Les objets changent de forme. Le sujet a l'impression que le sol ondule, que les lumières clignotent, que les objets bougent rapidement dans le champ visuel latéral.Viennent ensuite de véritables  hallucinations et ce dès le 3e jour de privation. Au début, le sujet critique ces hallucinations puis il y croit de plus en plus. Ces hallucinations sont particulières: le sujet voit des fils, des cheveux qu'il cherche à enlever; il croit voir des fourmis, des vers sur sa peau. »

Le sujet entend des bruits paraissant lointains (sifflements, cloches).

Privé de sommeil, on ressent des fourmillements des extrémités (mains, pieds). Il y a aussi l'impression d'avoir un chapeau très serré. Les observateurs font état de trémulations des paupières et au niveau des membres. En situation expérimentale les tests mettent en évidence une augmentation de la sensibilité à la douleur.

Plus important, la «désorganisation de la pensée». Les troubles se caractérisent alors par  un ralentissement de «l'idéation» entraînant une parole lente et basse. Aux questions posées, la réponse est longue à venir comme si le délai de réflexion était augmenté. Il y a aussi des difficultés à trouver le mot correct. Les phrases restent inachevées. Le sujet a des difficultés à garder un raisonnement logique. Il perd le fil logique de son discours. Sa suggestibilité est  accrue. Il en vient à oublier  des faits récents (amnésie antérograde).

«De plus, les personnes privées de sommeil éprouvent des difficultés à se projeter dans le futur (amnésie du futur). Cela est d'autant plus perceptible que ces personnes exercent des responsabilités importantes, note le Pr Valatz. Elles se préoccupent essentiellement de la routine quotidienne. La confusion et la désorientation temporo-spatiale surviennent après 5 à 6 jours de privation de sommeil.»

Reste l’aide médicamenteuse. Le modafinil, un médicament inventé en France et utilisé dans les forces armées, utilisé dans le traitement de la narcolepsie, permet de rester éveillé sans effets secondaires. La prescription habituelle est d'une pilule dès l'éveil; ses effets durent pour presque toute la journée, mais n'empêche pas la personne de dormir aux horaires normaux.

Jean-Yves Nau

 

Jean-Yves Nau
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Journaliste
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