LE (FAUX) SUSPENSE N'A PAS ÉTÉ INUTILEMENT PROLONGÉ LORS DU 20 HEURES DE TF1: «Oui, je suis candidat», a répondu Nicolas Sarkozy à la
première question de Laurence Ferrari. Candidat à un second mandat qui «ne
sera pas conforme au premier». Quinze jours après avoir fêté ses 57 ans, le
chef de l’Etat a affirmé, en référence aux ouvrières de Lejaby, qu’«à 57 ans on
est pas fichu» et qu’on peut même «apprendre un nouveau métier», propos
dont le double sens encouragera ses partisans et fera sourire ses adversaires…
Cette décision, le candidat-président affirme l'avoir prise
«depuis plusieurs semaines» et la justifie notamment par «la situation
aujourd’hui de la France, de l’Europe et du monde, qui connaît depuis trois ans
une succession de crises sans précédent», situation qui ferait d’un retrait un
«abandon de poste», comme un «capitaine» qui quitterait son «navire».
Alors que son entrée en campagne était
initialement plutôt attendue en mars, dans la lignée de ce qu’avait fait François Mitterrand en
1988, Nicolas Sarkozy se lance donc mi-février, soixante-sept jours avant le premier tour, comme l’avait fait
Jacques Chirac en 2002. Il faut dire que le président est donné largement battu
par François Hollande, avec 24% à 26% au premier tour contre 28% à 34% pour son adversaire, selon les sondages
publiés depuis début février, et
seulement 40% à 43% au second tour.
«Il n'a pas d'idée à proposer?»
Son adversaire, Nicolas Sarkozy n’en a pas prononcé le nom,
procédé qu’utilise souvent en sens inverse François Hollande. «J’entendais le
candidat socialiste, c’était une longue litanie contre moi… Il n’a pas d’idées
à proposer?», a-t-il lancé en ironisant sur le «rêve français»:
«J’ai vu des
hommes politiques qui promettaient le rêve, ça se termine toujours en
cauchemar.»
Sur le fond, le candidat a affirmé avoir «besoin du
rassemblement de tous les Français qui sont convaincus que si la France est
forte, ils seront protégés», par opposition à une «France faible». Il a mis
l’accent sur son action de ces dernières semaines en manière sociale (les
sauvetages de Lejaby et Photowatt) et sur son idée d’un référendum sur la
formation et l’indemnisation des chômeurs, affirmant que «l’assistanat» n’a pas
sa place dans un pays où le travail est une «valeur centrale». «Moi j’ai pas
été élu pour dire "On n’y peut rien"», a-t-il affirmé sur l'industrie et l'emploi, en
utilisant comme repoussoir la figure de Lionel Jospin.
Nicolas Sarkozy a également réagi à l’affaire Vanneste,
condamnant les propos du député UMP du Nord en affirmant avoir «l’homophobie en
horreur». «J'aimerais tellement que dans la vie politique, à gauche comme à
droite, on arrête avec ces propos blessants qui n'amènent rien», a-t-il précisé
dans ce qui semblait être une allusion aux propos du député Serge Letchimy envers
Claude Guéant, la semaine dernière à l’Assemblée nationale.
Photo: Nicolas Sarkozy lors du 20 heures de TF1, le 15 février 2012. REUTERS/Lionel Bonaventure/Pool.
À lire aussi sur Slate.fr:
Un tout autre second tour peut se profiler ! HOLLANDE - BAYROU ou SARKOZY -BAYROU ?? qui sait?
Hollande a su marginaliser Bayrou à droite en affirmant qu'il ne pourrait pas être son premier ministre et celui-ci a aussi volontairement orienté sa campagne pour être le challenger du président sortant sans penser au tiers de ses soutiens qui sont plutôt à gauche. Mais il s'agir là d'une vaine tentative car le sortant a suffisamment de ressort pour continuer à exister dans son camp jusqu'au premier tour. La candidate du FN aura les arguments de campagne contre elle et son projet incohérent de promotion de feu le Franc et de valorisation d'une économie irresponsbale "à la cubaine" qui vont la ramener à l'étiage de votes connexes. Et le président sortant, sans bilan sérieux, sans propositions crédibles nouvelles, avec un lot de rancoeur suscitée auprès de toutes les victimes de sa politique ou en devenir sensible (chômeurs, contributeurs à la TVA...) et un soutien contre productif de Mme Merkel ou sans illusions de ses ouailles et puissances d'argent plutôt soumises au sens du vent, va subir une importante défaite face à la dynamique du vote utile et aux ralliements, sans grandes concessions, des diverses tendances progressistes au candidat PS : celui-ci jouant bonne campagne prudente jusqu'à ce jour et prise en compte des déficits publics. Les sondages indiquent qu'à part le Front de gauche qui va stagner en influence, les autres forces de gauche sont inexistantes (dont les écologistes), ce qui va conforter la dynamique de premier tour pour l'alternance. Les sondages demeurent inflexibles sur ce point depuis plusieurs mois. On va donc connaître une descente dans les coups tordus de campagne électorale, symbole de derniers actes de survivance majoritaire.