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Morne plaine

Jean-Marie Colombani, mis à jour le 16.02.2012 à 18 h 22

Appel au peuple, référendum... difficile de ne pas penser à Bonaparte en regardant la déclaration de candidature de Nicolas Sarkozy. Et quelle tristesse de constater qu'il se contente de proposer de durcir la situation des chômeurs ou d'agiter le spectre de l'immigration.

Nicolas Sarkozy, sur TF1 le 15 février 2012. REUTERS

Nicolas Sarkozy, sur TF1 le 15 février 2012. REUTERS

Appel au peuple, référendum... difficile de ne pas penser à Bonaparte en regardant la déclaration de candidature de Nicolas Sarkozy. Et quelle tristesse de constater qu'il se contente de proposer de durcir la situation des chômeurs ou d'agiter le spectre de l'immigration.

CONNAISSEZ-VOUS LA DERNIÈRE? Pour expliquer la faiblesse des intentions de vote en faveur de Nicolas Sarkozy, on vous le dit, on vous le jure, il existerait un «vote honteux», un vote Sarkozy qui n’oserait pas s’énoncer pour ne pas risquer de détonner dans une ambiance hostile; un phénomène donc que les instituts de sondage passeraient sous silence…

Manière de faire écho à l’un des thèmes du désormais «président candidat», la victimisation –en substance: n’ont-ils rien d’autre à dire que du mal de moi?– mais surtout, élément de langage destiné à ne pas désespérer celles et ceux qui veulent encore y croire.

Plus sérieusement, voilà pourquoi normalement, après sa déclaration de candidature, Nicolas Sarkozy devrait prendre le chemin d’un rééquilibrage. Est-ce sa prestation d’entrée en campagne? Elle n’était pas ratée; ce qui est déjà un point positif car d’autres, dans un passé récent, avaient manqué ce rendez-vous (Balladur, Jospin).

Cette déclaration en elle-même, comme l’a aussitôt relevé François Bayrou, n’était pas de nature à donner l’«élan» annoncé. Sans doute parce que les partisans du Président avaient trop développé l’idée que l’on allait voir ce que l’on allait voir. Sur le thème: «Il va vous surprendre!»

Or le problème de Nicolas Sarkozy, ce n’est plus de surprendre, c’est de convaincre.

Un territoire dégagé

Il faut donc davantage prêter attention à la mécanique électorale qui, elle, devrait lui redonner des couleurs. Car Nicolas Sarkozy est un grand professionnel et connaît le commandement numéro 1 qu’il faut respecter avant tout premier tour: contrôler son territoire. Ce n’est pas un hasard. Christine Boutin et Hervé Morin ont en quelque sorte encadré l’entrée en campagne de Nicolas Sarkozy par leur renoncement respectif, tandis que Nadine Morano lançait un appel appuyé à Dominique de Villepin.

Le territoire de la droite est donc libre; et vous pouvez y ajouter les candidatures de Nicolas Dupont-Aignan et celle, possible, de Carl Lang, ancien du FN, au nom du Parti de la France, dont la vocation est de grignoter du côté de Marine Le Pen.

Ce mécanisme devrait ramener vers Nicolas Sarkozy au moins deux points de pourcentage; le double, si Villepin venait à renoncer. Après quoi, il sera facile de proclamer la naissance d’une dynamique en faveur du président sortant et faire le lien entre la déclaration de candidature et cette dynamique.

Elémentaire, mon cher Watson… C’est du travail bien fait, celui-là même qu’en 2002 Lionel Jospin avait choisi de négliger. Reste le problème de fond: dans quelle mesure Nicolas Sarkozy fort (ou plutôt, aux yeux de l’opinion, faible) de son bilan, peut-il être encore entendu?

Aujourd’hui, deux Français sur trois le jugent insincère. On le regarde, on l’écoute, mais peut-on encore le croire? Là est pour lui l’inconnue et l’enjeu véritable de cette campagne de moins de 90 jours. Il faudrait qu’elle ressemble pour lui à la campagne de France de 1815, comme aimerait sans doute à le raconter Dominique de Villepin…

Dans cette guerre éclair, Nicolas Sarkozy à un atout: sa capacité à piloter l’agenda des médias, à imposer ses thèmes ainsi que les «éléments de langage» diffusés par son état-major, avec le risque bien entendu d’être contredit par les Français. Ainsi les médias l’avaient suivi dans la sous-estimation de François Hollande. Mal leur en a pris.

Dérive bonapartiste?

