Nicolas Sarkozy, sur TF1 le 15 février 2012. REUTERS
Appel au peuple, référendum... difficile de ne pas penser à Bonaparte en regardant la déclaration de candidature de Nicolas Sarkozy. Et quelle tristesse de constater qu'il se contente de proposer de durcir la situation des chômeurs ou d'agiter le spectre de l'immigration.
CONNAISSEZ-VOUS LA DERNIÈRE? Pour expliquer la faiblesse des intentions de vote en faveur de Nicolas Sarkozy, on vous le dit, on vous le jure, il existerait un «vote honteux», un vote Sarkozy qui n’oserait pas s’énoncer pour ne pas risquer de détonner dans une ambiance hostile; un phénomène donc que les instituts de sondage passeraient sous silence…
Manière de faire écho à l’un des thèmes du désormais «président candidat», la victimisation –en substance: n’ont-ils rien d’autre à dire que du mal de moi?– mais surtout, élément de langage destiné à ne pas désespérer celles et ceux qui veulent encore y croire.
Plus sérieusement, voilà pourquoi normalement, après sa déclaration de candidature, Nicolas Sarkozy devrait prendre le chemin d’un rééquilibrage. Est-ce sa prestation d’entrée en campagne? Elle n’était pas ratée; ce qui est déjà un point positif car d’autres, dans un passé récent, avaient manqué ce rendez-vous (Balladur, Jospin).
Cette déclaration en elle-même, comme l’a aussitôt relevé François Bayrou, n’était pas de nature à donner l’«élan» annoncé. Sans doute parce que les partisans du Président avaient trop développé l’idée que l’on allait voir ce que l’on allait voir. Sur le thème: «Il va vous surprendre!»
Or le problème de Nicolas Sarkozy, ce n’est plus de surprendre, c’est de convaincre.
Il faut donc davantage prêter attention à la mécanique électorale qui, elle, devrait lui redonner des couleurs. Car Nicolas Sarkozy est un grand professionnel et connaît le commandement numéro 1 qu’il faut respecter avant tout premier tour: contrôler son territoire. Ce n’est pas un hasard. Christine Boutin et Hervé Morin ont en quelque sorte encadré l’entrée en campagne de Nicolas Sarkozy par leur renoncement respectif, tandis que Nadine Morano lançait un appel appuyé à Dominique de Villepin.
Le territoire de la droite est donc libre; et vous pouvez y ajouter les candidatures de Nicolas Dupont-Aignan et celle, possible, de Carl Lang, ancien du FN, au nom du Parti de la France, dont la vocation est de grignoter du côté de Marine Le Pen.
Ce mécanisme devrait ramener vers Nicolas Sarkozy au moins deux points de pourcentage; le double, si Villepin venait à renoncer. Après quoi, il sera facile de proclamer la naissance d’une dynamique en faveur du président sortant et faire le lien entre la déclaration de candidature et cette dynamique.
Elémentaire, mon cher Watson… C’est du travail bien fait, celui-là même qu’en 2002 Lionel Jospin avait choisi de négliger. Reste le problème de fond: dans quelle mesure Nicolas Sarkozy fort (ou plutôt, aux yeux de l’opinion, faible) de son bilan, peut-il être encore entendu?
Aujourd’hui, deux Français sur trois le jugent insincère. On le regarde, on l’écoute, mais peut-on encore le croire? Là est pour lui l’inconnue et l’enjeu véritable de cette campagne de moins de 90 jours. Il faudrait qu’elle ressemble pour lui à la campagne de France de 1815, comme aimerait sans doute à le raconter Dominique de Villepin…
Dans cette guerre éclair, Nicolas Sarkozy à un atout: sa capacité à piloter l’agenda des médias, à imposer ses thèmes ainsi que les «éléments de langage» diffusés par son état-major, avec le risque bien entendu d’être contredit par les Français. Ainsi les médias l’avaient suivi dans la sous-estimation de François Hollande. Mal leur en a pris.
Mais la mécanique est pourtant repartie. Les voici qui entonnent de nouveau l’air du courage, du capitaine dans la tempête, de l’homme fort face aux faibles, ce dernier qualificatif ayant pris la place du «mou» et du «flou» de la phase précédente.
