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Football: quels seraient les effets de la tranche à 75% de Hollande?

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 02.03.2012 à 17 h 07

LA PROPOSITION DE FRANCOIS HOLLANDE d’introduire une nouvelle tranche d’impôt sur le revenu à 75% pour les revenus supérieurs à 1 million d’euros par an a suscité des réactions virulentes dans le monde du football. Impression de travailler «pour pas grand chose», selon le latéral du PSG Christophe Jallet, interviewé par Le Parisien, risque de reléguer le championnat de France «en deuxième division européenne», d’après le président de la Ligue, Frédéric Thiriez, dans les colonnes de L’Equipe, incitation au départ des joueurs français et frein à l’arrivée de stars étrangères selon l’entraîneur de l’OM Didier Deschamps….

Mais aussi un non-sens économique, selon certains dirigeants du milieu sportif. D’après Jean-Pierre Louvel, président du Havre et de l'Union des clubs professionnels, «dissuader les hauts salaires de venir en France, c'est se priver d'une source de revenus importante puisque ce sont eux qui payent le plus d'impôts. […] Globalement, cette mesure affaiblirait le championnat, mais aussi la France». Le ministre des Sports David Douillet a lui estimé que «600 millions d'euros qui proviennent de la fiscalité du foot français vont disparaître».

Perte d’attractivité sportive, perte de recettes fiscales: ces deux arguments ont justement été étudiés l'an dernier par trois économistes, dont deux sont également les coauteurs avec Thomas Piketty de l’ouvrage Pour une révolution fiscale. Un impôt sur le revenu pour le XXIe siècle (La République des idées/Seuil), très cité à gauche: Camille Landais et Emmanuel Saez ont cosigné avec le chercheur danois Henrik Kleven une étude mettant en rapport la fiscalité de chaque pays et l'attractivité de son championnat.

Effet sportif significatif, effet économique moins évident

Sur le plan sportif, elle pointait, depuis l’arrêt Bosman de 1995, un lien «significatif» entre les taux d'imposition, la proportion d’étrangers et les performances en Coupe d’Europe de chaque pays:

«Cela suggère que les pays dotés de taux d’imposition bas ont connu une amélioration des performances de leurs clubs en étant capables d’attirer davantage de bons joueurs étrangers et de garder les bons joueurs locaux.»

La France, ainsi, se classe dernière des cinq grands championnats avec le taux d’imposition le plus élevé. Mais néanmoins devant des pays plus petits qui pratiquent une fiscalité plus attractive, comme les Pays-Bas, le Portugal, la Belgique, l’Autriche…

Sur le plan économique, les trois auteurs concluaient en revanche que la France conservait la possibilité d’augmenter le taux d’imposition des footballeurs sans faire baisser les rentrées fiscales globales. Ils estimaient à 52% (pour les étrangers) et 61% (pour les Français) la pression fiscale totale —impôt sur le revenu, CSG, cotisations salariales et patronales, TVA…— supportée par les footballeurs situés au plus haut niveau de revenus, et évaluaient le taux qui permettrait de maximiser les recettes fiscales globales à environ 77%, soit seize à vingt-cinq points de plus. Au-delà, pour reprendre la célèbre formule de l’économiste libéral Arthur Laffer, «trop d’impôt tue l’impôt» et les recettes diminueraient même avec une hausse des taux, du fait, par exemple, du départ des footballeurs les mieux payés...

A titre de comparaison, selon nos calculs, un footballeur français qui déclarerait 1,5 million d’euros de revenus annuels (selon David Douillet, 120 à 150 joueurs de L1 gagnent plus de 1 million d’euros) verrait, s’il n’utilisait aucun dispositif d’optimisation fiscale, son taux moyen d’imposition sur le revenu passer de 40% à 54% avec la nouvelle tranche à 75%.

Les auteurs de l’étude précisaient par ailleurs que leurs chiffres ne tenaient pas compte des effets positifs indirects induits par un football plus performant, qui peuvent faire de celui-ci un «bien public» que les pouvoirs publics peuvent encourager fiscalement. Et appelaient également à ne pas faire des footballeurs un symbole des hauts revenus car ils s’adaptent à différents pays plus facilement que la moyenne des salariés.

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (944 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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