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Sarkozy a-t-il voté «oui» à Maastricht?

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 23.02.2012 à 18 h 26

NICOLAS SARKOZY A-T-IL VOTÉ «OUI» AU TRAITÉ DE MAASTRICHT? Le président-candidat l’a affirmé mercredi soir sur France 2, mais est démenti par le Journal du dimanche. Evoquant l’abstention des socialistes lors du vote sur le Mécanisme européen de stabilité, mardi, le chef de l’Etat a expliqué que lui avait «voté des textes de François Mitterrand sur l'Acte unique, sur la monnaie unique». Or, le JDD relève que, dans le procès-verbal de la séance du 23 juin 1992 à l’Assemblée nationale sur le traité, Nicolas Sarkozy était inclus dans la catégorie «N'ont pas pris part au vote».

Qui a raison, qui a tort, de Sarkozy et du JDD? Un peu les deux, car Nicolas Sarkozy a eu l’occasion, au sens large, de voter quatre fois sur le traité instituant la monnaie unique.

Les trois premières fois, cela n’était pas sur le texte au sens strict, mais sur une révision de la Constitution censée la rendre compatible avec lui, qui a donné lieu à des débats sur le traité lui-même.

Le 12 mai 1992, en première lecture à l’Assemblée, le député des Hauts-de-Seine «s’abstient volontairement» (l’équivalent parlementaire du vote blanc, à différencier du non-vote), comme la majorité du groupe RPR: une poignée d’élus, dont Michel Barnier et Patrick Devedjian, votent pour, et quelques dizaines, dont François Fillon et Philippe Séguin, contre. Nicolas Sarkozy n’est pas présent dans l’hémicycle lors du vote et délègue son droit de vote à un de ses collègues.

Le 18 juin, en seconde lecture, Nicolas Sarkozy, comme l’ensemble de son groupe, parvenu à une position commune, ne prend pas part au vote. Cinq jours plus tard, les députés se rendent à Versailles en Congrès pour adopter définitivement la révision avec les sénateurs: ceux du RPR, dont Nicolas Sarkozy, sont présents mais refusent de participer au débat et au vote.

Vient ensuite le débat sur le traité en lui-même, adopté par référendum. Le 28 juin, sur TF1, Nicolas Sarkozy, alors secrétaire général adjoint du RPR, se prononce contre «la victoire du non». Quelques jours plus tard, le président du mouvement, Jacques Chirac, se prononce à titre personnel pour le «oui». Les deux hommes votent en faveur du traité le 20 septembre et le référendum est gagné de justesse, avec un peu plus de 51% des voix.

Le soutien de Nicolas Sarkozy avait néanmoins été critique puisqu’il s’était plaint, au moment de la signature du traité, de son «manque formidable d'ambition», et avait critiqué l’attitude de François Mitterrand:

«Le président se trompe lorsqu'il dit qu'on ne peut pas renégocier Maastricht ou modifier quoi que soit de Maastricht, c'est faux.»

En ce qui concerne l’autre affirmation de Nicolas Sarkozy mercredi soir, en revanche, aucune ambiguïté: en novembre 1986, au moment du vote de l’Acte unique par l’Assemblée, il n’était même pas député! Ce n’est pas la première fois qu’il se trompe de la sorte: en dehors de sa célèbre erreur de date sur son déplacement à Berlin en novembre 1989 pour la chute du Mur, il avait également affirmé, le 26 janvier 1993, lors d’un débat télévisé avec Dominique Strauss-Kahn: «J’ai voté pour le RMI et la retraite à 60 ans, que les choses soient claires.» Or la seconde réforme a été votée en 1982, six ans avant son élection.

Photo: Nicolas Sarkozy sur France 3, le 3 septembre 1992, lors de la campagne sur le traité de Maastricht (INA).

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (943 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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