Sa déclaration de candidature a aussi permis de confirmer les axes de campagne qui avaient été dévoilés dans son entretien dans le Figaro Magazine. Il s’agit donc de «redonner la parole au peuple», en prenant deux exemples: les immigrés et les chômeurs.
La remise en service du thème du référendum, qui est toujours l’objet d’un va-et-vient permanent, selon que l’on est dans l’opposition ou au pouvoir, peut faire penser à une dérive bonapartiste.
Il s’agit de passer par-dessus tous les corps intermédiaires. En fait, Nicolas Sarkozy a d’autant moins de chances de convaincre qu’il a lui-même pendant cinq ans monopolisé cette parole au point d’en priver le Premier ministre, entre autres.
On peut bien sûr se rassurer à bon compte en observant que d’autres avant lui, il est vrai accusés de dérive monarchique, avaient joué avec cette idée.
La seule idée de la droite: garder le pouvoir! «Mon projet, vous le rendre!», proclamait déjà le candidat Mitterrand… Là où c’est évidemment plus discutable, mais où la tête politique des voix d’extrême droite est claire, ce sont les exemples choisis par Nicolas Sarkozy, à savoir les chômeurs et les immigrés.
Quelle tristesse en effet: alors que la perspective d’augmentation du chômage au long de l’année 2012 a de quoi effrayer, n’a-t-on rien de mieux à proposer qu’un référendum portant sur les droits et les devoirs des chômeurs, en n’hésitant pas à jouer avec l’idée d’assistanat lorsqu’il s’agit des premières victimes de la crise?
Quand il s’agit du Président, il nous demande de l’absoudre au nom de la crise; et quand il s’agit des chômeurs, il nous demanderait de durcir nos dispositifs, malgré cette crise…
C’est toujours extrêmement gênant car derrière ce procédé peu glorieux se cachent bien sûr des problèmes réels. On sait que tous les pays européens ont durci leurs conditions d’indemnisations des chômeurs. Et l’idée d’une formation nouvelle pour les chômeurs de longue durée est une bonne idée. Mais que Nicolas Sarkozy ne peut pas ou ne veut pas présenter sous un jour positif, puisqu’il s’agit de mobiliser celles et ceux qui dénoncent l’assistanat…
Quant à l’immigration, Nicolas Sarkozy a bénéficié de la mansuétude de la personne qui l’interrogeait sur TF1. Alors que quelques instants auparavant, sur LCI, on pouvait entendre François Hollande expliquer qu’en matière d’immigration toute régularisation serait soumise à des critères objectifs et stricts, le candidat socialiste réitérant son hostilité à toute régularisation automatique et massive, Nicolas Sarkozy prenait à témoin le pays de la volonté attribuée par lui-même à François Hollande de régulariser massivement; sans être contredit…
Sur ces terrains-là, choisis parce que Nicolas Sarkozy pense récupérer au second tour suffisamment de voix qui se seront portées sur Marine Le Pen au premier, il est possible qu’une part de l’électorat de la droite modérée rechigne, voire résiste, et se tourne alors vers François Bayrou.
Ce dernier vit en effet dans l’espoir d’un tel mouvement pour pouvoir accréditer l’idée qu’il peut être, pour la droite, un candidat de substitution. Mais à mes yeux, la probabilité est davantage celle d’un rééquilibrage.
Comme toujours, en période électorale, on peut soit s’inquiéter, soit minimiser. Et cela vaut pour tous les candidats. S’agissant de Nicolas Sarkozy, on peut se rassurer en pensant qu’il n’a jamais été l’homme d’une idéologie. Il est fondamentalement pragmatique. A ceci près que ce pragmatisme est sans limite…
On peut soit penser qu’il saura se défaire de cet axe idéologique qu’il a choisi pour cette campagne, soit au contraire lui appliquer la grille d’analyse que l’éditorialiste et prix Nobel américain Paul Krugman utilise pour rendre compte de l’idéologie du Parti républicain: diviser, cliver à toutes forces en s’appuyant sur les revendications d’une part de la classe moyenne sans oublier, une fois élu, de favoriser par une politique fiscale adéquate les plus favorisés.
