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Tuerie de Toulouse: les soupçons du recteur de la Mosquée de Drancy sur les islamistes radicaux de Forsane Alizza

Antoine Menusier, mis à jour le 21.03.2012 à 10 h 28

Le recteur de la mosquée de Drancy, aux prises avec des islamistes radicaux, avait, dès lundi, des soupçons contre un groupe salafiste en particulier.

Devant la maison où est retranché le suspect des assassinats de Toulouse et Montauban, le 21 mars. REUTERS/Pascal Parrot

Devant la maison où est retranché le suspect des assassinats de Toulouse et Montauban, le 21 mars. REUTERS/Pascal Parrot

L'homme, 24 ans, qui se retranchait ce mercredi matin dans une habitation de la Côte-Pavée, un quatrier de l'est toulousain, appartiendrait aux réseaux islamistes se réclamant du djihadisme et du salafisme, selon le ministre de l’Intérieur, Claude Guéant.

Il pourrait avoir été membre du groupe radical Forsane Alizza (les cavaliers de la fierté), dissous en février dernier pour ses appels au djihad et sa violente propagande anti-israélienne. L’individu, qui prétend appartenir à al-Qaida, aurait effectué des séjours en Afghanistan et au Pakistan.

L’imam de la mosquée de Drancy en Seine-Saint-Denis, Hassan Chalghoumi, président de la Conférence des imams de France, joint par téléphone ce mercredi matin, a eu affaire à Forsane Alizza, qui compterait quelques centaines de membres en France.

«En janvier 2010, ils étaient venus manifester devant la mosquée de Drancy pour marquer leur soutien à un autre groupe islamiste radical, le collectif Cheikh Yassine, guidé par son chef Abdelhakim Sefrioui», explique-t-il.

A plusieurs reprises, début 2010, le collectif Cheikh Yassine a mené des opérations d’intimidation dans et devant les portes de la mosquée, reprochant à l’imam Chalghoumi ses liens avec des membres de la communauté juive française, en particulier Richard Prasquier, président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif).

Hassan Chalghoumi avait reçu en 2008 et 2009 le représentant du Crif dans la mosquée de Drancy. Richard Prasquier s’était rendu dans ce lieu de prière après l’opération militaire israélienne «Plomb durci», à Gaza, ce qui avait profondément irrité le collectif Cheikh Yassine. En 2011, l’imam Chalghoumi avait approuvé l’adoption de la loi contre le port du voile intégral en France, une position qui lui avait valu de nombreuses critiques de la part de certains musulmans.

Le 19 mars au soir, dans la marche parisienne entre République et Nation en hommage aux victimes de Toulouse et Montauban, l’imam Chalghoumi, présent, faisait part de ses soupçons quant à celui ou à ceux qui avaient perpétré les meurtres des trois militaires et des quatre personnes dont trois enfants au collège juif Ozar-Hatorah. «Il pourrait s’agir de membres de Forsane Alizza», disait-il.

«J’ai peur qu’il y ait un amalgame entre ces actes et la communauté musulmane française, confiait Hassan Chalghoumi ce mercredi matin. Nous sommes pris en otages entre les racistes et les islamistes radicaux. Je crains des actes racistes dans les lieux de prière musulmans. J’attends ce que va dire Marine Le Pen (interrogée ce matin sur BFMTV, la candidate du Front national a tenu à “rassurer les Français musulmans”, NDLR)

L’imam Chalghoumi dit se sentir seul dans sa démarche de dialogue avec la communauté juive française, en particulier avec le rabbin de Ris-Orangis, Michel Serfati. Il s’était rendu avec lui à Gaza et à Sderot, en Israël, en mars 2009, deux mois après l’opération Plomb durci. Il avait manifesté son soutien à la communauté juive de Saint-Denis (Seine Saint-Denis), lorsque la synagogue de cette ville avait été visée par des cocktails Molotov, début 2009.

«J’ai été menacé de mort, on s’en est pris à mon domicile, je n’ai pas eu le soutien qu’il fallait des pouvoirs publics. J’ai été lâché», déplore Hassan Chalghoumi, perçu par certains comme «l’imam des juifs». Il est devenu dérangeant tant pour les musulmans radicaux que pour une partie des pouvoirs publics qui ne le trouve pas suffisamment représentatif de la communauté musulmane française:

«Il faut que la communauté musulmane toute entière se lève pour dénoncer les crimes de Toulouse et Montauban. Elle était restée bien trop silencieuse après le 11-Septembre. Il faut que les pouvoirs publics agissent contre les groupes radicaux islamistes. Certains maires de France n’auraient pas dû prendre aussi ouvertement partie pour les Palestiniens, cela a exacerbé des sentiments anti-juifs chez les plus extrémistes. Soit on ne se mêle pas du conflit-israélo-palestinien, ou alors, si on s’y intéresse, il faut parler aux deux parties.»

L’imam Chalghoumi se rendra à la marche nationale, œcuménique, organisée dimanche 25 à Paris en hommage aux morts de Toulouse et Montauban.

Antoine Menusier    

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