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Comment Nicolas Sarkozy recycle ses promesses de 2007

Mathieu Perisse, mis à jour le 12.03.2012 à 13 h 08

OCCUPER LE TERRAIN, QUITTE À SE RÉPÉTER. Avec le retour de Rachida Dati aux côtés du candidat UMP, la campagne ressemble de plus en plus à celle de 2007, et pas seulement sur la forme (ou dans les dates). Pourtant, le candidat l'a affirmé à Annecy le 16 février 2012: «Nous ne pourrons pas construire une nouvelle France avec les idées du passé.» Nicolas Sarkozy, qui a promis «une idée par jour», applique-t-il cette maxime à sa campagne? Une partie de ses promesses annoncées ne sont qu’une copie de celles de 2007. Aperçu.

  • «Préférer l'Europe»

Du meeting de Villepinte dimanche 11 mars, on retiendra surtout l’ultimatum posé à l’Union européenne. Le président-candidat menace de suspendre la participation de la France à l’espace Schengen et propose que «les PME européennes aient une part des marchés publics qui leur soit réservée». Après  l’épisode du «produire français», voici venu le temps du «acheter européen».

«La France demandera que l'Europe se dote d'un Buy European Act, à l'image du Buy American Act. Ainsi l'Europe soutiendra les entreprises qui ont décidé de fabriquer et de produire en Europe.»

Une manière de remettre au centre de la campagne une notion pourtant déjà défendue en 2007. Lors du discours de Strasbourg du 22 février 2007, il prônait «une forme de préférence communautaire», alors fondée sur la fiscalité, avant de déclarer:

«J'ose le mot: être Européen c'est préférer l'Europe.»

  • La responsabilité française envers les harkis

En 2007, dans le discours de Toulon, Nicolas Sarkozy s’était engagé à présenter ses excuses aux harkis, en leur promettant même des compensations financières. Il souhaitait surtout reconnaître «officiellement la responsabilité de la France dans l'abandon et le massacre des harkis». Cinq ans plus tard, la même promesse est reformulée à Nice, remarque Akram Belkaïd sur Slate Afrique:

«Les harkis ont le droit à ce respect, à cette reconnaissance, et ont le droit qu'on leur dise qu'à l'époque, les autorités françaises ne se sont pas bien comportée.»

Une redite que Nicolas Sarkozy est le premier à admettre: «Je ne changerai pas un mot du discours que j'ai prononcé à Toulon le 7 février 2007», déclarait-il à Nice Matin le jour même.

  • «Je veux être le candidat du peuple de France»

La formule n’est pas passée inaperçue. «Je veux être le candidat du peuple de France, et non celui d’une petite élite», proclame le président à Marseille le 19 février 2012. Une velléité populaire immédiatement dénoncée par ses adversaires. Marine Le Pen a fustigé le «mépris et le cynisme de venir se présenter comme le candidat du peuple contre les élites alors qu'il a défendu pendant des années la caste à laquelle il appartient», tandis que François Hollande ironisait sur un «candidat du peuple de l’argent».

Le 29 avril 2007, à l’occasion d’un discours à Bercy, Nicolas Sarkozy prononçait pourtant la même phrase, presque mot pour mot:  

«Je veux être le candidat du peuple de France et non celui des médias, des appareils ou de tel ou tel intérêt particulier, des intérêts partisans, des sectarismes.»

  • Instaurer une dose de proportionnelle aux législatives

S’il reste «convaincu qu'un mode de scrutin doit d'abord avoir pour objectif de dégager une majorité capable de gouverner», Nicolas Sarkozy ne ferme pas pour autant la porte à l’instauration d’une dose de proportionnelle aux élections législatives: «Il me semble qu'on pourrait corriger à la marge ce mode de scrutin pour que tous les grands courants politiques puissent avoir des parlementaires», explique-t-il.

Proposée lors du discours de Marseille, l’idée peut paraître innovante pour le candidat de droite. Elle est en effet traditionnellement défendue par les petits partis, la gauche ou le Front national. Par tous… sauf par l’UMP.