Mais la mécanique est pourtant repartie. Les voici qui entonnent de nouveau l’air du courage, du capitaine dans la tempête, de l’homme fort face aux faibles, ce dernier qualificatif ayant pris la place du «mou» et du «flou» de la phase précédente.

Sa déclaration de candidature a aussi permis de confirmer les axes de campagne qui avaient été dévoilés dans son entretien dans le Figaro Magazine. Il s’agit donc de «redonner la parole au peuple», en prenant deux exemples: les immigrés et les chômeurs.

La remise en service du thème du référendum, qui est toujours l’objet d’un va-et-vient permanent, selon que l’on est dans l’opposition ou au pouvoir, peut faire penser à une dérive bonapartiste.

Il s’agit de passer par-dessus tous les corps intermédiaires. En fait, Nicolas Sarkozy a d’autant moins de chances de convaincre qu’il a lui-même pendant cinq ans monopolisé cette parole au point d’en priver le Premier ministre, entre autres.

On peut bien sûr se rassurer à bon compte en observant que d’autres avant lui, il est vrai accusés de dérive monarchique, avaient joué avec cette idée.

La seule idée de la droite: garder le pouvoir! «Mon projet, vous le rendre!», proclamait déjà le candidat Mitterrand… Là où c’est évidemment plus discutable, mais où la tête politique des voix d’extrême droite est claire, ce sont les exemples choisis par Nicolas Sarkozy, à savoir les chômeurs et les immigrés.

N'a-t-on rien de mieux à proposer?

Quelle tristesse en effet: alors que la perspective d’augmentation du chômage au long de l’année 2012 a de quoi effrayer, n’a-t-on rien de mieux à proposer qu’un référendum portant sur les droits et les devoirs des chômeurs, en n’hésitant pas à jouer avec l’idée d’assistanat lorsqu’il s’agit des premières victimes de la crise?

Quand il s’agit du Président, il nous demande de l’absoudre au nom de la crise; et quand il s’agit des chômeurs, il nous demanderait de durcir nos dispositifs, malgré cette crise…

C’est toujours extrêmement gênant car derrière ce procédé peu glorieux se cachent bien sûr des problèmes réels. On sait que tous les pays européens ont durci leurs conditions d’indemnisations des chômeurs. Et l’idée d’une formation nouvelle pour les chômeurs de longue durée est une bonne idée. Mais que Nicolas Sarkozy ne peut pas ou ne veut pas présenter sous un jour positif, puisqu’il s’agit de mobiliser celles et ceux qui dénoncent l’assistanat…

Quant à l’immigration, Nicolas Sarkozy a bénéficié de la mansuétude de la personne qui l’interrogeait sur TF1. Alors que quelques instants auparavant, sur LCI, on pouvait entendre François Hollande expliquer qu’en matière d’immigration toute régularisation serait soumise à des critères objectifs et stricts, le candidat socialiste réitérant son hostilité à toute régularisation automatique et massive, Nicolas Sarkozy prenait à témoin le pays de la volonté attribuée par lui-même à François Hollande de régulariser massivement; sans être contredit…

Sur ces terrains-là, choisis parce que Nicolas Sarkozy pense récupérer au second tour suffisamment de voix qui se seront portées sur Marine Le Pen au premier, il est possible qu’une part de l’électorat de la droite modérée rechigne, voire résiste, et se tourne alors vers François Bayrou.

Ce dernier vit en effet dans l’espoir d’un tel mouvement pour pouvoir accréditer l’idée qu’il peut être, pour la droite, un candidat de substitution. Mais à mes yeux, la probabilité est davantage celle d’un rééquilibrage.

Comme toujours, en période électorale, on peut soit s’inquiéter, soit minimiser. Et cela vaut pour tous les candidats. S’agissant de Nicolas Sarkozy, on peut se rassurer en pensant qu’il n’a jamais été l’homme d’une idéologie. Il est fondamentalement pragmatique. A ceci près que ce pragmatisme est sans limite…

On peut soit penser qu’il saura se défaire de cet axe idéologique qu’il a choisi pour cette campagne, soit au contraire lui appliquer la grille d’analyse que l’éditorialiste et prix Nobel américain Paul Krugman utilise pour rendre compte de l’idéologie du Parti républicain: diviser, cliver à toutes forces en s’appuyant sur les revendications d’une part de la classe moyenne sans oublier, une fois élu, de favoriser par une politique fiscale adéquate les plus favorisés.

Ce schéma peut-il encore opérer? Nous le saurons dans quelques jours.

J.-M. C.

Jean-Marie Colombani
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