Ce schéma peut-il encore opérer? Nous le saurons dans quelques jours.
J.-M. C.
Dossiers : Nicolas Sarkozy, François Hollande, référendum, chômage, assistanat, immigration, François Bayrou, Marine Le Pen, présidentielle 2012, candidature
«Mes mots ont pris une autre vie»
Son 13e roman a été adapté par David Cronenberg.
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Un président candidat bien pathétique et bien cynique... Des journalistes aux ordres... Triste fin de régne
" Des bandes ultra-royalistes pourchassèrent les bonapartistes, et plusieurs furent exécutés sans jugement : ce fut la Terreur Blanche. Louis XVIII retrouva le trône. La France perdit quelques places frontières. Elle fut de nouveau en partie occupée et dut payer aux Alliés une indemnité de guerre équivalente au budget annuel de l'Etat."
Je n'ai pas aimé cette comparaison et je suis certaine que François Hollande ne l'aimerait pas non plus, lui qui dit qu'il veut rassembler les Français.
Un personnage falot, inculte, sans idée, sans doctrine autre qu'un pragmatisme qui navigue à vue. Lui-même flanqué par une équipe de grouillots et cire-pompes du même acabit.
Comment voulez-vous qu'il ne propose autre chose que de "diviser et cliver à toutes forces" afin de séduire un électorat dont il se moque?
Quelle petitesse et quelle impasse dans ce discours !
Guy de Guisbourne
Elle a immédiatement provoqué cette réplique de Jean Luc Mélenchon : "Les travailleurs vont être augmentés avec leur propre argent".
Eh oui ! Ces charges sont de toute façon principalement payées par le travail des travailleurs. Elles constituent en quelque sorte (c'est-à-dire de manière déguisée) un impôt à la source qui s'additionne à celui sur le revenu du travail : l'essentiel du montant de ces impôts est donc bien, à l'origine, la propriété des classes populaires et moyennes, et même si, et c’est un comble, parmi les charges salariales, tout ne revenait probablement pas aux salariés. Sans compter, enfin, que la mesure serait financée en partie par le détournement de la prime pour l’emploi destinée à ces travailleurs.
On condamne pourtant ces classes à payer sans justification fondée. En effet, on semble préfèrer prendre l'argent dès qu'il peut être pris et où il peut l'être, au lieu de le réclamer uniquement auprès de ceux qui ont des raisons justifiées de devoir contribuer financièrement. Tout cela parce l'urgence à financer les dépenses de l'Etat fait visiblement confondre vitesse et précipitation. La proposition du chef de l'Etat s'apparente à un remarquable aveu dans ce sens : comprenons que le candidat semble découvrir enfin (au bout de son quinquennat et encore dans une mesure trop réductrice, mais mieux vaut tard que jamais) que l'Etat orchestre jusqu'ici un véritable "racket" auprès de ces classes de travailleurs, engendrant injustice et non-sens économique. C'est précisément ce que je dénonce sur http://www.outsider2012.com
Commençons donc par rendre l'argent à ceux qui l'ont gagné : là-dessus, les 2 candidats présentent enfin de la convergence (en sont-ils même bien conscients?...).
Le tournant historique pourrait ne pas s'arrêter au niveau de cette simple convergence, aussi surprenante mais intéressante soit-elle d'un point de vue collaboratif.
En effet, ce tournant s'établit principalement dans la logique de fond qui nous est présentée (à savoir rendre le souffle injustement pris aux travailleurs), qui, si elle s'amorce, au moins timidement par l'abaissement des charges sociales, n'aura plus aucune raison de s'arrêter à cette mesurette (pourtant nécessaire) sans aller jusqu'au bout de cette logique : la suppression progressive de l'impôt sur les revenus du travail des classes populaires et moyennes.
Ce tournant devient historique dans la mesure où le souffle rendu aux travailleurs permettra non seulement d'améliorer le pouvoir d'achat nécessaire à la relance économique mais aussi de mettre en œuvre une politique de consommation responsable basée sur le principe d'une TVA sociétale.
L'impasse où nous sommes devrait nous donner le courage de faire face à cette révolution sociale.