En réalité, le chef de la droite ne fait que reprendre une proposition déjà formulée le 29 avril 2007, toujours lors du discours de Bercy, entre les deux tours de l’élection. Les propos tenus à cette époque sont très similaires:

«Je m'engage, si je suis élu président de la République, à réunir toutes les forces politiques de la nation et à discuter avec elles de la possibilité d'introduire un peu de proportionnelle au Sénat ou à l'Assemblée nationale sans créer le risque d'une instabilité qui serait désastreuse.»

  • Interdire les parachutes dorés

«Il faut interdire les retraites chapeaux… et les parachutes dorés», a réclamé le président de la République mercredi 22 février au journal de 20h de France 2. Depuis longtemps ces primes incluses dans le contrat de travail sont contestées, sans avoir pour autant disparu.

En 2009, les 3,2 millions empochés par Thierry Morin après son départ de Valeo, alors que l’entreprise licenciait plus de 1.600 personnes, avaient fait scandale. De même Henri Proglio, ancien PDG de Veolia et actuel dirigeant d’EDF, a perçu plus de 700.000 euros de retraite-chapeau fin 2011, une somme qu’il dit avoir versé à la Fondation de France.

Des pratiques qui restent peu encadrées, même si un plafonnement avait été voté en octobre 2010. Trois jours avant le premier tour de la présidentielle de 2007, Nicolas Sarkozy assurait pourtant vouloir y mettre un terme:

 «Si je suis élu président de la République, je ferai voter dès l'été 2007 une loi qui interdira la pratique détestable des golden parachutes parce que c'est contraire aux valeurs qui sont les miennes.»

  • Mettre en place la TVA sociale

L’idée n’est pas à proprement parler une promesse de campagne puisqu’elle a déjà été adoptée par l’Assemblée nationale à la mi-février. Pourtant, Nicolas Sarkozy va vraisemblablement valoriser cette réforme durant la campagne. Réduire les charges patronales et faire porter le coût de la Sécurité sociale sur la consommation. Mais il a fallu attendre le 29 janvier pour que le président tranche, et décide de modifier la TVA rapidement.

Une réforme qui survient en fin de mandat, alors que la mesure figurait en bonne place parmi les promesses de 2007. Ainsi le 19 avril 2007, dans le discours de Marseille:

«Nous ne pouvons pas continuer avec un financement de la protection sociale qui repose presque exclusivement sur le travail. C'est une incitation à économiser le travail et surtout à le délocaliser. (…) C'est la raison pour laquelle je veux expérimenter la TVA sociale.»

  • Travailler plus pour gagner plus (pour les profs)

Nicolas Sarkozy effectue une visite mardi 28 février à Montpellier sur le thème de l'éducation. Invité de RTL à la veille de ce déplacement, il estime déjà qu'il faut «revaloriser d'urgence la fonction enseignante». Plus précisément:

«Sur la base du volontariat, il faut plus d'adultes dans l'école, il faut mieux rémunérer les adultes auprès de nos enfants.» 

Revaloriser le travail des professeurs, mais surtout accroître le nombre d'heures effectuées, une idée déjà présente en février 2007, dans un discours à Maisons-Alfort: «Je m'engage à ce que ceux qui voudront travailler davantage puissent gagner plus», affirmait alors le candidat. Une promesse restée lettre morte durant les cinq années du quinquennat, à l'exception des salaires des enseignants débutants.

En matière d'éducation, Nicolas Sarkozy se répète d'ailleurs bien volontier. Comme le remarque Bastien Hugues de France TV info, il affirmait déjà à l'époque dans une «lettre aux éducateurs» sa volonté de «réformer le collège unique».

M.P.

Mis à jour le 12 mars avec les propos sur l'Europe du meeting de Villepinte du 11 mars, et la visite à Nice pour le discours sur les harkis et les rapatriés français d'Algérie du 9 mars.

Photo: Nicolas Sarkozy lors du meeting d'Annecy, 16 février 2012. REUTERS/Philippe Wojazer

Mathieu Perisse
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Journaliste
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