PresidentiellePrésidentielle 2012 live directFrance

Sur la finance, Docteur François et Mister Hollande?

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 14.02.2012 à 18 h 45

Interrogé lundi par les correspondants de la presse britannique, le candidat PS a tenu un discours bien moins virulent qu'au Bourget. Et, au passage, a froissé la gauche non-socialiste...

EN PRÉLUDE A UN PROCHAIN DÉPLACEMENT A LONDRES, François Hollande a accordé une interview à plusieurs correspondants britanniques à Paris, dont ceux du Telegraph, du Financial Times et du Guardian.

Et les propos rapportés par ce dernier, qui qualifie Hollande de «député rural jovial et prompt au consensus», ont déclenché une mini-tempête à gauche, mardi 14 février. En cause, ce que dit le candidat des communistes quand il évoque les peurs nées de l’élection de François Mitterrand en 1981:

«La guerre froide durait encore et Mitterrand avait nommé des ministres communistes. Aujourd’hui, il n’y a plus de communistes en France… La gauche a été au pouvoir durant quinze ans pendant lesquels nous avons libéralisé l’économie, ouvert les marchés financiers et privatisé.»

«Meryl Streep redore la beauté de Margaret Thatcher»

Interrogé lors d’une conférence de presse, le candidat du Front de gauche Jean-Luc Mélenchon a dénoncé une «attitude hautaine insupportable» tandis que Marie-George Buffet a estimé que «ce n'est pas parce que Meryl Streep redore la beauté de Margaret Thatcher qu'il faut se laisser séduire par les sirènes du libéralisme».

L’affaire, comme le raconte Le Monde, a causé le malaise lors du déplacement du jour du candidat socialiste, à Saint-Etienne: «C'est pas bon, ça», a commenté un proche du candidat, tandis que le député de la Loire Régis Juanico, soutien de Martine Aubry lors de la primaire, se refusait à commenter l’affaire. Dans un premier temps, François Hollande a déclaré que les communistes «ne sont plus ce qu'ils étaient en 1981» en termes de voix, avant de jouer l’apaisement en affirmant son «respect» pour Jean-Luc Mélenchon et son désir d’«un rassemblement de la gauche avec toutes ses sensibilités».

«Les mêmes conseillers qu'Obama»

En dehors de cette polémique, les propos de François Hollande devant la presse anglaise révèlent un candidat beaucoup moins virulent sur la finance que lors de son discours du Bourget du 22 janvier, lors duquel il avait fait du «monde de la finance» son «véritable adversaire». S’il a qualifié d’«inacceptable» la volonté de David Cameron de faire de la City de Londres un «sanctuaire» débarrassé des régulations, il a expliqué qu’il ne se voulait pas «agressif» envers la finance:

«Vous pourriez dire qu’Obama et moi avons les mêmes conseillers.»

Des propos qui peuvent surprendre mais qui rappellent les références qu’il avait utilisées lors de la présentation de son programme, le 26 janvier: il s’était alors réclamé de Paul Volcker, ancien président de la Fed et architecte de la réforme financière d’Obama, et de John Vickers, l’ancien chef économiste de la Banque d’Angleterre qui a élaboré celle en cours outre-Manche.

Devant les correspondants britanniques, le candidat a aussi évoqué Tony Blair, avec lequel les socialistes français ont toujours entretenu une relation compliquée. «La première leçon à retenir de lui est la façon dont il a duré» ainsi que celle dont il a «reconstruit les systèmes de santé et d’éducation», a-t-il expliqué, tout en déplorant qu’il ait «succombé à l’idée dominante selon laquelle les marchés peuvent s’autoréguler».

Lors de sa visite à Londres, le 29 février, François Hollande doit rencontrer le leader travailliste Ed Milliband et peut-être David Cameron —au Telegraph, il s’est dit en tout cas «libre» pour cela, tout en expliquant comprendre que ce dernier ne le souhaite pas forcément en pleine négociations européennes avec Nicolas Sarkozy. Selon des membres de son équipe de campagne cités par le Financial Times, il ne compte en revanche pas rencontrer de représentant de la City.

Photo: François Hollande lors de son discours du Bourget, le 22 janvier 2012. REUTERS/Fred Dufour/Pool.

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (944 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte