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Le FN et le MoDem, casse-tête des prévisions comme des sondages

Cécile Dehesdin, mis à jour le 09.03.2012 à 19 h 12

Marine Le Pen après «Parole de candidat», le 5 mars 2012. REUTERS/Joel Saget/Pool

Marine Le Pen après «Parole de candidat», le 5 mars 2012. REUTERS/Joel Saget/Pool

NOUS VOUS PARLIONS MARDI 7 MARS de la dernière prévision présidentielle en date des chercheurs Bruno Jérôme et Véronique Jérôme-Speziari (Paris-II), qui donne Nicolas Sarkozy devant François Hollande au second tour, même si c'est avec une avance très étroite (50,3%). Des prévisions que nous évoquions d’ailleurs en novembre dernier et même en février 2011, sans déclencher autant de réactions et de commentaires, ce qui n’est pas si étonnant maintenant que l’on est à moins de 50 jours de l’élection et que les prévisions des chercheurs, relayées par l’Expansion, sont si éloignées de celles des sondeurs.

Ceux-ci étudient de près les élections en France et aux Etats-Unis depuis longtemps, et ont déjà entre autre prévu le résultat des législatives de 1997, celui de la présidentielle de 2002 (ils avaient prévu la victoire de Jacques Chirac, pas Le Pen au second tour) ou de 2007 (même s’ils s’étaient trompés en pensant que Ségolène Royal dépasserait Nicolas Sarkozy au premier tour). 1995 était «la première tentative de ce type», explique Bruno Jérôme, «et avait prévu la victoire de la droite (candidat indifférencié)». Le chercheur explique n'avoir pas écrit d'article académique pour celle-ci, et affirme que la prévision n'était pas sortie dans la presse «puisque personne n'y a cru».

Un de nos lecteurs, Joël Gombin, chercheur qui prépare une thèse sur le vote Front national à l’université de Picardie Jules-Verne, nous a notamment contactés pour apporter précisions et critiques sur le modèle, et plus généralement les modèles politico-économiques de vote.

Ce type de modèle, développé initialement aux Etats-Unis, se fonde sur une dynamique entre parti au pouvoir et parti d’opposition, l’idée étant de «regarder ce qui s’est déroulé dans le passé et d’extrapoler sur l’avenir»:

«Ils se situent dans une optique où l’élection est un jugement rétrospectif des gouvernants sortants. Ça marche bien quand on est dans un système dual, mais tous ceux qui ne sont pas dans ce schéma sont très difficiles à modéliser.»

Or, le système français est multipartite et avec deux tours de scrutins (donc des reports de voix du premier au second) et l’évolution du paysage politique complique les choses, explique Joël Gombin:

«Cela irait encore si on était encore dans le genre de bipolarisation que la France a connue avant 1984. Mais depuis l'émergence du FN, et la tripartition de fait de l'espace politique, ce genre de raisonnement qui repose fondamentalement sur une logique sortant/opposition est fragilisé.»

L'électorat n'est plus séparé en deux blocs

Avant 1984, on pouvait opposer un bloc de droite (RPR/UDF) et un de gauche (PCF/PS), avec les voix des petits partis se reportant en très grande majorité sur les deux principaux partis au second tour. Mais avec l’importance grandissante du Front national et l’arrivée du MoDem, les reports de voix ne sont plus aussi évidents.

Et dans le cas du Front national, «le passé lui-même est très peu régulier, avec de grosses variations dans les reports des voix», ce qui complique l’exercice, sans même compter le potentiel «effet Marine»:

«Est-ce que l’électorat de Marine Le Pen aura le même comportement que Jean-Marie Le Pen? On n’en sait rien.»

Bruno Jérôme explique que pour prévoir les scores du FN, les chercheurs ne prennent en compte que «le chômage, les élections passées et les zones de force FN», et pas la popularité de Marine Le Pen (ni celle de Jean-Marie Le Pen dans le passé), qui a «pour l'instant été un échec».

Le modèle de Bruno Jérôme et Véronique Jérôme-Speziari prévoit également un score pour le FN relativement bas, à 13% au premier tour seulement (les sondages publiés depuis le début du mois la créditent de 14% à 18,5%). Si davantage de personnes votent pour le FN cette année qu’en 2007 (10,4%), il y aura «un changement quantitatif et qualitatif» puisqu’il ne s’agira plus seulement du vote d’un «noyau dur». Là encore, il n’est pas sûr que les reports de voix suivent l’exemple de 2007.

On en parle moins, mais les reports de voix du MoDem sont tout aussi peu sûrs que ceux du FN, puisque dans les deux cas, «on sait beaucoup moins de chose sur le comportement électoral de leurs électeurs que sur celui de ceux plus "classiques"».

Des modèles qui divergent

Au final, le Front national –et dans une moindre mesure le MoDem– se retrouvent être les «trouble-fête» des modèles politico-économiques comme des sondages.

Comme les instituts de sondages, les prévisionnistes cherchent à prendre en compte ce problème dans leurs travaux (Bruno Jérôme et Véronique Jérôme-Speziari ont notamment amendé leur modèle après 2002) mais la science du modèle économique, toute mathématique qu’elle soit, repose sur des prémisses qui font que ses prévisions ne sont justement que des prévisions, pas forcément correctes.

Bruno Jérôme précise notamment que la marge d'erreur de l'estimation est de 1.7, que le score de Nicolas Sarkozy est donc compris entre 52% et 48,6%.

Et comme les sondages, les modèles ne sont pas toujours d’accord: celui développé par Richard Nadeau, Thomas Didier et Michael Lewis-Beck voit Nicolas Sarkozy perdre contre François Hollande, mais avec un score (46%) légèrement supérieur à ce que lui attribuent actuellement les sondages (41% et 44%).

Cécile Dehesdin
Cécile Dehesdin (610 articles)
Rédactrice en chef adjointe
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