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Pour Jospin, Bayrou est devenu «talentueux»

Slate.fr, mis à jour le 15.03.2012 à 19 h 28

DEVENU CHRONIQUEUR DE LA CAMPAGNE SUR LCI, Lionel Jospin accorde un long entretien à L’Express. Une interview qui vaut notamment pour les propos laudateurs qu’il tient sur les deux plus importants «réservoirs» de voix à l’heure actuelle de François Hollande, en l’occurrence Jean-Luc Mélenchon et surtout François Bayrou.

Du candidat du Front de gauche, qui fut son ministre délégué à l’Enseignement professionnel de 2000 à 2002, il dit qu’il reflète plus «l'aspiration à la radicalité» que «l'exigence de réalisme»... Mais ajoute ensuite:

«Il a le sens et le goût du verbe. C'est quelqu'un pour qui j'ai de l'estime, presque de l'affection. Par ailleurs, je n'ai pas de doute sur sa volonté de battre Nicolas Sarkozy, sur sa fidélité au rassemblement de la gauche et sur sa loyauté à l'égard du candidat de gauche qui sera le mieux placé pour gagner.» 

Fin janvier, Jean-Luc Mélenchon avait jugé sévèrement la campagne de François Hollande et des socialistes, jugeant qu’ils étaient «repartis sur les schémas de campagne de Lionel Jospin: ils pensent que Sarkozy est battu d'avance et qu'il ne faut rien dire qui empêche des centristes, ou certains électeurs de droite, de voter pour eux».

Un ralliement de Bayrou à Sarkozy serait «incompréhensible»

Et, en ce qui concerne les centristes, justement, quand vient le tour de François Bayrou, Lionel Jospin se montre également plutôt élogieux et ouvert dans son entretien à L’Express:

«Historiquement, il vient de la droite, mais au cours des cinq dernières années il a été un des critiques les plus incisifs —et pas le moins talentueux— de Nicolas Sarkozy. Un ralliement à celui-ci serait incompréhensible. Fera-t-il un autre choix? C'est à lui d'abord d'en décider.» 

A comparer aux propos qu’il tenait en 2007 au même moment de la campagne, lors d’un meeting à Lens, en qualifiant le vote Bayrou de «supercherie»:

«Outre que je n'aime pas ceux qui sont les purs produits de ce qu'ils appellent le système et qui font de la démagogie antisystème, outre qu'il est incohérent de se prévaloir du ni droite ni gauche et de proposer d'avoir ensemble la droite et la gauche, ce qu'il propose provoquerait une vraie crise politique et, cette fois, pas à partir de ses marges comme le proposait Le Pen mais en son centre même.»

Un mois plus tard, lors d’un meeting à Paris-Bercy, le candidat centriste lui avait répliqué avec ironie:

«Lionel Jospin, du haut de son expérience et de ses succès, a déclaré hier: "François Bayrou est à droite" et on sent que, chez lui, c'est presque comme s'il disait que je suis un trotskiste déviationniste!»

Photo: François Bayrou et Lionel Jospin lors des obsèques du poète Aimé Césaire en Martinique, le 20 avril 2008. REUTERS/Patrick Hertzog/Pool.

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