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Nicolas Sarkozy, il lui reste l'exploit

Jean-Marie Colombani, mis à jour le 15.03.2012 à 4 h 08

Nicolas Sarkozy le 11 mars 2012 à Villepinte. REUTERS/Philippe Wojazer

Nicolas Sarkozy le 11 mars 2012 à Villepinte. REUTERS/Philippe Wojazer

CETTE FOIS NOUS Y SOMMES: le dépôt des candidatures avec leurs parrainages doit marquer ce moment où les Français se tournent vers l’élection et font leur choix.

C’est du moins l’espoir de tous ceux qui ne sont pas favoris et qui comptent sur la dernière ligne droite  pour se mettre, enfin, en bonne position.

Depuis le début de la campagne, on annonce, de semaine en semaine, cette phase décisive. C’est que, depuis plus d’un an, de façon (presque) constante, le rapport de forces ne bouge pas: il est défavorable au président sortant. D’où l’idée de Nicolas Sarkozy qu’il lui faut «renverser la table» pour tenter, sur le fil, de convaincre une majorité de Français de lui accorder un nouveau bail.

Ses prédécesseurs faisaient en sorte que la France «tienne son rang»

Ce qui représenterait un authentique exploit. D’une part, parce que, partout en Europe, la crise se traduit par une forte aspiration à l’alternance; d’autre part, parce que le bilan –c’est peu de le dire– ne plaide pas en sa faveur: tous les clignotants sont au rouge et affichent de bien tristes records (chômage, dette, déficit extérieur).

D’où l’impression persistante que la France, pendant ce quinquennat, a descendu quelques marches; là où le mandat de tout président est de faire en sorte que la France «tienne son rang», comme l’ont affirmé tous les prédécesseurs de Nicolas Sarkozy.

Là réside une des sources profondes du mécontentement qui se traduit par la régularité des intentions de votes de second tour en faveur du candidat de la gauche.

Une autre source réside dans l’inadéquation de départ entre l’homme et la fonction. Plus précisément, avec la manière  dont l’homme a souhaité exercer cette fonction.

Malentendu posé, d’entrée de jeu, lors de ces fameux écarts sur lesquels il s’est enfin expliqué, qu’il a regrettés, tout en confessant  qu’il ne «comprenait pas».

Incompréhension liée au poids du symbole et à l’idée que les Français se font de la présidence.

Un malaise qui reste

Nicolas Sarkozy considérait au fond que l’élection lui donnait tous les droits: c’est lui qui a dessiné le costume qu’il souhaitait endosser. On a alors dit: voilà un homme courageux, il casse les codes de la fonction! Ou bien encore: Bravo! Voilà le premier président du XXIe siècle! Ou bien, une version communicant: vous devez comprendre qu’il est une rock star et que les gens aiment à voir l’homme privé à travers l’homme public…

Double erreur! Car les Français ont une certaine idée de la façon dont ils veulent être représentés et celui qui est en charge des codes et des limites ne peut pas être en même temps celui qui les transgresse.

D’où la nécessité dans laquelle il s’est trouvé, en fin de mandat dans la perspective d’une nouvelle candidature, de se «représidentialiser».

Les Français ne veulent pas davantage un président «ministre de tout», comme il le proclamait lui même. Et sans doute était-ce en adéquation avec sa formidable énergie. Mais le pays veut qu’il y ait un gouvernement, des ministres, des corps intermédiaires qui sont, plus que Nicolas Sarkozy ne le croit, pour les Français une garantie de respiration démocratique.

Ce malaise-là n’a jamais été vraiment surmonté. D’autant que l’homme privé réapparait dans la campagne lorsqu’il met en avant, pour mieux convaincre, qu’il a «tout donné»! Certes, mais qu’avons-nous reçu?

Si exploit il y a, cela voudra dire qu’il est parvenu à résoudre une équation politique difficile, puisqu’il lui faut à la fois convaincre la majorité des électeurs de Marine Le Pen, qui souhaitent s’abstenir au second tour de le rejoindre; et en même temps, une majorité des électeurs de François Bayrou de faire de même, alors qu’ils sont, pour le moment, tentés de voter pour François Hollande.

Pour l’heure, dans une logique où tous ses efforts sont tournés vers le premier tour, et la dynamique que pourrait entraîner le fait d’arriver en tête, seules comptent les voix d’extrême droite.

Les frontières avec le FN ont sauté

La campagne restera comme celle qui a vu abaisser, les unes après les autres, les frontières idéologiques et thématiques qui séparaient l’UMP du Front national.

Dernière victime en date: l’Europe! L’Europe, désormais montrée du doigt. C’est un exercice à hauts risques: son efficacité est d’autant moins assurée que la manœuvre avait été tentée et réussie il y a cinq ans. La ficelle est un peu voyante.

Et surtout, parce que les différentes proclamations de Nicolas Sarkozy alimentent l’idée qu’il cherche toujours, à l’extérieur, les causes du mal ou de l’échec: la crise bien sûr, mais aussi le monde extérieur, maintenant l’Europe et même, sur le plan privé, des erreurs imputables à son épouse d’alors…

On relèvera en tous cas qu’il achève son mandat par où il l’avait commencé.

Son premier geste ne fut-il pas, à Bruxelles, d’expliquer que la France allait, pendant son quinquennat, s’affranchir des disciplines du traité de Maastricht, au nom du fait qu’il n’avait pas été élu pour les respecter?

On l’a oublié, tant depuis l’Europe et la crise ont obligé Nicolas Sarkozy à proclamer le contraire et à prôner désormais une règle d’or et de nouvelles dispositions du traité, bien plus sévères en termes de discipline budgétaire, que celles dont il s’était affranchi il y a cinq ans.

Au coup par coup

De la même façon, il promet de sortir de Schengen si ce traité n’est pas révisé (omettant au passage de rappeler que les discussions sont en cours, auxquelles Claude Guéant s’est abstenu de participer).

Quelle est donc la perspective qu’il offre pour un second mandat? On le retrouve tel qu’en lui-même, fort essentiellement de sa capacité de réaction, faible par son absence de vision à long terme. Celle-ci étant dessinée, au coup par coup, sans que l’on sache vraiment à quoi s’en tenir.

Comme disait François Mitterrand de quelqu’un d’autre*: Nicolas Sarkozy, c’est une force qui va...

Jean-Marie Colombani

* Le président socialiste parlait alors de Bernard Tapie…

Chronique également parue dans Challenges

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