NICOLAS SARKOZY A-T-IL VOTÉ «OUI» AU TRAITÉ DE MAASTRICHT?
Le président-candidat l’a affirmé mercredi soir sur France 2, mais est démenti par
le Journal du dimanche. Evoquant l’abstention des socialistes lors du vote sur
le Mécanisme européen de stabilité, mardi, le chef de l’Etat a expliqué que lui
avait «voté des textes de François Mitterrand sur l'Acte unique, sur la monnaie
unique». Or, le JDD relève que, dans le procès-verbal de la séance du 23 juin
1992 à l’Assemblée nationale sur le traité, Nicolas Sarkozy était inclus dans
la catégorie «N'ont pas pris part au vote».
Qui a raison, qui a tort, de Sarkozy et du JDD? Un peu les deux, car Nicolas Sarkozy a eu l’occasion, au sens
large, de voter quatre fois sur le traité instituant la monnaie unique.
Les trois premières fois, cela n’était pas sur le texte au sens strict, mais sur une révision de la Constitution censée la rendre compatible
avec lui, qui a donné lieu à des débats sur le traité lui-même.
Le 12 mai 1992, en première lecture à l’Assemblée, le député des
Hauts-de-Seine «s’abstient volontairement» (l’équivalent parlementaire du vote
blanc, à différencier du non-vote), comme la majorité du groupe RPR: une
poignée d’élus, dont Michel Barnier et Patrick Devedjian, votent pour, et
quelques dizaines, dont François Fillon et Philippe Séguin, contre. Nicolas Sarkozy n’est pas présent dans l’hémicycle lors du vote et délègue
son droit de vote à un de ses collègues.
Le 18 juin, en seconde lecture, Nicolas Sarkozy, comme
l’ensemble de son groupe, parvenu à une position commune, ne prend pas part au
vote. Cinq jours plus tard, les députés se rendent à Versailles en Congrès pour
adopter définitivement la révision avec les sénateurs: ceux du RPR, dont
Nicolas Sarkozy, sont présents mais refusent de participer au débat et au vote.
Vient ensuite le débat sur le traité en lui-même, adopté par
référendum. Le 28 juin, sur TF1, Nicolas Sarkozy, alors secrétaire général
adjoint du RPR, se prononce contre «la victoire du non». Quelques jours plus
tard, le président du mouvement, Jacques Chirac, se prononce à titre personnel
pour le «oui». Les deux hommes votent en faveur du traité le 20 septembre et le
référendum est gagné de justesse, avec un peu plus de 51% des voix.
Le soutien de Nicolas Sarkozy avait néanmoins été critique
puisqu’il s’était plaint, au moment de la signature du traité, de son «manque
formidable d'ambition», et avait critiqué l’attitude de François Mitterrand:
«Le président se trompe lorsqu'il dit qu'on ne peut pas renégocier Maastricht
ou modifier quoi que soit de Maastricht, c'est faux.»
En ce qui concerne l’autre affirmation de Nicolas Sarkozy
mercredi soir, en revanche, aucune ambiguïté: en novembre 1986, au moment du
vote de l’Acte unique par l’Assemblée, il n’était même pas député! Ce n’est pas
la première fois qu’il se trompe de la sorte: en dehors de sa célèbre erreur de
date sur son déplacement à Berlin en novembre 1989 pour la chute du Mur, il avait également affirmé,
le 26 janvier 1993, lors d’un débat télévisé avec Dominique Strauss-Kahn: «J’ai
voté pour le RMI et la retraite à 60 ans, que les choses soient claires.» Or la
seconde réforme a été votée en 1982, six ans avant son élection.
Photo: Nicolas Sarkozy sur France 3, le 3 septembre 1992, lors de la campagne sur le traité de Maastricht (INA).

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