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Papy Voise, Copernic, Nanterre: les faits divers qui ont marqué les campagnes présidentielles

Slate.fr, mis à jour le 19.03.2012 à 18 h 26

Jacques Chirac au lendemain de la tuerie de Nanterre. France2 / Ina.fr

Jacques Chirac au lendemain de la tuerie de Nanterre. France2 / Ina.fr

Plusieurs faits divers tragiques et actes terroristes ont émaillé les campagnes présidentielles et périodes de cohabitation. Avec à chaque fois la question de la gestion des crises... et de leur instrumentalisation.


Précampagne présidentielle, 1980 - L'attentat de la rue Copernic

Le 3 octobre 1980, une bombe explose devant la synagogue de l’Union libérale juive de France, faisant 4 morts et 46 blessés. La piste privilégiée est d’abord celle de l’extrême droite. L’acte est revendiqué par les Faisceaux nationalistes révolutionnaires et le journal télévisé n’hésite pas à lancer «les néonazis ont tué».

Très vite des manifestations sont organisées, essentiellement par la gauche, pour dénoncer l’antisémitisme. François Mitterrand, alors en pré-campagne, se rend sur place pour et déclare:  

«Je viens ici pour être auprès de mes amis frappés.»

Une position claire qui contraste avec celle de la droite. Le président Valéry Giscard d’Estaing se contente d’envoyer des communiqués et refuse de venir à la synagogue. Jacques Chirac, à l'époque maire de Paris, assistera lui aux obsèques, de même que Jacques Barrot, ministre de la santé. Surtout, Raymond Barre, alors Premier ministre, choque à cette occasion en déclarant:

«L’attentat odieux qui voulait frapper les Israélites qui se rendaient à la synagogue et qui a frappé des Français innocents.»

Après des recherches infructueuses, les enquêteurs se tourneront vers la piste de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), l’attentat ayant pu avoir un lien avec le conflit israélo-palestinien. Un des suspects a été extradé en 2011 du Canada vers la France, mais les circonstances demeurent floues.

Les cohabitations 1986-1988 et 1993-1995 dominées par les actes terroristes

Pendant la première cohabitation, lors de laquelle Jacques Chirac est Premier ministre de François Mitterrand à l'issue des législatives de 1986, Georges Besse, PDG de la régie Renault, est assassiné par Action Directe devant son domicile. Les derniers membres de l'organisation seront arrêtés en 1987, marquant la fin du terrorisme issu de l'extrême gauche.

La seconde cohabitation Mitterrand sera marquée par la prise d'otages de Marignane. Le 24 décembre 1994, quatre Algériens membres du Groupe islamique armé (GIA) prennent on otage les passagers du vol Air France AF8969 reliant Alger à Paris. La crise est alors gérée par Charles Pasqua, ministre de l'Intérieur et Edouard Balladur, Premier ministre. L'assaut du GIGN se conclut par la mort des terroristes et la libération des otages.

Campagne présidentielle 2002 - l'avalanche de faits divers

Le 8 mars, Patrice Bègue, 37 ans, va chercher son fils à la gare d'Evreux. A l'issue d'une discussion qui dégénère avec des jeunes qui rackettaient son fils, le père de famille est battu à mort. Une affaire dont les zones d'ombres ne seront jamais totalement levées, malgré un procès et une condamnation à sept ans de prison du principal responsable.

S'emparant de l'affaire, Bruno Mégret, candidat MNR à l'élection présidentielle, écrit dans un communiqué:

«Le vrai coupable, c'est Jospin.»

Le soir du 26 mars 2002, Richard Durn ouvre le feu sur les élus dans la salle du conseil municipal de l'Hôtel de ville de Nanterre, faisant huit morts et dix-neuf blessés avant d'être maîtrisé. Deux jours plus tard, le tueur se suicide en se défenestrant de l'immeuble de la brigade criminelle de Paris après être passé aux aveux. Dans une lettre envoyée à une amie avant son acte, Durn expliquait:

«Je vais devenir un serial killer, un forcené qui tue. Pourquoi? Parce que le frustré que je suis ne veut pas mourir seul, alors que j’ai eu une vie de merde, je veux me sentir une fois puissant et libre.»

Le 2 avril, vingt jours avant le premier tour de l'élection présidentielle, les candidats Jacques Chirac (président de la République) et Lionel Jospin (Premier ministre) assistent à la cérémonie d'hommage aux victimes de Nanterre.

le 18 avril 2002, Paul Voise, un retraité qu'on dit sans histoires, est agressé par deux jeunes qui le rouent de coups, incendient sa maison puis s'enfuient. Le visage tuméfié, le vieil homme apparaît le lendemain au JT de 20 Heures de TF1, suscitant en France une immense vague d'indignation et de solidarité.

«Papy» Voise dans Paris Match, 2 mai 2002

On apprendra plus tard que des doutes planaient sur la personnalité de Paul Voise. En février 2005, le tribunal de grande instance a classé l'affaire par un non-lieu.

Devancé par Jacques Chirac et Jean-Marie Le Pen, le candidat socialiste sera éliminé dès le premier tour. Pour Libération, la débâcle socialiste est liée notamment au climat d'inquiétude lié aux faits divers qui ont émaillé la campagne:

«Les faits divers, dont certains aussi exceptionnels que la tuerie de Nanterre, ont rythmé toute la campagne du premier tour. Et fait l'essentiel de l'actualité. Cela a contribué à accréditer l'idée que l'insécurité est bien le premier mal de l'Hexagone.»

A l'époque directeur de l'information, Robert Namias a depuis admis que la couverture par TF1 de l'affaire «Papy Voise» «était une faute».


Namias : "L'affaire Paul Voise était une faute" par Europe1fr

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